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Projet de performance : la FFA lancée vers 2028 et au-delà

17 Décembre 2025 - Par Etienne Nappey

Mise à jour : 17 Décembre 2025 (09h34)

Photos : © Stéphane Kempinaire / KMSP

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Projet de performance : la FFA lancée vers 2028 et au-delà

Le directeur technique national Frank Bignet, et le manager du programme Los Angeles 2028 Jean Galfione, ont présenté ce mardi au siège fédéral leur stratégie pour placer la France parmi les trois meilleures nations européennes aux Jeux de Los Angeles et dans les années suivantes.

Frank Bignet, vous avez présenté un plan de performance qui va guider l’action de la direction technique nationale pour les prochaines années. Quel en est l’objectif ?

Notre projet est construit autour d’une ambition durable qui est d’intégrer le top 3 européen des nations. Cette notion nous paraît primordiale, parce qu’elle renvoie à la capacité de remporter des médailles, que les sportifs connaissent bien. Cela correspond à un niveau parmi les huit ou dix meilleures nations à l’échelle mondiale. C’est à la fois ambitieux et réaliste, et les résultats récents des championnats d’Europe de cross à Lagoa le prouvent. A Tokyo, nous étions dans le top 5 européen à la placing table. C’était aussi notre place lors des championnats d’Europe jeunes à Bergen (Norvège) et Tampere (Finlande) cet été. Monter sur le podium, c’est se confronter aux Pays-Bas, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. C’est un grand challenge, et une grande mission dont nous sommes honorés qu’elle nous soit confiée. Nous y mettrons toute la bonne énergie nécessaire.

Les Jeux de Los Angeles sont dans deux ans et demi, soit presque demain, et vous devez en même temps préparer activement les échéances plus lointaines…

Les athlètes qui sont dans la mécanique à court terme pour 2028 ont déjà tous été identifiés au cours des années écoulées. Nous avons le devoir d’ancrer la Fédération dans le temps, et de nous projeter vers Brisbane 2032 et même 2036. Réussir dans sept et onze ans, c’est se poser des questions dès aujourd’hui, avec les clubs et les territoires, plutôt que d’attendre 2033. C’est un projet collégial, travaillé et animé avec les élus de la FFA, à commencer par Jean Gracia, son président, et Odile Diagana, vice-présidente dédiée au haut niveau. Nous partageons une vision et un plan d’action. Les commissions des athlètes de haut niveau et des entraîneurs sont également associées à notre réflexion. Leur vécu nous est précieux pour identifier le bon cap. Nous voulons être le plus ouvert possible avec l’ensemble du l’écosystème athlétique pour être à notre juste place. Jean Galfione sera le manager de la performance pour 2028, Pierre-Charles Peuf sera celui de la performance pour 2032, et celui de 2036 sera nommé au cours du premier trimestre 2026. Dans la même veine, nous nous appuyons sur Julien Rancon et ses équipes pour le trail et de la course en montagne.

Quels sont les leviers d’action identifiés dans votre projet ?

Nous avons une volonté affirmée d’être plus sensible à la proximité avec les athlètes, pour être des apporteurs de solutions à tous les niveaux. Il faut faire preuve de transparence, pour plus de confiance et établir une relation humaine stable et apaisée.  Pour cela, l’exigence ne se négocie pas. J’ai souvent entendu dire que remporter des médailles en athlé est très dur, à cause de la compétitivité au niveau international et de la densité des autres pays. Notre défi est d’être meilleur dans chacune de nos actions. Il faut diminuer l’incertitude du jour J en grand championnat, et cela passe évidemment par l’accompagnement des athlètes au quotidien. Parfois, une solution trouvée à un petit problème donne lieu à de grands résultats. Nous voulons amplifier la culture de la performance, et qu’elle soit partagée par tous. Il faut pour cela rentrer dans la singularité de l’individu, cela demande un travail d’orfèvrerie et une organisation dédiée, pour que chacun se sente à sa place dans la quête de l’excellence. Cela demande beaucoup de solidarité, d’échange et de travail collégial.

L’athlétisme est un sport regroupant plusieurs disciplines très différentes…

Il y en a une quinzaine, pour lesquelles les contextes et les logiques internes sont souvent différentes. Il faut finement analyser les leivers de performance de chacun, afin de ne pas tomber dans les généralités appliquées à tous. Le haut niveau est fait de nuances, notre démarche associe exigence, bienveillance et solidarité. Il ne faut pas que notre cadre devienne trop rigide mais doit s’articuler autour de grands principes. Nous portons une approche à 360 ° de la performance, pour identifier tout ce qui va et ce qui ne va pas, sans rien occulter. Cela va bien au-delà de l’aspect technique de la préparation. L’idée est d’accompagner au mieux l’athlète au quotidien, d’abord en tant que personne. Cela se fera notamment en renforçant nos structures fédérales. De la même façon, il ne faut pas diaboliser ceux qui font le choix de s’entraîner à l’étranger, mais plutôt intégrer cette possibilité dans notre cartographie de la performance. Nous nous sommes associés à une agence (Track House) pour être aux côtés de ceux qui s’expatrient aux Etats-Unis au sein du système universitaire, par exemple, pour garder une proximité afin de faciliter le retour en France.

Comment s’articule votre projet avec les institutions que sont le Ministère et l’Agence nationale du sport ?

Notre démarche structurante est alignée avec le programme « ambition bleue » portée par l’Agence nationale du Sport. Nous avons vocation à aller au-delà des dispositifs qu’ils mettent à notre disposition. Nous voulons par exemple offrir un statut social à nos athlètes de haut niveau, grâce à la création d’une SCIC qui accompagne une cinquantaine d’athlètes à l’heure actuelle avec un contrat de travail. C’est un choix fort, aussi bien social que financier, qui symbolise notre volonté de donner un socle de confort à nos athlètes. Nous avons travaillé dès notre retour de Tokyo sur un ciblage des athlètes un peu plus élargi que celui de l’ANS. Nous avons également la volonté de professionnaliser les entraîneurs de ces athlètes. Accompagner l’athlète, c’est associer son entraîneur au sein d’un binôme.

Les champs d’action menant à la performance sont toujours plus nombreux, à différentes échelles. Comment répondre à ces nouveaux défis ?

Nous avons décidé de créer un pôle Expertise, qui regroupera à la fois la cellule d’optimisation de la performance, le service médical et le suivi socio-professionnel de nos sportifs, et sera chapeauté par Bertrand Valcin pour favoriser l’approche globale. De la même façon, l’appui de Mehdi Baala et du pôle logistique est un facteur important pour soutenir nos athlètes. Philippe Leynier, qui est DTN adjoint en charge du suivi du projet de performance fédéral, sera chargé d’optimiser l’environnement d’entraînement au sein de l’ensemble de nos structures fédérales. Enfin, Romain Barras sera le coordonnateur des responsables de discipline, pour embarquer l’ensemble des entraîneurs, éducateurs, et formateurs présents sur le territoire dans une logique de performance de haut niveau. Nous avons à cœur de développer les schémas d’acculturation à la haute performance, sur un temps long, pour partager notre ambition avec le plus grand nombre d’acteurs locaux et nationaux. Les moments de tempête sont fréquents dans le sport, et la stabilité est une clé pour les surmonter et garder un cap cohérent au service d’une ambition forte. Le sport a la force d’embarquer les passions, l’aventure humaine s’annonce palpitante. Il faut rester humble et transparent : nous n’aurons pas toutes les solutions, mais nous essaierons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour accompagner au mieux nos athlètes dans leurs rêves.

Jean Galfione : « Créer un lien et une relation de confiance forts avec les athlètes »

« Je suis ravi d’être de retour dans la grande famille de l’athlétisme, que je n’ai jamais vraiment quittée. J’arrivais à un moment de ma carrière sportive dans la voile où j’avais un virage à prendre. J’avais envie de redonner un peu de ce que j’ai appris pendant mes deux vies sportives, et c’est ce que je vais m’appliquer à faire au sein de la FFA. Mon expérience m’a appris à bien m’organiser pour faire les bons choix, quelle que soit la situation.

Au cours des derniers mois, j’ai sillonné les différents pôles à travers la France, j’ai pu beaucoup échanger avec les athlètes et leurs entraîneurs, sur leurs envies et besoins. J’ai entendu une volonté de créer un lien humain fort, de confiance, d’accompagnement et de reconnaissance.  Ma mission est d’accompagner les athlètes pour 2028. Nous en avons identifié 60 à 70 susceptibles de décrocher une médaille aux Jeux olympiques de Los Angeles. Il faut faire en sorte de réduire le plus possible la taille de la marche qui les sépare aujourd’hui du podium. ‘’Pour gagner, il faut un moral de vainqueur’’, m’a souvent dit Maurice Houvion. J’ai plus envie que jamais de porter cette idée.

Je serai épaulé par mon adjoint Sébastien Homo et des accompagnateurs dans chaque discipline : Patricia Djaté et Pascal Chirat pour le demi-fond/fond, Richard Cursaz pour le sprint et les relais, avec l’appui d’Emmanuel Huruguen et Franck Né, Vincent Clarico pour les haies, Frédéric Beuzard pour les sauts horizontaux, Sébastien Homo pour les sauts verticaux, Thierry Cristel pour les lancers, Wilfrid Boulineau pour les épreuves combinées et Martial Fesselier pour la marche.

Nous nous sommes rapprochés de nos athlètes pour être au plus près de leurs préoccupations. Nous voulons leur expliquer notre démarche, pour lever les freins psychologiques et les possibles inquiétudes. Si on crée une relation de confiance, on pourra anticiper tous ces petits tracas et mettre en place les bonnes actions pour qu’ils ne se sentent pas esseulés dans leur pratique. »