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Romain Mornet : « Je me sens de plus en plus à ma place »

28 Janvier 2026 - Par Martin Andéol (avec FGW)

Mise à jour : 31 Janvier 2026 (22h35)

Photos : © P. Millereau - JM Hervio / KMSP

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Romain Mornet : « Je me sens de plus en plus à ma place »

Le coureur de l’AC Roche-sur-Yon a battu samedi la meilleure performance française de l’histoire sur 2000 m en salle à Boston (USA), en 4’55’’54. Pas forcément le plus doué de sa génération mais en pleine ascension, Romain Mornet savoure ce résultat de façon lucide, en gardant les pieds fermement accrochés sur terre. Il s’est livré à athle.fr entre deux avions entre la Floride et le Massachussetts.

Avec quelles ambitions avez-vous abordé ce 2000m de Boston ?

L’objectif premier était de battre la meilleure performance française de tous les temps, qui datait un petit peu (4'57''22 par Azeddine Habz en 2022), car ce n’est pas une distance très disputée, notamment en indoor. Je savais toutefois que ce n’était pas une mince affaire, et comme c’était ma première course de la saison, j’étais un peu dans le flou.

Pourquoi avez-vous choisi de vous aligner sur cette distance pour commencer la saison ?

En vérité, c’était plus une question d’opportunités car je voulais participer au meeting de Boston, organisé par mon équipementier.  J’avais appris qu’il y avait un 2 000 m qui se montait avec du beau monde, ce qui me permettait de bien préparer le 3 000 m du week-end suivant, tout en débutant la saison sur une distance atypique, sans pression excessive.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de prendre part à ces deux courses aux Etats-Unis ?

Il y a plusieurs raisons. La première, comme je le disais, était de courir au meeting de Boston. Je l’avais déjà en tête depuis un an ou deux, mais je n’avais pas encore le niveau pour pouvoir prétendre y entrer. En plus, il y avait les Mondiaux de cross (le 10 janvier en Floride, où il était remplaçant sur le relais mixte, NDLR) donc je me disais que si j’arrivais à y être sélectionné, cela ferait d’une pierre deux coups. En plus de cela, avec quelques amis de l’équipe de France, on a voulu s’organiser un stage tous ensemble. C’est pour cela que j’ai décidé de passer ce mois de janvier aux Etats-Unis.

La saison dernière, Jimmy Gressier, Azeddine Habz et Romain Legendre avaient fait des grosses performances en salle aux Etats-Unis. Est-ce que cela a compté dans votre choix ?

Pas forcément. Moi, ce qui m’intriguais le plus, c’était l’ambiance américaine car j’en avais beaucoup entendu parler. Et on voit que lors de la plupart des meetings aux USA, ça court toujours très vite. C’est cette atmosphère là que je recherchais et, en plus, la piste de Boston sur laquelle je vais courir ce week-end est réputée rapide.

Revenons à cette course de samedi. Racontez-nous ce moment, marqué par un problème de wavelight et avec un niveau très relevé…

Le début de course a été assez « folklore » car je suis parti en queue de peloton et j’ai tout de suite remarqué, après 200 ou 400 m, que la wavelight allait beaucoup trop vite. Ça m’a perturbé car j’avais l’impression d’aller très vite, tout en voyant cependant que j’étais très loin de la tête de course. J’étais tout de même obligé de suivre le groupe, car sinon je me serais retrouvé esseulé à l’arrière. Il me semble que je suis passé au 1000 m en 2’25’’6, soit beaucoup trop vite, c’est d’ailleurs pour ça que ma deuxième partie de course a été assez difficile.

Deux concurrents américains ont rapidement pris une sérieuse avance (Hobbs Kessler a finalement battu la meilleure performance mondiale de tous les temps en 4’48’’79). Comment avez-vous géré la situation ?

Je m’étais plus focalisé sur le Belge Peter Sisk et sur Jake Wightman, car je les connais bien et je savais qu’on allait être globalement dans les mêmes eaux, donc je n’ai pas trop fait attention à la tête de course, d’autant plus que les allures sur lesquelles ils sont partis étaient vraiment d’un autre niveau.

Avez-vous été surpris de votre chrono lorsque vous avez passé la ligne d’arrivée ?

Quand j’ai vu le temps de passage à mi-course, j’ai vite fait le calcul et j’ai vu que j’étais sur des bases plus élevées que le record de France. En revanche, dans les trois ou quatre derniers tours, le temps me paraissait un peu long parce que je luttais pour ne pas exploser. A l’arrivée, j’étais plus content d’en finir que de battre le record en lui-même. Je ne l’ai savouré que plus tard dans la soirée.

Même si le 2 000 m n’est pas une épreuve très courue, c’est la première fois que vous battez une meilleure performance française de tous les temps. Cela représente quelque chose symboliquement ?

Oui, forcément. C’est d’autant plus vrai quand on connait mon parcours. Si on m’avait dit ça il y a quelques années, je n’y aurais pas cru. Je suis parti de très loin, notamment dans les catégories jeunes. Mais comme vous l’avez dit, ce n’est pas une épreuve très courue, donc ce qui m’importait était surtout celui qui détenait le record. Quand on connait les performances d’Azeddine (Habz), on se dit que si l’on bat un de ses records, c’est qu’on est plutôt sur la bonne voie (rires).

Même si le jeu des transpositions chronométriques n’est jamais simple, quelles perspectives ouvrent cette performance ? Vous pensez aux minima pour les Mondiaux de Torun ?

L’objectif principal est déjà de battre mon record sur 3 000 m indoor (7'40''39). Ensuite, évidemment, les minimas (7'33''00) sont dans un coin de ma tête, je ne m’interdis rien en fonction du déroulé de la course. Mais j’ai l’habitude de faire preuve d’humilité par rapport à ça, parce que les minimas mondiaux sont toujours très durs. Chaque chose en son temps.

Vous êtes d’accord avec le constat que vous avez passé un cap par rapport à l’an dernier ?

Etant donné que le 2 000 m n’est pas une distance très courue, j’ai du mal à me rendre compte de la valeur de cette performance. Et puis l’année dernière, j’avais fait une très bonne fin de saison, avec les Mondiaux de Tokyo mais, à l’inverse, le début de saison estivale avait été très poussif. Donc je préfère commencer avec une meilleure performance française et essayer de continuer sur cette lancée.

Qu’est-ce qui explique cette progression chronométrique en l’espace d’un an ?

Je dirais la constance dans l’entrainement, car je n’ai pas changé grand-chose dans la structure (il est entraîné par Dominique Guillet, ndlr). C’est plus le fait de garder toujours le même cap et de ne pas en faire trop pour ne pas tomber dans un cycle de surentrainement.

Vous avez évoqué votre parcours moins prometteur que d’autres chez les jeunes. Avez-vous mis du temps à vous sentir à votre place au niveau international, un peu comme Yann Schrub ? Est-ce que les barrières sont tombées ?

C’est drôle que vous me parliez de Yann Schrub car on discute actuellement beaucoup pendant notre stage et il me donne de nombreux conseils conseils. J’ai rencontré un peu la même problématique que lui : même si je suis allé aux championnats du monde et d’Europe, ce n’est jamais évident de se sentir à sa place, j’ai toujours un peu eu  le syndrome de l’imposteur. Ca diminue petit à petit mais je pense qu’il y a encore du chemin. C’est tout un processus pour progresser et j’espère que cette année, ça va vraiment se débloquer et faire en sorte que je me sente totalement à ma place.

Vous partagez en ce moment un stage d’entraînement avec quelques-uns des meilleurs spécialistes du demi-fond français. Vous êtes pourtant adversaires une bonne partie de l’année…

On s’entend tous très bien, notamment avec les garçons avec qui je suis en stage actuellement : Etienne (Daguinos), Yann (Schrub), Jimmy (Gressier), Fabien (Palcau) et Nico (Nicolas-Marie Daru). A la base, c’est vraiment un stage entre copains qui ont décidé de partir tous ensemble, de s’entrainer et progresser de concert. Ca donne également une bonne image du demi-fond français. Même si nous avons des objectifs similaires qui nous rendent concurrents, on réussit à le mettre de côté pour se tirer vers le haut. Ce stage est appréciable parce qu’on échange beaucoup, on s’entraine quasi tout le temps ensemble et je pense que ça va nous être bénéfique.

Au niveau agenda, comment organisez-vous vos prochaines semaines ?

J’ai regagné la Floride où nous sommes en stage, j’ai réussi à prendre un avion juste avant la tempête de neige sur Boston la semaine dernière, et j’y retourne pour le 3000 m ce week-end, avec Fabien (Palcau) qui sera aligné sur 5000 m.

Et ensuite, ce sera le retour en Europe ?

Oui, car j’ai une course dimanche 8 février sur 1 500 m, à Karlsruhe (Allemagne). Je serai ensuite à Torun (Pologne) pour un autre 1500 m le 22 février. Je déciderai ensuite sur quelle distance m’aligner aux championnats de France, en fonction de mes chronos sur 1500 m et 3000 m.