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Running / Interview
30 Septembre 2026 - Par Véronique Bury
Mise à jour : 1 Octobre 2026 (17h14)
Photos : © Albin Durand / ASICS - The Adventure Bakery / ASICS
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Quatrième de son premier UTMB fin août à Chamonix, à tout juste 25 ans, l’ex-coureur cycliste rêve désormais de grimper sur le podium dans les deux prochaines années. Rencontre avec un jeune traileur dont la carrière ne fait que commencer.
Oui, je commence à réaliser tout ce que cela représente, même en termes de rayonnement médiatique. Je n’aurais jamais imaginé pouvoir finir quatrième, et encore moins dans ces chronos-là. Mon objectif était juste de finir, car c’était mon premier ultra, et mon premier UTMB. Cela faisait beaucoup d’inconnues. Cela dit, j’avais quand même conscience que si je gérais bien ma course et que je n’avais pas de problème, je pouvais peut-être espérer un top 10. Mais quatrième, c’était inespéré. D’autant que j’avais lourdement chuté sur la cuisse, à l’entrainement, deux semaines avant la course. J’avais une belle contracture du quadriceps, dont je ressentais encore des petites douleurs. Je n’étais donc même pas certain que ça puisse tenir jusqu’au bout.
Car je partais dans l’inconnu et je trouvais qu’il était plus intelligent de partir sur un rythme que j’étais sûr de pouvoir tenir très longtemps. Rapidement, j’ai senti que j’avais de bonnes jambes et que la course allait pouvoir être intéressante si je ne faisais pas de bêtises. Autour du km 45/50, dans le col du bonhomme, j’ai commencé à rattraper de gros favoris comme Vincent Bouillard et Paul Cornut (Chauvinc), qui n’étaient pas dans une bonne journée et qui commençaient un peu à exploser. C’est à ce moment-là que je me suis dit que j’allais pouvoir potentiellement faire une bonne remontée. Je voyais que je n’étais pas loin de la tête de course, à ce moment-là, et qu’il restait encore 120 bornes. Le top 5 en revanche je n’y ai cru qu’à partir de Courmayeur, quand je suis passé en 16e position. À ce moment-là, je n’étais plus qu’à 12 ou 13 minutes de la 2e place, il restait encore la moitié du parcours et 10 heures de course, mais 12 minutes pour moi ce n’était rien du tout. C’est à ce moment-là que je me dis que tout était possible et qu’il fallait que je reste très concentré.
Honnêtement, la course s’est vraiment bien passée. Je suis parti très prudemment pour éviter d’exploser dès le début. A partir de Courmayeur, j’avais de supers jambes et je savais que tout le monde était parti un peu vite, j’ai commencé à reprendre de grands coureurs qui étaient devant moi. Les 40 derniers kilomètres ont été plus durs, forcément. Je me demandais dans quel état j’allais finir. Mais en même temps, j’ai vraiment eu de la chance sur cet UTMB, car je n’ai pas eu de coup dur comme beaucoup en ont sur ce type de cours. J’ai vraiment fait une course pleine, sans crampe et sans problème digestif. Finalement, ce qui a été le plus dur c’est la préparation parce que l’on passe quand même des heures et des heures dehors, en montagne, avant la course et ce n’est pas toujours évident. Surtout cette saison, où j’ai eu pas mal de petites gênes et de douleurs.
J’ai fait l’école d’athlé à Lyon de mes 8 ans à mes 11 ans. Mais je n’ai pas aimé, car je trouvais que je ne me dépensais pas assez. On faisait des lancers, des sauts alors que moi, j’avais juste envie de faire du sprint ou des haies. Je n’avais pas tellement apprécié cette expérience et encore moins les cross, que je détestais. J’ai donc arrêté à mon entrée au collège pour faire du vélo. J’en ai fait pendant dix ans en compétition, jusqu’à l’âge de 22 ans. Et je n’ai recommencé à courir qu’en 2020, pendant le Covid, parce que c’était compliqué de rouler à Lyon avec l’interdiction de sortir du rayon d’un kilomètre autour de chez soi. Comme j’avais accès à une piste d’athlé à côté de chez moi, j’ai rechaussé les baskets et, petit à petit, j’y ai pris plaisir. J’ai fini par moins rouler, et j’ai arrêté ma carrière de cycliste en 2022 pour me mettre au trail, car je trouvais l’effort bien plus agréable, sans compter que cela impliquait moins de contraintes au niveau de l’entrainement.
Je suis un compétiteur, passionné de performance. Venant du vélo, j’étais puissant avec de grosses cuisses musclées, et je manquais de vitesse, j’ai donc très vite compris que je ne ferais rien sur la piste ou sur la route. En plus, cela ne m’attirait pas vraiment. En revanche, le trail me permettait de sortir de mon environnement urbain. C’est ce qui m’a plu. Non seulement, je suis plus performant quand la distance s’allonge, mais le trail m’offrait la possibilité d’aller me balader en nature avec ce sentiment de liberté énorme.
En vélo, j’étais un bon amateur, mais je n’étais pas assez doué et je ne m’entrainais sans doute pas assez bien. Mais cela m’a forgé une autonomie et une certaine rigueur dans l’entrainement, car c’est bien plus désagréable d’aller rouler sous la pluie que de courir. Cela m’a aussi confronté à l’échec très tôt et très jeune, et cela m’a appris la résilience. Lorsque l’on passe un week-end sur deux dans le fossé à cause d’une chute ou derrière les copains car ils sont plus forts, cela forge le caractère. Pourtant, j’étais l’un de ceux qui s’entrainaient le plus dur. C’était un peu l’époque du « no pain no gain ». Moi, je m’entrainais beaucoup, je m’affamais aussi pour être plus léger, mais ça ne marchait pas du tout. J’étais fatigué, en surentrainement. Je n’étais pas entouré comme il l’aurait fallu. Pour cela, le monde du vélo est très particulier. J’ai fini par ne plus me reconnaitre dans ce sport. Quand j’ai commencé à courir, j’avais donc déjà dix ans de sport d’endurance dans les jambes et dans les poumons. Je ne partais pas de nulle part. J’avais aussi une certaine résistance métabolique pour des efforts longs et ça a dû me faire gagner pas mal d’années pour le trail.
C’est une envie avant tout. Je rêvais de faire l’UTMB, avant même de faire du trail. Je trouvais le parcours incroyable, le défi fou. J’ai aussi très vite réalisé que je souffrais beaucoup plus sur des trails de 20 km que sur ceux de 40. Et que je souffrais beaucoup moins sur ceux de 80 km que sur ceux 40… Je me suis donc entrainé progressivement de façon à éviter les blessures, tout en augmentant peu à peu les distances.
En 2022, au tout début, je me suis entrainé avec mon ancien entraineur de vélo, qui m’aidait un peu à faire mes plans d’entrainement, mais j’ai ensuite très vite rejoint l’Athlétic Club Lyonnais de Tassin. J’y ai suivi les entrainements du club pendant quelques temps, mais je me suis aperçu que cela ne me convenait pas non plus. C’était trop de vitesse et pas assez de volume par rapport à ce que je voulais faire en compétition, et notamment la SaintéLyon. Après mon abandon sur blessures aux championnats de France en 2023, j’ai donc décidé de m’entrainer moi-même. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à performer.
Oui, je me prépare encore mes plans d’entrainement. Mais je me renseigne énormément sur ce qui se fait par ailleurs. Je suis un gros ‘’geek’’ de la physiologie et de la performance, dans tous les sports d’endurance, je regarde tout ce qui se fait sur piste, sur route, en marathon, en triathlon, en cyclisme, voire même en ski de fond. C’est un truc qui me passionne. Depuis quelques temps, je me fais aussi accompagner par un ‘’aide-coach’’. J’ai en effet créé une petite équipe autour de moi avec un préparateur physique et un coach assistant qui n’est autre que mon ancien kiné, Tom Roy. C’est lui qui me conseille et me dit quand il trouve que ce n’est pas cohérent ou que l’on peut faire mieux… C’est un regard extérieur utile, même si c’est moi qui décide au final de ce que je fais ou pas.
Un peu tout ! J’ai intégré un collectif avec des coureurs plus forts que moi qui, lorsque l’on se regroupe, me permettent d’acquérir de l’expérience. Cela me décharge aussi d’une partie logistique, notamment sur les gros événements où ils sont présents et où ils m’aident pour l’assistance et pour le logement. D’une certaine manière, cela m’a permis de commencer à me professionnaliser car, à ce moment-là, je travaillais encore à mi-temps dans un magasin de sports à Saint-Etienne. J’ai décidé d’arrêter de travailler pour suivre ma copine qui déménageait en Savoie en me disant que je me laissais un an pour essayer de performer au plus haut niveau. Sans mon équipementier à ce moment-là, cela n’aurait pas été possible. Au final, cela m’a permis de continuer à progresser pour passer un cap en termes de performance et de visibilité. (En 2025, il a remporté le 100km du Nice Côte d’Azur by UTMB terminé deuxième du 90 km du Mont-Blanc, NDLR).
Cela ne ferait pas rêver tout le monde ! Quand on se consacre à 100% à son sport, il faut vraiment réussir à gérer la routine et l’ennui. Moi, je me lève à 6h, en même temps que ma copine, je déjeune et je vais m’entrainer. Mais ensuite, je ne fais quasiment rien de ma journée, avant de retourner m’entrainer en fin d’après-midi. Parfois, je peux passer la journée dehors, avec huit heures en montagne, mais quand j’ai juste un footing et un peu de musculation à mon programme, cela peut vite sembler très long. C’est là qu’il faut apprendre à bien se reposer pour optimiser au maximum la récupération. Heureusement, cela me convient. Je ne suis pas mondain et je n’ai pas besoin de voir du monde. Je passe donc pas mal de mon temps à bouquiner ou à coudre. J’adore ça : customiser mon matériel de course. Je passe aussi pas mal de mon temps à créer des parcours ou des itinéraires sur les cartes.
Tout le monde me dit que ma vie va changer, mais dans les faits, je n’en suis pas sûr. Certes, sur certains footings, des inconnus me reconnaissent et cela me fait bizarre, mais, dans les faits, ma vie reste la même. J’habite toujours dans le même appartement. Je vais peut-être gagner un peu en confort financier mais mon objectif reste le même : performer en trail. Et pour cela, je connais la recette. Ce ne sont pas de nouveaux partenaires qui vont changer mon mode de vie. Je vais juste continuer à me professionnaliser, en m’entourant davantage et en me déchargeant de certaines choses, comme par exemple la communication. Je vise toujours un podium sur l’UTMB un jour. C’est quelque chose dont j’ai toujours rêvé.
Ce qui est agréable, c’est que j’ai l’impression d’avoir quand même du temps. J’ai 25 ans et cela ne fait pas longtemps que je cours. J’ai donc encore pas mal de fraicheur et de choses à faire dans ce milieu. J’ai même tout à découvrir. Ce qui est certain, c’est que je vais prioriser l’UTMB pour les deux prochaines années. Après, je rêve aussi de performer sur la Diagonale des fous et la Western States, aux Etats-Unis. Quant à l’équipe de France, ça représente aussi beaucoup, mais je ne pense pas être encore assez motivé pour prioriser un championnat du monde de trail à un UTMB. On en a déjà parlé avec Adrien Seguret (l’entraîneur national, NDLR) qui m’avait convié à un regroupement avec l’équipe de France, l’hiver dernier à Annecy. J’avais bien aimé l’ambiance et l’idée du collectif me parle. Mais il me laisse prendre mon temps pour définir mon calendrier de courses sur les prochaines saisons.
Ce n’est pas encore sûr. J’aimerais y aller mais je ne me mets pas de pression. La saison a été longue et je ne sais pas encore comment je vais récupérer de l’UTMB. Comme c’était mon premier, je n’ai pas envie de précipiter les choses et de repartir tout de suite au charbon. Car pour y performer, il faut que j’y arrive bien préparé, ce qui est très sollicitant aussi pour le corps et l’esprit. Je vais donc prendre mon temps avant de me décider.