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Zackaria Dia : « Si Duplantis l’a fait, pourquoi je n’y arriverais pas ? »

16 Juin 2026 - Par Mathéo Gillet

Photos : © Coen Schilderman / FFA

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Zackaria Dia : « Si Duplantis l’a fait, pourquoi je n’y arriverais pas ? »

À seulement 18 ans, Zackaria Dia n’en finit plus de surprendre. Freiné au printemps pendant près d’un mois et demi par une blessure au dos, le perchiste normand a pourtant réalisé un concours exceptionnel samedi dernier à Oullins. Auteur d’un saut à 5,82 m, il a amélioré le record de France U20 d’Anthony Ammirati d’un centimètre, validé les minima pour les grands rendez-vous internationaux de l’été, et s’est hissé au deuxième rang des meilleurs performeurs U20 de l’histoire derrière un certain Armand Duplantis.

Samedi dernier, vous avez franchi 5,82 m à Oullins, nouveau record de France juniors et signé la deuxième meilleure performance U20 de l’histoire. Quel sentiment domine aujourd’hui ?

Sur le coup, je n’y croyais pas trop. Depuis mon retour d’un stage en Italie il y a deux mois, j’avais des problèmes de dos. J’ai dû arrêter la perche pendant un mois et demi. Je faisais uniquement de la course et du renforcement musculaire. J’ai fait ma rentrée à Forbach (5,30 m le 31 mai, NDLR) sur élan réduit, depuis, j’ai dû sauter deux ou trois fois à l'entraînement. Quand je suis arrivé à Oullins, mon objectif était surtout de retrouver des sensations et de réaliser les minima A pour les championnats du monde juniors, fixés à 5,45 m. Le concours a pourtant pris une autre dimension. Je passe 5,50 m puis 5,60 m au troisième essai. Ensuite, avec mon entraîneur (Philippe Labbé), on choisit de faire l’impasse à 5,70 m puis à 5,77 m pour garder un peu de fraîcheur. Il faisait chaud, je n’ai pas l’habitude de ces températures en Normandie !  Malgré tout, dès l’échauffement, les sensations étaient excellentes. Je courais vraiment bien. Quand j’ai franchi 5,82 m, j’étais choqué. Honnêtement, c’était largement au-delà de ce que j’imaginais avant la compétition.

Avec cette performance, vous êtes devenu le meilleur junior de tous les temps derrière Armand Duplantis. Avez-vous déjà pris conscience de ce que cela représente ?

Pas vraiment. Je sais que ça paraît énorme pour beaucoup de monde, mais je ne le vois pas comme quelque chose d’impressionnant. Les records sont faits pour être battus. Je ne  me dis pas que Duplantis est intouchable ou qu’il fait partie d’une autre planète. Si lui a réussi à atteindre ces hauteurs-là, pourquoi moi je n’y arriverais pas un jour ? Je ne sais pas quand, mais je ne me mets pas de limites. Je préfère voir ça comme une source de motivation.

Vous ne cessez de progresser : 5,40 m l’an dernier, 5,70 m cet hiver, puis désormais 5,82 m. Comment expliquez-vous cette ascension spectaculaire ?

Déjà, je grandis encore, donc forcément ça aide. Mais je pense surtout que c’est la façon dont on a adapté mon entraînement qui explique cette progression. Cet hiver, j’ai subi une fracture de fatigue au dos. Pendant près de deux mois, je n’ai pratiquement pas couru ni sauter. À la place, j’ai fait énormément de renforcement musculaire, d’haltérophilie, de gainage. Quand j’ai repris la course, on s’est rendu compte que j’avais énormément pris en vitesse. Ça nous a appris qu’on ne progresse pas à la perche uniquement en sautant. La vitesse est essentielle. Aujourd’hui, ma façon de courir n’a plus rien à voir avec celle d’il y a un an.

À Oullins, vous avez concouru contre les meilleurs Français, le 28 juin, vous allez découvrir la Diamond League de Paris face à Armand Duplantis, Emmanouil Karalis ou encore Sam Kendricks. Quel effet cela vous fait-il ?

Je ne suis pas impressionné, mais je suis super impatient. J’ai vraiment hâte d’y être.  Quand j’étais plus jeune, je regardais ces athlètes à la télévision. Aujourd’hui, je vais partager le même concours qu’eux. C’est forcément particulier, mais je ne vais pas les regarder comme des extraterrestres. Ce sont des humains qui ont réussi à atteindre un niveau exceptionnel. Ça me donne surtout envie de voir où je me situe. Je n’ai pas peur, je ne stresse pas à l’idée de sauter avec eux. Au contraire, je trouve ça hyper motivant.

La perche n’est pas forcément la discipline vers laquelle on se dirige naturellement quand on est benjamin. Comment cette aventure a-t-elle commencé ?

Je fais de l’athlétisme depuis l’âge de six ans, au Pont-Audemer Ac. Honnêtement, au début, la perche n’était pas du tout une évidence. Je dirais même que je n’aimais pas spécialement ça. Quand j’étais plus jeune, j’étais quelqu’un d’assez hyperactif, et, parfois je trouvais que je ne me défoulais pas assez. C’est en arrivant au collège que j’ai commencé à pratiquer la perche plus régulièrement. À cette époque, je faisais aussi du javelot, que je continue à lancer aux interclubs, et des haies. Petit à petit, je me suis rendu compte que c’était l’épreuve dans laquelle je marquais le plus de points lors des triathlons benjamins. Les résultats ont commencé à suivre et ça m’a donné envie de m’investir davantage. J’ai continué à m’entraîner et j’ai fini par vraiment aimer cette discipline.

Votre entraîneur, Philippe Labbé, vous suit depuis l’âge de 12 ans. Quel rôle joue-t-il dans votre progression ?

Un rôle énorme. Je le connais depuis très longtemps. Il intervenait déjà quand j’étais plus jeune et il me suit vraiment depuis mon arrivée au collège. On a créé un lien très fort au fil des années. Je le vois quasi tous les jours et il a une grande part de responsabilité dans ma progression actuelle. Il me connaît parfaitement, sait comment je fonctionne et comment me faire progresser. Il a aussi une très bonne relation avec ma famille. Mes parents suivent toutes mes compétitions,regardent les résultats, m’appellent après les concours. En même temps, à la maison, on ne parle pas de perche toute la journée. Ça me permet de garder un équilibre.

À seulement 18 ans, vous passez actuellement votre baccalauréat tout en vous rapprochant du très haut niveau mondial. Comment conciliez-vous les deux ?

Je suis en bac professionnel et j’ai la chance d’avoir des horaires aménagés qui me permettent de m’entraîner dans de bonnes conditions. J’ai terminé les épreuves écrites, il ne me reste plus que l’oral. Pour l’instant, j’arrive à gérer les deux. L’année prochaine, j’aimerais poursuivre mes études avec un BTS commerce. C’est important pour moi de continuer à avancer sur les deux projets en parallèle.

Vous évoquez souvent l’importance du travail invisible. Quel rôle jouent aujourd’hui la préparation mentale, le sommeil ou encore la récupération dans votre progression ?

Ils ont pris une place énorme. J’ai commencé à travailler avec un préparateur mental il y a environ un an et je vois une vraie différence. Au début, je pensais que ça ne servait pas à grand-chose. J’allais parfois aux séances sans être vraiment investi. Puis après mon record de France U18, je me suis dit qu’il fallait mettre toutes les chances de mon côté. J’ai commencé à prendre ça beaucoup plus au sérieux. Ça m’a aidé à mieux gérer le stress, à mieux aborder les compétitions et à gagner en maturité. En parallèle, j’ai aussi complètement changé certaines habitudes de vie. Avant, il pouvait m’arriver de me coucher à trois heures du matin pour me lever à sept heures. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus rigoureux sur mon sommeil. Je fais également davantage attention à la récupération et à l’alimentation. Ce sont des détails, mais mis bout à bout, je pense qu’ils expliquent aussi une partie de ma progression.

Quand on réalise une telle performance à 18 ans, est-il facile de garder les pieds sur terre ?

Je pense qu’il le faut. 5,82 m, ce n’est pas une finalité. À la perche, il n’y a pas vraiment de limite. Bien sûr, comme tous les perchistes, les six mètres font partie des objectifs. Mais je ne veux pas me fixer de plafond. Ce n’est pas parce que j’ai franchi 5,82 m que j’ai atteint ce que je voulais faire dans ma carrière. Je préfère continuer à avancer étape par étape, sans me mettre de barrières. Si un jour je peux sauter 6,50 m, alors je le ferai.

Quels seront vos principaux objectifs cet été ?

Le premier objectif est d'aller chercher le titre de champion de France U20 (16-19 juillet). Ensuite, il y aura peut-être les championnats de France Elite (Albi), même si ce n'est pas encore totalement défini vu qu'ils sont placés juste avant les Mondiaux juniors, qui sont vraiment le grand objectif de ma saison, le but étant d’être champion du monde à Eugene (USA, 5-9 août). J'aimerais aussi battre le record des championnats détenu par Armand Duplantis (5,82 m). Ce serait quelque chose d'énorme. Concernant les Europe de Birmingham, je ne pense pas y postuler. La saison va déjà être très longue. À un moment, il faudra savoir couper.