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numéro 452 - Juillet-Août 2002 - Présentation des championnats d'Europe

Une chance à saisir

La France a une belle occasion de goûter à nouveau à la victoire, et de nombreux arguments pour y parvenir, à l'occasion des championnats d'Europe qui s'ouvrent à Munich, en Allemagne. Un rendez-vous qui restera, on le souhaite, comme une référence pour toute une génération. Celle qui prend, peu à peu, ses marques en équipe de France. Celle qui devra déjà contribuer au succès du camp tricolore, celle, en tout cas, qui sera appelée à briller en 2003 au Stade de France et en 2004 à Athènes. Au moment où commencent les 18e championnats d'Europe d'athlétisme, nous avons choisi de vous présenter cinq des membres de cette nouvelle vague.

Nous y sommes. Après trois saisons de rendez-vous mondiaux (deux championnats du monde séparés par les Jeux Olympiques de Sydney), négociés par l'athlétisme tricolore avec un bonheur tout relatif, les nations européennes se retrouvent entre elles pour en découdre. Tous les quatre ans, les athlètes du vieux continent snobent un temps leurs rivaux américains, voués aux seuls meetings de prestige, pour se focaliser sur les championnats d'Europe. Une épreuve susceptible de transformer une carrière, de faire entrer ses lauréats dans le Panthéon de l'athlétisme - demandez donc ce qu'il en est à Christine Arron. Autant dire que les athlètes Français, sans toujours le clamer, en lorgnant forcément un peu sur le grand rendez-vous de Paris 2003 Saint-Denis l'année prochaine, ont bien l'intention de frapper un grand coup en Allemagne, du 6 au 11 août dans le stade Olympique de Munich. " Je ne veux pas que ces championnats en Allemagne soient uniquement considérés comme un passage vers les Mondiaux 2003 ", martèle depuis quelques semaines Robert Poirier, comme pour prévenir toute démobilisation. Le Directeur Technique National, fidèle à sa ligne de conduite, estime que le voyage en Bavière doit être " un objectif en soi ".
L'athlétisme tricolore, à vrai dire, a tout à y gagner. Dans un contexte forcément moins relevé que sur la piste mondiale, et après les déboires cinglants subis cet été par le sport français, il a là l'occasion de brandir à nouveau un blason que deux médailles mondiales l'an passé à Edmonton n'ont pas totalement permis de redorer. De montrer qu'il peut, lui aussi, gagner. Il se présente d'ailleurs en Allemagne en ordre de bataille, fort d'un début de saison comme rarement il en avait connu, pourvu de réelles chances de médailles. Seront-elles suffisantes pour faire mieux que les 4 podiums de Budapest, voici quatre ans, qui avaient classé la France en bonne position ? Le record de 15 médailles pour les " Europe ", enregistré à Bruxelles en 1950 peut-il tomber ?
Quelques Bleus ont la réponse à ces questions. Ils s'appellent Stéphane Diagana (qui terminait déjà 5e des Europe voilà douze ans !), Patricia Girard, ou Driss Maazouzi, ces représentants d'une vieille garde plus verte et performante que jamais depuis que les jeunes loups tricolores prennent leur marques en équipe de France. La nouvelle génération sera elle aussi emmenée par des valeurs sûres. Du côté du marteau, Nicolas Figère et Manuela Montebrun, tous deux champions d'Europe espoirs l'an passé, vont évoluer dans le cadre idéal pour écrire la première ligne de leur palmarès senior. Pour eux, comme pour d'autres, l'heure est venue. C'est le cas pour Mehdi Baala, deux ans après Sydney. Le Strasbourgeois mènera d'ailleurs avec Driss Maazouzi une troupe de demi-fondeurs dont on attend beaucoup, de Bob Tahri (3 000 m steeple) à Ismaïl Sghyr (sur 5 000 m), naturalisé l'an passé. Les coureurs de longue haleine ont remporté, sur les trois dernières éditions de la Coupe d'Europe, 11 victoires sur 15 possibles. Il faudra traduire cette domination en médailles. Idem pour Muriel Hurtis, annoncée depuis plusieurs mois comme l'une des reines de ces championnats sur 200 m comme sur le relais 4x100 m. Idem, encore, pour Benoît Z qui, puisque les autres marathoniens n'ont finalement pas tenu à être présents en Allemagne, sera seul face aux 42,195 km pour confirmer sa victoire à Paris.
Des médailles sinon rien...


Enfin, quelques questions en suspens donnent au rendez-vous munichois le piment nécessaire pour faire monter la sauce, même si les cuisiniers bondiront devant un tel raccourci culinaire. Comment Grégory Gabella aura-t-il digéré sa victoire à la hauteur en Coupe d'Europe ? Marc Raquil, sur le tour de piste, et Romain Mesnil, perche en mains, retrouveront-ils leur véritable niveau, celui qui ferait d'eux des médaillés en puissance ? Le coude à coude de Marie Poissonnier et de Vanessa Boslak à la perche les amènera-t-il suffisamment haut pour aller décrocher un accessit ?
Voici un mois, dans la chaleur d'Annecy, les équipes de France ont pris ensemble une belle 3e place sur l'échiquier européen. Mais l'opinion publique, la proximité des Mondiaux 2003, l'athlétisme français dans son ensemble, qui table sur les échos du succès pour enrayer la légère mais indiscutable baisse de son nombre de licenciés, bref, tout appelle désormais des victoires, des médailles sonnantes et trébuchantes. Elles seules sont susceptibles de marquer l'histoire et les mémoires. Le challenge n'a rien d'évident, mais il promet des championnats d'Europe terriblement excitants.

Cyril Pocréaux

Yann Domenech - Vitesse et talent

Yann Domenech, sacré champion de France en longueur, souhaite, dès cet été à Munich, confirmer son titre de Champion d'Europe espoir.
A la simple évocation du nom de Yann Domenech, sacré champion de France du saut en longueur à Saint-Etienne avec un saut à 8,16 m, Christian Branchereau, son entraîneur, se lance dans une apologie à un rythme soutenu. " Je n'ai jamais vu un athlète capable d'allier une telle vitesse à une qualité de pied pareille, dit-il. Ce petit gars m'a tapé dans l'oeil très tôt. Il est talentueux et fabuleux. "
Géologue à Bourg-de-Péage, dans la Drôme, Christian Branchereau a découvert Yann Domenech en septembre 1993 lors d'un concours UNSS à Sorgues, dans le Vaucluse. Un petit jeune du collège de Valréas avait alors aisément remporté le concours en retombant à 5,70 m, loin devant ses adversaires. " Son père était venu me voir à l'issue de la compétition pour me demander si je souhaitais conseiller son fils désireux de faire de la longueur, se souvient-il. Or, pure co•ncidence, il m'avait alors montré du doigt le gamin qui m'avait ébloui tout l'après-midi. " Le mois suivant, Yann Domenech délaissait son poste d'ailier gauche au club de foot de l'US Valréas pour rejoindre Christian Branchereau à Bourg Saint-Andéol, en plein coeur de l'Ardèche provençale. Leur rencontre était prédestinée. Plus tard, Christian Branchereau apprit que sa propre mère était une bonne amie de la grand-mère maternelle de Yann, son futur protégé.
L'association porte rapidement ses fruits. Tout juste licencié, le Vauclusien établi un nouveau record national aux championnats de France UNSS, à Limoges, avec un saut mesuré à 7,10 m. " Plusieurs personnes sont venues me dire qu'il ne fallait pas le spécialiser trop tôt en longueur, avoue son mentor. Je leur ai alors fait part de ma conviction : Yann est un sprinteur-sauteur hors normes et je vais vous le prouver. " Aujourd'hui, rares sont ceux qui ont pu lui démontrer le contraire.

Yann Domenech a, depuis 1996, systématiquement terminé sa saison avec - au minimum - un titre de champion de France de longueur. Et souvent, en prime, un record de France. " C'est vraiment un gagneur, précise Christian Branchereau. Il ne va jamais dans un championnat pour faire de la figuration. Son père est espagnol mais lui a le "fighting spirit" irlandais. " Cette saison devait être une année de transition avant les Mondiaux de Paris, en 2003. Yann Domenech, qui partage sa salle de bain de l'INSEP avec le lanceur de marteau Nicolas Figère, souhaitait valider sa première année de kinésithérapie à l'école St Maurice de Vincennes avant de se fixer des objectifs sportifs. " Une année de transition ? Oui, j'avais quand même bien en tête le titre de champion de France et une qualification pour Munich ", rétorque l'intéressé.
En Allemagne, il va prendre part à sa première grande compétition en senior. Yann Domenech préfère en effet ne pas compter sa prestation de l'an passé en Coupe d'Europe.

Il avait alors ramené deux maigres points à l'équipe de France, ne terminant qu'à la septième place. Quelques mois plus tard, il n'avait pu se consoler, incapable de réaliser les minima pour les Mondiaux d'Edmonton lors des " France " de Saint-Etienne, version 2001. Un vent trop favorable n'avait pas permis à Robert Poirier, le Directeur technique national de la FFA, de valider ses 8,24 m, qui constituent à ce jour sa meilleure performance. A Munich, le Provençal désire donc se racheter. Et, surtout, confirmer son titre de champion d'Europe espoir, acquis à Amsterdam en 2001.
Crédité de 10''68 sur 100 m, il va jouer sur sa qualité première, la vélocité. " J'ai néanmoins quelques réglages à effectuer, précise-t-il. Je ne pense pas avoir de gros défauts dans mon saut mais je dois être plus constant dans ma prise d'élan. " C'est précisément dans cette optique qu'il a demandé à Fernand Urtebise, l'entraîneur de Stéphane Diagana, de le conseiller spécifiquement sur sa course. " Il n'a pas encore atteint ses limites, " constate Christian Branchereau.
Yann Domenech n'est pas pressé d'atteindre les sommets qu'on lui promet. Secret, réservé, il n'aime pas être placé sur le devant de la scène, face aux projecteurs. Il devrait pourtant commencer à s'y préparer. Plus jeune, il avait rivalisé avec Dominique Ayroulet, le détenteur du record départemental sur 80 m, de deux ans son a"né. Certes, le stade de Munich est beaucoup plus impressionnant que celui d'Aubenas mais l'objectif demeure identique : bousculer la hiérarchie.

Patrick Merle

YANN en bref
- Né 17 mars 1979 à Valréas (34)
- 2 sélections en Equipe de France senior.
- Record : 8,16 m
- 2002 : CF seniors ; 2001 : CE espoirs ;  1999 : CF espoir, 8e des Championnats d'Europe espoir ; 1998 : CF en salle junior ; 1997 : Médaillé de bronze aux Championnats d'Europe junior


Grégory Gabella - Enfin !

Flirtant longtemps avec le dilettantisme, souvent accablé par les blessures, le sauteur en hauteur a réussi un coup énorme en s'imposant à 2,30 m en Coupe d'Europe.
Au premier coup d'oeil, tout semble très simple. Dès sa première compétition FFA, alors qu'il n'est que cadet 1, Grégory Gabella passe la barre symbolique des 2 m. On devine tout de suite qu'il ira très haut. Mais l'athlétisme se moque de ce qui est écrit à l'avance. Depuis ses jeunes années, où son talent pur lui permettra, quelque temps durant, de maintenir l'illusion que tout s'obtient facilement, le licencié de l'AS Aix-les-Bains n'a pas été ménagé par la douleur et le doute. Bien sûr, il culmine à 2,19 m dès sa deuxième année cadet, puis franchit sans trop d'encombres le cap des 2,20 m. Il fait partie de la génération dorée qui, des rangs juniors, ramena tant de médailles à la France. Mais la courbe de sa progression, dès lors, se met à stagner. " J'avoue que je n'étais pas un bourreau de travail et que je ne m'entra"nais jamais intensément à cette époque. La hauteur est une discipline piège : avec des aptitudes, vous pouvez sauter à 2,20 m facilement, ou presque. " Entre blessures et dilettantisme, sa carrière rejoint un temps la voie de celles des éternels espoirs. Au grand regret de ses proches. Alors que la discipline manque de leaders en France, la nouvelle vague semble encore trop tendre pour prendre les choses en mains. Grégory, lui, s'interroge sur la part de lui-même qu'il se sent capable d'investir dans l'athlétisme. Il y a les études de commerce, les sacrifices et la rigueur indispensables... Jusqu'à ce qu'il réalise qu'il n'a " pas envie de rester toute [sa] vie un simple potentiel. J'en ai eu ma claque des perfs à 2,22 m. C'est bien, mais cela ne me faisait plus jubiler ".

Il comprend peut-être aussi à quel point il aime sa discipline. Il en parle d'ailleurs comme celui qui ne saurait vivre sans, qu'il évoque les relations d'athlète à entraîneur (" un échange d'émotions "), ou son " casse-tête merveilleux ". " La hauteur est une discipline aussi belle que compliquée, décrit-il. Plus jeune, j'étais attiré par la sensation de voler. Mais un saut est aussi un casse-tête à résoudre, la seule discipline de l'athlétisme qui s'effectue en trois dimensions : vous prenez votre élan dans deux directions, avant de sauter à la verticale. La hauteur, c'est une multitude de paramètres à combiner, un grand nombre de clés à avoir. S'il en manque une seule, vous pouvez passer à côté. "
Le jeune homme, désormais, veut tout ma"triser. Il est décidé à s'en donner les moyens. Mais les blessures et le manque de structures de la discipline en France ne sont pas pour l'aider.
Le Savoyard s'entraîne seul pendant trois ans. " Si je ne voulais pas aller m'entraîner, rien ne m'y obligeait ", remarque-t-il. Cette année, pas plus que les précédentes, il n'était tenu à quoi que ce soit.

Mais un projet d'études aux Etats-Unis qui tombe à l'eau, et voilà notre sauteur fort dépourvu quand l'hiver est venu. " Du coup, pendant six mois, je me suis retrouvé complètement dégagé d'obligations scolaires. " Et totalement disponible pour l'athlétisme. Il partage son temps à travailler avec Pierre Carrez à Aix et Jean-Patrick Thirion à Rouen. Si une nouvelle blessure ralentit encore sa maturation cet hiver, Gabella débarque gonflé à bloc à Annecy, d'autant que le concours a lieu près de chez lui, le jour de ses 22 ans - l'âge auquel on n'est plus tout à fait un espoir. Comme d'habitude, le scénario manque de se répéter. Un échec, deux échecs à 2,19 m, la fin allait ressembler à toutes les séries B dans lesquelles le garçon tenait le premier rôle depuis trois ans. Quelques minutes plus tard, il avait enfin franchi cette barre de 2,30 m, porte d'entrée du haut niveau. " Tout cela, soudain, m'a semblé très facile ", s'étonnait-il après-coup. En une après-midi, Grégory Gabella a résolu une partie de son casse-tête, pris les rênes de la hauteur française, et s'est débarrassé de ses états d'âmes pour ne plus regarder que vers l'avenir. Munich ? On jurerait qu'il n'a pas encore eu le temps d'y réfléchir, de réaliser que 2,30 m l'y amèneraient sans doute très près du podium. " Même si je travaille dans une perspective plus longue, comme celles de 2003 et 2004, je prendrai ce qui viendra. Le plus important, maintenant, sera d'être régulier à 2,30 m au moins. " Grégory a eu suffisamment de mal à monter là-haut pour vouloir y rester le plus longtemps possible.

Cyril Pocréaux

GREGORY en bref
- Né le 22 juin 1980 à Thonon les Bains (74)
- 4 sélections internationales (1 victoire)
- Record : 2,30 m
- CF senior (2001), espoir (2001 et 01 ind.), junior (98 et 99 ind., 99), cadet (97).


Vanessa Boslak - Le défi permanent

La jeune perchiste s'est toujours imposée des défis. Elle prend l'athlétisme comme un jeu, et espère bien s'amuser encore à Munich.
Une interview ? " Oui... ", répond-elle poliment, presque timide. Quelques minutes plus tard, en ayant pris soin de s'excuser pour son léger retard, elle préfère s'asseoir à l'ombre. Mains jointes sur la table, sourire aux lèvres, comme une élève sage. Elle vous fixe furtivement de ses yeux clairs, puis baisse le regard en attendant la première question. Vanessa Boslak ne laisse pas indifférent. Jamais. En dehors des stades mais surtout sur les sautoirs. Car si sa décontraction naturelle et son goût pour la musique d'Alanis Morissette rappellent les champions de surf, la jeune femme est une athlète, une perchiste avant tout. Vanessa ne se donne aux vagues que par passion, dès qu'elle a quelques jours libres. La perche, elle en détient les records de France, de minime à senior. " Mais je ne veux pas que l'athlétisme empiète trop sur ma vie personnelle, affirme-t-elle. J'adore les sports d'eau, la plongée, la planche à voile, le surf et surtout le bodyboard. Ce sont des activités importantes pour mon équilibre. " Or depuis la fin du mois de mai, cette future kinésithérapeute n'a pas vraiment eu le temps de respirer et de voyager autrement que de sautoirs en sautoirs.

Depuis le concours de Pézenas, début juin, la championne de France en titre a battu le record national à quatre reprises rehaussant, la barre de 4,35 m à 4,41 m et de 4,45 m à 4,46 m, des performances réalisées lors de la Coupe d'Europe à Annecy et aux championnats de France de Saint-Etienne. Tout juste a-t-elle pu souffler ses vingt bougies le 11 juin dernier. " Ce jour là, elle voulait sauter en parachute, se souvient Christian Charbonnel, son entraîneur, mais je lui ai expliqué que ce n'était pas très raisonnable. " Conseiller de Vanessa Boslak depuis la mi-novembre 2001, Christian Charbonnel essaie de préserver une athlète qu'il dit " bourrée de talent ". Son palmarès est effectivement évocateur. Sacrée pointe d'or en minime 2, elle a, depuis, raflé plusieurs titres de championne de France en salle et en plein air et a décroché une médaille de bronze aux mondiaux et Europe juniors. Ce portrait flatteur, la jeune perchiste l'efface néanmoins aussi aisément qu'une barre. Elle admet volontiers, en revanche, que le mental est son point fort, que son esprit de compétition lui fait détester la défaite. " Non seulement elle a de bonnes bases mais je vous dit qu'elle a le profil psychologique pour pratiquer ce sport ", ajoute son entraîneur.

Elevée dans la banlieue de Lille (elle est actuellement encore sociétaire de l'ASPTT), elle a appris à toujours se donner à fond, en se comparant à ses deux frères a"nés, les provoquant sans cesse. La perche relève pour elle du même état d'esprit : un défi personnel sans limites. C'était déjà le cas lorsqu'elle a pris en mains ses premières gaules, à l'Arthois Athlétisme de Béthune, quand elle devait sauter dans un hangar sans tapis. Sa rage de vaincre, elle vient de ces années-là, de ces premiers concours où souvent la perche était trop difficile à plier. Deux déchirures successives à la voûte plentaire, en janvier 2000 au pied gauche et en octobre 2000 au pied droit, ne l'ont d'ailleurs pas stoppée dans son élan. Vanessa Boslak a toujours aimé se retrouver seule face à une barre dont la hauteur lui est imposée. " La perche est un plaisir, un jeu, dit-elle. Je ne veux pas y voir une contrainte. " En 1998, alors qu'elle avait gagné son billet pour les Championnats d'Europe seniors de Budapest grâce à un saut à 4,10 m, fatiguée, elle avait préféré partir en colonie de vacances. Quatre ans plus tard, la jeune athlète représente la nouvelle génération de l'athlétisme national et fait figure d'outsider. " A Munich en Allemagne, l'objectif est d'aller en finale, affirme-t-elle. Pour moi, il y aura deux concours, un premier pour se qualifier avec une barre sûrement à 4,40 m, et un deuxième pour une place de finaliste ", précise-t-elle en effleurant la croix qu'elle porte autour du cou. Vanessa Boslak croit en quelque chose. Elle ne dira pas en quoi. Mais peut-être pense-t-elle à la chanson d'Alanis Morissette, sa chanteuse préférée, intitulée Front Row : " le premier rang ".

Patrick Merle

VANESSA en bref
- Née le 11 juin 1982 à Lesquin (59)
- 3 sélections internationales
- Record : 4,46 m (RF)
- CF salle et plein air (2001), CF et RF minime, cadette, junior et senior.
Médaillée de bronze aux CM (2000) et CE (2001) junior.


Julien Kapek - Le nouveau monde de Julien

Le triple sauteur a forcé le destin pour devenir la révélation française de l'année. Sa progression ne fait sans doute que commencer.
Il est des athlètes si discrets qu'ils ne se font remarquer que par leurs performances. Julien Kapek est de ceux-là. Dans un monde où la force et la vitesse cultivent l'exubérance des caractères, le triple sauteur de l'ES Nanterre ne paie pas de mine. Malgré son mètre soixante-dix-huit et son air d'étudiant sage que lui confèrent ses éternelles lunettes cerclées, il est pourtant cette saison l'une des grandes révélations de l'athlétisme français, en même temps que le meilleur performer tricolore dans sa discipline. Un statut qu'il est allé décrocher dans l'anonymat du bout du monde. Plus précisément au sein de la prestigieuse University of Southern California (USC), à Los Angeles. Il faut dire que le jeune homme, 24 ans, a toujours aimé les voyages. Dès 19 ans, il quittait la maison de sa mère à Montargis, près d'Orléans. En banlieue parisienne, où il vient chercher du travail, un salaire d'étudiant en alternance parvient tout juste à assurer le quotidien. " Ce ne fut pas toujours facile. Avec mon amie, nous ne mangions que des pâtes ", sourit-il. Le sport ? Il avait déjà goûté à toutes les activités, du karaté au basket, où il excellait d'ailleurs. Il était un bon athlète, dont le style et la geste laissaient toutefois à désirer. Mais Jimmy Gabriel, athlète et entraîneur de l'ES Nanterre, avait repéré depuis un moment ce garçon dans lequel il devinait " un potentiel énorme ". Julien, lui, considère avant tout l'athlétisme comme le moyen de " se faire des amis ". Jusqu'au jour où, voilà deux ans, un essai mordu d'un rien le prive d'une performance autour des 16,60 m.

S'il ne parle pas beaucoup, le tripleux cogite. " Je n'en ai pas dormi de la nuit. Je me répétais que le jeu valait sans doute la peine de s'y investir davantage. " La voix est calme, posée, aussi réfléchie que sa détermination. Le garçon s'entraîne dur, plus dur que jamais, surmonte ses doutes et les contre-performances qui l'affligent parfois. Perd 10 kilos après les championnats d'Europe espoirs 2001, où il n'a pas pu atterrir aussi loin qu'il le souhaitait. Et décide, finalement, de bondir d'un monde à l'autre.Si les Etats-Unis l'attirent, c'est avant tout pour voir à quoi ressemble la différence. L'athlétisme lui ouvrirait bien des portes, mais le Nanterrien ne parle pas un mot d'anglais et son budget ne lui permet pas de prendre des cours. Alors, trois mois durant, il passe ses journées seul au centre Georges-Pompidou, à Paris (" l'un des rares endroits où vous pouvez apprendre une langue gratuitement "), ne s'interrompt que pour aller sauter, revenant le soir après l'entraînement. " J'avais simplement décidé de me donner les moyens d'atteindre mes objectifs. "

C'est chose fait quand il réussit les tests puis débarque à USC, une faculté de fils de bonne famille où Quincy Watts et Inger Miller ont affolé les chronos par le passé. Julien, lui, loge dans le quartier mexicain. " Un ghetto sympa mais mal vu par le reste de la population. Mon propriétaire ne conna"t qu'un seul mot en anglais : dollar ! Mais je préfère cette ambiance à celle qui règne à Los Angeles en général. Tout, là-bas, est extrêmement superficiel. La vie n'y a pas beaucoup de saveur... Heureusement, les conditions d'entraînement sont exceptionnelles, et grâce à ma bourse je n'ai pas à me soucier de ce que je vais mettre dans mon assiette le soir." Les coaches d'USC, de leur côté, sont sceptiques devant ce Frenchie dont les premiers tests ne leur semblent guère concluants. Un scepticisme partagé puisque Julien continue de s'entraîner sur les conseils de Jimmy Gabriel. " Si certains Américains sautent loin, à quel prix ? se demande Kapek. Beaucoup d'entre eux se blessent. Techniquement, nous n'avons rien à leur envier. " Il le prouve en battant, dès sa première sortie, le record de l'université. Le voilà proclamé meilleur " rookie " (débutant) de la Côte Ouest en athlétisme, alors qu'il s'est déjà envolé pour l'Europe. A peine descendu de l'avion, ses 17,04 m au dernier essai en Coupe d'Europe tirent une moue admirative à Jonathan Edwards. Depuis, Julien marque le pas, admettant s'être quelque peu relâché après une saison déjà longue. " Mais je me suis remis à travailler dur, dit-il. " Dans la perspective de Munich, où il visera la finale avant de repartir chez l'Oncle Sam, mais surtout des Mondiaux 2003, une date qu'il a cochée depuis longtemps sur son agenda. Depuis qu'il a compris qu'il avait encore tout un monde à découvrir dans l'athlétisme.

Cyril Pocréaux

JULIEN en bref
- Né le 12 janvier 1979 à Clamart (92)
- 1 sélection internationale
- Record : 17,04 m- CF espoir (99, 2000)


Sarah Walter - Du recul pour mieux lancer

A 24 ans, la lanceuse a confirmé le potentiel que beaucoup lui prêtaient en battant le record de France du javelot, sans oublier de s'épanouir en dehors de l'athlétisme.
Depuis trois ans, on attendait qu'elle confirme une performance qui avait fait d'elle le plus bel espoir du javelot féminin en France. En lançant à plus de 59 m en 1999, alors qu'elle n'avait que 21 ans, Sarah Walter pouvait croire en un avenir international tout tracé. Seulement voilà, la jeune fille a une grande passion. " Celle de prendre mon temps. De gérer mes efforts ", lâche-t-elle, un sourire en coin. Que voulez-vous : dans un monde de l'athlétisme où on ne rêve que d'aller plus vite, plus haut et plus fort, la jeune Alsacienne prend un certain plaisir à cultiver sa différence. Surtout, ne pas entrer dans le moule préconçu de l'athlète qui ne vit que pour un objectif. " Ce que j'aime ? Discuter avec mes amis, refaire le monde, écouter les oiseaux... J'ai un petit côté peace and love. " Bien entendu, on n'amène pas le record de France à 62,48 m sans s'investir dans sa discipline, en se contentant d'admirer le ciel un brin d'herbe entre les dents. Mais Sarah ne veut pas que le sport empiète sur les autres plages de son existence. " Les gens que je fréquente n'appartiennent pas à l'athlétisme, explique-t-elle. Cela me permet de garder les pieds sur terre. Le sport est l'un des éléments de ma vie, ni plus, ni moins. A ce titre, il m'apprend à vivre, à mieux me conna"tre, comme mes autres activités. Mais il est inconcevable pour moi de me focaliser sur le javelot. Accrocher quinze ans d'une vie à une performance, miser toute une année sur trois petits essais lors d'une grande compétition serait le meilleur moyen d'échouer. "

D'autant que la jeune femme se demande encore, parfois, comment elle a pu en arriver là. Elle découvre l'athlétisme par hasard, à quinze ans, alors qu'elle n'a d'autre ambition que de ciseler son physique pour le tennis, qu'elle pratique à un bon niveau. On lui suggère un essai au javelot, auquel elle se colle bien volontiers. " J'ai tout de suite aimé le côté professionnel de l'athlétisme, avoir des plans d'entraînement à l'avance, bien respecter le travail prévu... Dès cette époque, j'ai établi une relation de confiance avec mon entraîneur, Jean Ritzenthaler. " Les premiers succès arrivent, les 59,02 m puis les doutes aussi. " Cette perf de pointe était sans doute supérieure à ce que je valais vraiment, et je me suis focalisée dessus. " La tentation de mettre un terme au chapitre athlétisme lui traverse alors l' esprit. Qu'est-ce qui la pousse à en écrire quelques lignes supplémentaires ? Elle se le demande parfois. " Je ne sais pas pourquoi j'ai débuté dans l'athlétisme, comment j'ai pu lancer à 59 m, pourquoi j'ai continué quand cela devenait si difficile ni comment j'ai atteint mon niveau actuel. Je ne comprends pas trop ce qui m'arrive depuis le début, et je crois que je continuerai comme cela... "

Il n'y a d'ailleurs plus de raisons de changer : depuis le début de la saison, Sarah a aligné les concours au-delà des 59 m. " Je suis peut-être tout simplement en train de grandir, après dix ans passés dans l'athlétisme. J'ai également plus de temps pour m'entraîner, puisque j'effectue ma ma"trise en management du sport en deux ans. Le fait de me frotter à de grosses pointures l'an passé, en Coupe d'Europe, m'a permis de voir que je n'étais pas si loin d'elles, et que cela valait la peine de s'investir davantage. " Sans toutefois se départir du recul qu'elle tient à garder sur sa pratique, d'autant que la gestion de la réussite ne lui semble pas aller de soi. " La victoire n'est pas plus facile à gérer que la défaite, car le succès vous empêche souvent de vous remettre en cause, alors que les désillusions, elles sont si cruelles, vous y obligent. " Sarah Walter continue à avancer à pas feutrés dans la vie, à défricher l'athlétisme et ses mystères pour mieux en apprendre sur elle même. N'allez donc pas lui demander de se plier au petit jeu des pronostics pour Munich. " J'ai déjà du mal à contrôler ce que je fais, alors, les performances de mes adversaires, vous pensez... Mon objectif est de savoir répéter les moindres détails afin de les maîtriser, et, le jour J, d'évoluer à mon meilleur niveau. J'aimerais juste pouvoir y parvenir aux championnats d'Europe. " Et plus tard ? Les championnats du monde, les Jeux Olympiques ? Sarah ne voit pas à si long terme. " Je pars du principe que chaque instant de ma vie est aussi important que le suivant, que chaque moment mérite d'être vécu. " L'essentiel tient dans ce qui peut se vivre tout de suite. Cela tombe bien : Munich, c'est demain.

Cyril Pocréaux

Sarah en bref
- Née le 5 mai 1978 à Schiltigheim (67)
- 6 sélections internationales
- P Record : 62,48 m
- CF senior (2002, 97), espoir (98), junior (97, 96) ; 2e CE junior (97)


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