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numéro 473 - Septembre 2004

Les Jeux olympiques d’Athènes ont levé le voile sur une nouvelle génération d’athlètes. La remarque vaut pour l’athlétisme mondial comme pour l’équipe de France. Ils ont également été marqués par une nette hausse des performances. Et malheureusement tâchés par diverses affaires de dopage...

A Athènes, Cyril Pocréaux


Il aura suffi à l’athlétisme mondial d’une dizaine de jours d’épreuves, sur la piste du stade Olympique d’Athènes, dans les ruines d’Olympie ou sur le marbre du stade Panathinaïko, pour livrer ses nouvelles tendances, et des orientations qui marquent une rupture avec les années passées. Les Jeux olympiques 2004 ont été, pour l’équipe de France comme pour le reste des nations engagées, davantage qu’une grande fête sportive : ils ont consacré l’avènement d’une nouvelle génération d’athlètes, tout en accouchant de performances en hausse et en sacrant deux champions entrés à jamais dans la légende.

Le premier élément qui ait sauté aux yeux des observateurs ? Alors que le niveau général des sauts, des lancers et des courses était en régression notable et régulière depuis les Jeux de Sydney – les Championnats du Monde de Paris en ayant constitué l’exemple le plus flagrant – Athènes fut le théâtre d’une envolée des performances, qui ont retrouvé pour certaines disciplines (le sprint en particulier) des standards proches de ceux des années 90. Un état de fait auquel ne sont pas étrangers de nouveaux athlètes qui débarquent sur la scène internationale avec autant de culot que de talent. Mais la disqualification pour dopage de trois champions olympiques qui venaient d’être sacrés (une première dans l’histoire), ajoutée à la rocambolesque affaire Kenteris-Thanou, oblige à regarder l’ensemble de ces résultats d’un œil beaucoup moins serein. Les Hongrois Robert Fazekas (disque), Adrian Annus (marteau) et la Russe Irina Korzhanenko (poids) ont tous dû rendre la couronne d’olivier  remise aux vainqueurs pour violation du code antidopage.

Si les lancers ne bénéficient pas de l’impact médiatique d’autres disciplines, ces cas ne doivent pas pour autant être rangés au rayon des mauvais souvenirs qu’on veut vite rayer de sa mémoire. Et l’idée selon laquelle la peur du gendarme avait empêché certains athlètes de sombrer dans le dopage avant Paris 2003 Saint-Denis de refaire surface…

On l’a dit, ces Jeux marquèrent également la consécration d’une nouvelle génération d’athlètes qui ne s’est pas gênée pour prendre le pouvoir. La remarque vaut aussi pour l’équipe de France. Les Bleus, avec deux médailles de bronze, ont évolué légèrement en dessous de ce qu’attendait d’eux l’équipe technique nationale et de ce que leur promettaient les statistiques, après les huit médailles décrochées à Paris l’an passé (voir aussi l’interview de Robert Poirier page 8). Ils furent, on l’a dit, confrontés à un niveau plus élevé que celui des Championnats du Monde 2003 – ce qui est logique tant l’investissement des athlètes est supérieur pour des Jeux olympiques – sans que le leur, toutefois, ne progresse réellement. Dans le même temps, on le savait, ils avançaient sur la ligne de départ orphelins de plusieurs cadres de l’athlétisme français, qui avaient choisi de prendre leur retraite ou qui furent cette année en retrait de la sélection. D’autres ont repris le flambeau. Naman Keita le premier, tout frais médaillé olympique sur 400 m haies. Ladji Doucouré, nouveau recordman de France du 110 m haies, a fière allure en chef de file, suivi par Leslie Djhone, encore finaliste sur 400 m, ou Vanessa Boslak, qui poursuit sa progression à la perche.

Au niveau mondial ? L’époque est la même, propice au changement. Le meilleur symbole est sans doute l’avènement de l’Américain Justin Gatlin, champion olympique sur 100 m, quand Maurice Greene, qu’on n’avait pourtant pas vu aussi en jambes depuis longtemps, terminait avec la médaille de bronze. Gatlin, dont on attendait l’éclosion depuis 18 mois, a choisi le bon jour pour prendre le pouvoir.

Idem pour Véronica Campbell, la Jamaïcaine, et l’Américaine Allyson Felix (respectivement 22 et 18 ans) sur 200 m. La Russe Yelena Slesarenko (2,06 m à la hauteur, record olympique !) n’a vu fleurir que 22 printemps. Haïle Gebreselassie n’est même pas parvenu, cette fois, à prendre place sur le podium du 10 000 m (tout comme Maria Mutola sur 800 m), un podium que surplombe toujours, et pour longtemps sans doute, son jeune compatriote Kenenisa Bekele. L’Américain Jeremy Wariner, 20 ans, est le chef d’escadrille d’une bande d’OVNI Made in USA, qui ont fait exploser cette saison leurs records personnels pour s’offrir, sans en être plus étonnés que cela, un triplé sur 400 m. Enfin, l’avenir du 110 m haies appartient à Liu Xiang, 21 ans, le phénoménal Chinois désormais co-recordman du monde. Et à son plus « vieil » adversaire, Ladji Doucouré.

VIEILLE GARDE. Le seul, ou presque, à résister à ce péril jeune ? Hicham El Guerrouj. Le Marocain, à Athènes, n’est pas seulement parvenu au terme de huit ans de quête, de chasse à l’or olympique sur 1500 m. Repoussant les assauts conjugués des deux jeunots Bekele et Kipchoge sur 5000 m, il a aussi réalisé un insensé doublé 1500 – 5000 m (seul Paavo Nurmi avait fait aussi bien voilà 80 ans) qui fait de lui le maître du fond et demi-fond mondial. Et le roi de ces Jeux olympiques. Un roi dont la reine pourrait être Kelly Holmes, la Britannique, victorieuse à la fois sur 800 et sur 1500 m.

D’ATHÈNES A PÉKIN... Au final ? Les Etats-Unis, forts de 25 médailles dont huit d’or, survolent l’athlétisme planétaire, en particulier le sprint masculin (avec deux médailles sur 100 m, et deux triplés sur 200 et 400 !). Ils sont suivis de près par la Russie (20 médailles, 6 d’or), qui laisse les pays suivants très loin en terme de breloques. La France, elle, a abandonné la flatteuse 5ème place qu’elle occupait après Paris pour se faire discrète à la 32ème ligne du classement (qui privilégie les médailles d’or), et à la 16ème au nombre de médailles. Une marge de progression suffisante pour espérer faire mieux à Pékin, dans huit ans. Pékin où la Chine attend les Jeux de pied ferme, en particulier en travaillant au « projet 119 », le nom de cette grande opération de détection et de formation de jeunes sportifs, programmés pour gagner le maximum des 119 médailles disponibles dans les sports non traditionnels du pays – l’athlétisme en fait partie. L’athlétisme mondial, lui a quatre ans pour confirmer ses nouvelles hiérarchies encore instables et susceptibles de modifications. Et pour continuer à chasser, sans faille, ses vieux démons.

 

 

Or

Argent

Bronze

Total

1

Etats-Unis

8

12

5

25

2

Russie

6

7

7

20

3

Grande-Br.

3

0

1

4

4

Suède

3

0

0

3

5

Ethiopie

2

3

2

7

6

Grèce

2

2

1

5

7

Cuba

2

1

2

5

 

Jamaïque

2

1

2

5

9

Maroc

2

1

0

3

10

Italie

2

0

1

3

11

Japon

2

0

0

2

 

Chine

2

0

0

2

13

Kenya

1

4

2

7

14

Ukraine

1

1

2

4

15

Belarus

1

1

1

3

16

Lituanie

1

1

0

2

17

Bahamas

1

0

1

2

 

Rép. Tchèque

1

0

1

2

 

Pologne

1

0

1

2

20

Cameroun

1

0

0

1

 

Rép. Dominic.

1

0

0

1

 

Norvège

1

0

0

1

23

Roumanie

0

2

1

3

24

Allemagne

0

2

0

2

 

Afrique du S.

0

2

0

2

26

Australie

0

1

2

3

27

Portugal

0

1

1

2

Espagne

0

1

1

2

29

Hongrie

0

1

0

1

 

Lettonie

0

1

0

1

 

Mexique

0

1

0

1

32

Danemark

0

0

2

2

 

France

0

0

2

2

 

Nigéria

0

0

2

2

35

Brésil

0

0

1

1

 

Erythrée

0

0

1

1

 

Estonie

0

0

1

1

 

Kazakhstan

0

0

1

1

 

Slovénie

0

0

1

1

 

Turquie

0

0

1

1


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