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numéro 485 - Novembre 2005

Hicham El Guerrouj : « Je veux encore marquer l’histoire »

Invité par son amie Selha Ouaziz, Hicham El Guerrouj était le parrain de la récente Fête du Sport de Val-de-Reuil, en Normandie. Pour Athlé Magazine, il en a profité pour faire le point sur son retour à la compétition, et sur une année sabbatique où il fut un spectateur attentif de l’athlétisme. Le quadruple champion du monde (sur 1 500 m) et double champion olympique (1 500 et 5 000) a également affiché son ambition de revenir sur 1 500 m. Et de courir jusqu’aux Jeux de 2008. Entretien réalisé par Cyril Pocréaux

Athlé Magazine : Hicham El Guerrouj, comment vous sentez-vous après être resté éloigné des pistes une saison durant ?
Hicham El Guerrouj : ça va… En fait, je me suis entraîné, pendant tout ce temps. De novembre 2004 à juin dernier, pendant sept mois et demi, donc, je courais. Je m’entraînais très sérieusement, puisque j’ai un moment pensé disputer une saison de cross. Je m’étais même préparé pour les meetings d’Hengelo et de Eugene. Jusqu’à que je me décide vraiment à prendre une année sabbatique. J’en avais besoin, pour mon organisme, pour que mon mental se repose.

Cette coupure était nécessaire ?
C’était la meilleure chose que je puisse faire. Dans ma tête, je devais couper. En 2004, j’ai ressenti une pression énorme. Je n’avais jamais vécu ça. J’avais le poids d’une nation entière sur moi.

Quand avez-vous repris l’entraînement ?
Vers le 10 septembre. Depuis, je m’entraîne chaque jour, ou presque. Le corps a commencé par s’adapter, je ressentais de petites douleurs, mais j’ai pu augmenter les charges progressivement.

Que ressent-on lorsque, après avoir dominé la discipline, on assiste au 1 500 m des Championnats du Monde depuis les tribunes ?
Je crois bien que c’était la première fois que j’étais spectateur, que je suivais des Championnats du Monde en les regardant simplement. On voit la course et l’athlétisme différemment. C’est bizarre, une drôle de sensation. Mais je n’ai eu aucun regret. Aucun.

Que pensez-vous de ce que vous avez vu ?
Cela donne envie de reprendre…

Et les coureurs ? Rashid Ramzi, le champion du monde du 1 500 et du 800 m, par exemple ?
J’ai beaucoup de respect pour mes adversaires. Ramzi, je ne le connais pas très très bien… Je le croise deux ou trois fois par an, pas plus. Je sais qu’il n’a pas bien géré ses courses après les Championnats. Il n’a pas donné l’image d’un double champion du Monde.

Et Mehdi Baala ?
Ah, Mehdi… J’ai une très belle relation avec lui. Il avait très bien commencé sa saison… Mais je ne sais pas ce qui lui est arrivé aux Championnats du Monde.

Et Kenenisa Bekele ?
Je l’ai déjà souvent dit : Bekele, c’est lui qui va révolutionner la course à pied. Mais uniquement s’il parvient à être très professionnel dans son approche de l’athlétisme. Seulement s’il arrive à atteindre une certaine longévité.

Vous avez annoncé votre intention de revenir sur le circuit, et sur 1 500 m. N’y a-t-il pas un risque à revenir sur une discipline où vous avez déjà tout gagné, alors que vous aviez commencé une aventure sur 5 000 m ?
Non, non, il n’y a aucun risque ! Je ne cours que par amour du sport. Que je perde, que je gagne, j’ai toujours l’amour du sport. La défaite fait partie de la réalité, comme la victoire. Le 1 500 m, j’aime ça. J’y connais mes points forts et mes points faibles. Je maîtrise cette distance. C’est comme un bébé qui grandit, et que je tiens entre mes mains…

On vous attendait plutôt sur 5 000 m, dont vous êtes champion olympique et dont vous vouliez battre le record du monde…
Je tenterai de courir sur 5 000 m si je réalise moins de 3’27’’ sur 1 500 m. Ce qui voudra dire que je devrai commencer la saison très tôt. Mais le record du monde sera de toute façon difficile à atteindre. L’avantage avec ma préparation sur 1 500 m, c’est que c’est une base qui me prépare pour toutes les autres courses, même le 5 000 m.

Qu’avez-vous encore à gagner, que ce soit sur 1 500 m ou sur 5 000 ?
Mon histoire sur 1 500 m s’est arrêtée à Athènes. Désormais, je veux juste préparer mon corps pour mes futures courses. Le 5 000 m, peut-être le 10 000 m, et les grands championnats. J’aime le sport, c’est ce qui me fait toujours courir. Mais je veux encore marquer l’histoire. Oui, à 31 ans, je veux encore gagner.

Jusqu’à quand comptez-vous courir ?
Si tout va bien cette année, je serai encore sur 1 500 m à Osaka, en 2007, pour les Championnats du Monde. Et je courrai sur 5 000 m à Pékin, pour les Jeux de 2008.

Vous êtes aujourd’hui père. N’est-il pas difficile de repartir courir le monde dans ces conditions ?
C’est vrai que cela change la vie, que j’aime partager de bons moments avec ma petite fille, qui est vraiment adorable. Quand je pense à 2006, je me dis que je ne serai pas souvent à la maison… Mais tout ça, je le fais aussi pour elle. Pour que plus tard, elle puisse se souvenir des exploits de son papa.


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