MES ACCÈS


numéro 500 - Juin 2007

500e numéro : 1921-2007

Athlétisme Magazine célèbre ce mois-ci, aux premiers jours d’une saison où beaucoup se sentent des fourmis dans les jambes, son 500e numéro.
Un anniversaire d’importance pour la revue officielle de la FFA, sortie pour la première fois de l’imprimerie en septembre 1921. En plus de quatre-vingts ans d’existence, elle a connu plusieurs formats et tout autant de formules. Le noir et blanc a cédé la place à la couleur, d’abord seulement en couverture, puis dans toutes les pages. Son nom, aussi, a choisi d’évoluer. Elle s’est appelée « L’Athlétisme », puis sobrement « Athlétic », au début des années 30, avant d’opter pour Athlétisme, et désormais « Athlétisme Magazine », souvent raccourci en « Athlé Mag ».Pour fêter l’évènement de ce 500e numéro, nous avons eu l’idée d’aller fouiller dans les archives, pour en ressortir une sélection d’exemplaires, plus ou moins anciens. Et retrouver les athlètes, hommes ou femmes, qui en faisaient la « Une ». Une façon de raconter, en pointillés, l’histoire de cette revue, des champions qui en on été les sujets, et de tout l’athlétisme français. Dossier réalisé par Alain Mercier.

1986 : Stéphane Caristan : « Mon année la plus aboutie »
Un regard vers la couverture d’« Athlétisme » lui suffit à reconnaître la photo, sa date et son histoire. « L’été 1986, glisse Stéphane Caristan sans une hésitation. J’avais 22 ans. Une grande année, où je cumule titre européen sur 110 m haies à Stuttgart, record d’Europe en 13’’20, et meilleur temps mondial de la saison. Ma meilleure année. En tous cas la plus aboutie. » En 1986, Stéphane Caristan s’entraîne avec Jacques Piasenta. « On vivait dans un cocon », suggère-t-il. Solide premier de cordée de l’athlétisme français, il mène à bonne allure une nouvelle génération d’où émergent Philippe Collet, Bruno Marie-Rose et Marie-Christine Cazier. Depuis ses débuts, la blessure l’a rarement laissé en paix, au point de lui valoir très jeune le surnom de « momie ». En 1986, pourtant, elle épargne son corps. « J’ai seulement ressenti une petite douleur au meeting de Paris, se souvient-il.
Ce jour là, je n’étais pas bien, je n’avais pas envie de prendre le départ. J’ai demandé à Guy Drut ce qu’il fallait faire en pareille circonstance. Il m’a dit : “Tu cours”. Je l’ai écouté. Et j’ai réalisé 13’’33, mon record. Par la suite, les championnats de France m’ont rassuré. Aux championnats d’Europe, en août, tout s’est passé comme dans un rêve. Meilleur temps des séries, puis record d’Europe égalé en demi-finale. Et, enfin, victoire et record d’Europe en finale. Je dis souvent à mes athlètes qu’il est rare de connaître plus de cinq compétitions, dans une carrière, où on se sent en osmose, parfaitement bien, avec les bonnes sensations. À Stuttgart, en 1986, j’en ai connu une. » Il n’a rien oublié. Ni les commentaires de ses adversaires, ni les chronos de ses rivaux. Pas même l’heure du podium, dans la soirée allemande. « 20 h 13, raconte-t-il. Les mêmes chiffres que mon temps en finale, mais pas dans le même ordre ». Aujourd’hui âgé de 43 ans, Stéphane Caristan a retrouvé, après un court crochet vers le football et le club d’Angers, son poste de Conseiller technique national. Il entraîne, à l’Insep, un groupe de quatre athlètes, composé de Christine Arron, Joanna Bujak, Elvira Anany et Manuel Nivollet. « J’ai perdu quelques cheveux », plaisante-t-il en regardant, sans s’en lasser, cette photo de son année de gloire. Pour le reste, il est resté le même.

1976 : Chantal Rega : « Mon premier titre de championne de France »
La photo l’amuse. « Je me souviens de ce maillot et du short. Les chaussures, aussi », ose-t-elle entre deux sourires. Avant de s’enfermer dans un silence, pensive, pour mieux laisser remonter les souvenirs. « C’était au début de ma carrière, finit-elle par confier. Mon premier titre de championne de France, sur 100 m. À Lille. Je reconnais Sylvie Telliez, que j’avais battue ce jour là, seulement pour la deuxième fois. Et Rose-Aimée Bacoul. Cette image me rappelle plein de choses. Et je m’y trouve plutôt bien, techniquement. Relâchée, avec un bon placement. » En 1976, l’année de cette image qui fera, trois ans plus tard, la une d’Athlétisme, Chantal Rega fête au mois d’août son vingt-et-unième anniversaire. Aux championnats de France, elle devance Sylvie Telliez, alors numéro un française du sprint, signant en finale un record de France du 100 m (11’’15) qui tiendra treize ans sur son socle. Un chrono qu’elle n’améliorera plus, se tournant plus tard vers le 200 m (22’’72 en 1981), avant de boucler sa carrière sur 400 m haies (54’’93 en 1982, 3e temps mondial). Entraînée par Hervé Stéphan, elle porte alors les couleurs de l’ESMEUS Deuil, le club de toute sa carrière.
En observant la photo, jaunie par le temps, les souvenirs reviennent. « Je me rappelle que j’avais ressenti d’excellentes sensations, explique-t-elle de sa voix enjouée. Je ne crois pas en avoir connu de telles très souvent, par la suite. Cette course est donc l’une des plus réussies de toute ma vie. » Les années ont passé, mais Chantal Rega a conservé une silhouette de sprinteuse. À 51 ans, elle se rend chaque jour à l’Insep, où son bureau domine le stade couvert d’athlétisme. « Je m’occupe de formation, pour les filières Staps et les Brevets d’Etat, raconte-t-elle. Par le passé, j’ai beaucoup travaillé dans la recherche, notamment sur le mouvement et la performance. » Le sport, elle en parle encore comme d’une évidence. Du tennis, de la planche à voile. « J’ai même fait du roller », glisse-t-elle, amusée. Mais elle a abandonné la course. Sans regret. « Je n’aimais courir que très vite. Depuis que je ne peux plus, ça ne m’intéresse plus. » Une âme de sprinteuse.

1982 : Jean-Michel Bellot :« Une époque vraiment très heureuse »
Rendez-vous est pris devant le siège de TF1, dans l’ouest parisien. Jean-Michel Bellot en sort, à l’heure, le sourire aux lèvres, le regard plein de malice, la poignée de main accueillante. Il observe la une du magazine, se plonge dans la photo comme on s’immerge dans un passé lointain. Et en ressort ébouriffé, cherchant ses mots. « Quel coup de vieux, répète-t-il en se voyant, vingt-cinq ans plus tôt, tignasse blonde, une perche à la main, les yeux concentrés sur la foulée suivante. Quel terrible coup de vieux. » À le regarder, mince comme une liane, les joues pleines et les cheveux toujours couleur de paille, on se dit pourtant qu’il n’a pas tellement changé. Et pas vraiment beaucoup vieilli. En 1982, l’année de ce cliché, Jean-Michel Bellot avouait seulement 29 ans, mais il allait bientôt refermer pour de bon sa carrière de perchiste. Avec un saut à 5,75 m, réussi fin septembre à Colombes, il pointait au premier rang mondial de la saison. « Mais j’en avais marre de m’entraîner, raconte-t-il aujourd’hui. J’ai arrêté. Tout simplement. » Agé aujourd’hui de 53 ans, il aime évoquer ces années de perchiste comme une période « insouciante et vraiment très heureuse ». Son diplôme de professeur d’EPS passé sans passion ni envie, « pour faire quelque chose », il parcourait l’existence dans la peau d’un « athlète d’état », détaché pour s’entraîner, payé pour sauter. L’avenir l’observait avec curiosité, mais il s’en souciait peu. « J’avais la certitude que tout allait bien se passer, raconte-t-il aujourd’hui, attendri par ses propres souvenirs. Je jouais de la guitare, en écoutant James Taylor ou Simon and Garfunkel. »
Pour cette photo, prise un jour d’entraînement, Jean-Michel Bellot avait enfilé le maillot de l’équipe d’Europe, porté à la Coupe du Monde en 1981. Il n’a pas oublié. Pas plus qu’il n’a oublié ses victoires aux meetings de Rome, Zurich et Berlin, ses voyages vers les États-Unis, pour y sauter en salle, ou son périple en Chine, d’où il est revenu avec un titre de champion du pays et des images piquetées d’anecdotes. Journaliste au service des sports de TF1, il aime raconter sa carrière sans une once de regret. Avec humour. Et une pointe de tendresse.

2003 : Mehdi Baala : « Un truc énorme »
Il observe la photo. Mais, surtout, Mehdi Baala regarde son titre : « L’homme qui valait 3’28’’ ». Et son regard s’éclaire comme une ampoule. « Mon record de France du 1500 m, en 3’28’’98, lâche-t-il. Battu à Bruxelles, en septembre 2003. Plus qu’un simple record, quelque chose d’énorme. Une signification particulière, pour moi et pour l’athlétisme français. C’est d’ailleurs toujours la sixième performance mondiale de tous les temps. Depuis longtemps, je rêvais d’être le premier Français sous les 3’30’’ au 1500 m. Là, en plus, je devenais le premier sous les 3’29’’. Une course de rêve, presque parfaite. J’avais consenti beaucoup de sacrifices, en début de saison, pour préparer les championnats du monde au Stade de France. J’ai su conserver la forme jusqu’en septembre. Si je dois avoir un regret de cette course, c’est d’avoir échoué à trois centièmes du record d’Europe de Fermin Cacho. » Le titre d’« Athlétisme Magazine » lui donne presque la chair de poule, même après quatre ans. La photo, elle, lui rappelle un tout autre souvenir, à peine moins fort. « Elle n’a pas été prise le jour du record, mais plus tôt dans l’été, au meeting Gaz de France, explique-t-il posément. J’avais gagné. Une façon de marquer le coup, devant mon public, à quelques semaines des championnats du monde. Cette victoire, elle était vraiment immense. » Les années ont passé. Depuis, Mehdi Baala a musclé son palmarès d’un deuxième titre européen, l’an passé à Göteborg. Il promène aujourd’hui ses regards vers Osaka, en fin d’été, puis s’aventure à évoquer Pékin, l’année prochaine. « Je rêve de remporter la médaille d’or aux championnats du monde, puis aux Jeux olympiques », glisse-t-il. Mais rien ne semble plus lui faire plaisir que cette photo de 2003, et ce titre en forme de série télévisée. « Merci, souffle-t-il avant de s’en aller. Merci de m’avoir montré cela. »

2002 : Stéphane Diagana : « La plus belle semaine de ma vie »
Sur la photo, prise au tout début de l’année 2003, Stéphane Diagana sourit à l’objectif, au photographe, et sans doute plus largement à la vie. Il tient le lourd trophée récompensant l’Athlète de l’année d’« Athlétisme Magazine », le premier du genre. Pour cette saison 2002 où, avoue-t-il aujourd’hui, « j’ai connu la plus belle semaine de toute mon existence ». La naissance de son premier fils, puis le titre européen du 400 m haies, neuf jours plus tard. « Avec un chrono (47’’58) que je n’avais plus réalisé depuis une éternité ». Une réussite totale, une forme d’euphorie, après deux années très difficiles, en 2000 et 2001. « J’ai eu la chance de pouvoir travailler sérieusement », explique-t-il aujourd’hui. Et pourtant, cette médaille d’or européenne, la dernière de sa carrière dans une épreuve individuelle, Stéphane Diagana sait qu’elle n’a tenu qu’à un fil. « Je me suis blessé pendant la course, dit-il. Une douleur, à la cinquième haie. » Aujourd’hui retraité des pistes, et désormais père de deux enfants, l’ancien élève de Fernand Urtebise, âgé de 37 ans, n’a pas coupé les ponts avec sa discipline. Entre autres activités, il préside la Ligue Nationale d’Athlétisme, et joue les consultants pour France Télévisions.

1967 : Noël Tijou : « Le premier de mes sept titres en cross »
La photo, en noir et blanc, a vieilli. Lui aussi. Noël Tijou, sept fois champion de France de cross, entre 1967 et 1997, un record dans l’athlétisme français, a fêté en décembre dernier son soixante-cinquième anniversaire. À la retraite depuis l’année 2000, après avoir partagé sa carrière entre l’Education Nationale, comme professeur d’EPS, puis la Ville d’Epinal, il a posé ses malles en Vendée. « Je m’entretiens, explique-t-il. Du footing et du vélo ». La compétition, il ne l’a abandonnée que très tard, à l’approche de la soixantaine, après en avoir épuisé tous les plaisirs, dans les épreuves pour vétérans.
Sur la couverture d’Athlétisme, il se reconnaît dans ses jeunes années. « Mon premier titre de champion de France de cross, en 1967, dit-il. À Orange. J’avais 26 ans. C’est tard, pour connaître la victoire. Mais, à l’époque, les anciens étaient encore costauds. Des coureurs de la classe de Michel Jazy et Michel Bernard. J’ai dû attendre mon heure. » Il habitait alors Saumur, où il travaillait à temps plein, comme moniteur de sport. Réputé pour son talent de crossman, Noël Tijou décrochera, en 1972, sa sélection pour les Jeux de Munich, sur 10 000 m. « Mais j’ai toujours été plus fort en cross », avoue-t-il. Une résistance à l’effort et à la souffrance dont ce formidable compétiteur se servira tout au long d’une carrière achevée en 1978. À 36 ans.

1992 : Florence Colle : « L’année de mon claquage. Non, de ma blessure de fatigue ! »
Quinze ans ont passé depuis cette photo, prise en 1992, l’année des Jeux de Barcelone. Mais Florence Colle doit fouiller dans sa mémoire pour en remonter un à un tous les détails. « L’année précédente, j’étais allée aux championnats du monde à Tokyo, dit-elle. ça, j’en suis certaine. Mais 1992, je ne sais plus. Sinon, bien sûr, que j’étais étudiante en médecine. Ah si, je me suis blessée. Nous nous étions entraînés comme des marteaux. Et je me suis claquée ».
Elle marque un silence, comme pour s’assurer de ne pas avoir mélangé deux souvenirs. Puis elle se reprend, presque confuse de confondre les dates, les courses et les épreuves. « Non, le claquage, c’était plus tard, corrige-t-elle. Quatre ans plus tard, quand j’ai repris la compétition avec l’espoir d’aller aux Jeux d’Atlanta. Ceux de Barcelone, je les ai ratés à cause d’une blessure de fatigue. » À 42 ans, Florence Colle ne sait plus parler d’athlétisme qu’au passé. Responsable d’une unité de soins spécialisée dans les lésions cérébrales, à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, l’ancienne finaliste olympique (1988) et mondiale (1991) du 100 m haies avoue, avec une pointe de regret, ne plus avoir ni le temps ni le loisir d’accompagner l’évolution de sa discipline. « Je cours encore un peu, une demi-heure de footing par semaine, raconte-t-elle d’une voix enjouée et énergique. Et j’entretiens des relations régulières avec certaines anciennes copines de l’équipe de France, Annette Sergent, Florence Giolitti, Nathalie Thoumas… Mais je ne connais plus personne parmi les athlètes d’aujourd’hui. » Mère de deux petites filles, Florence Colle traverse la vie au pas de course, sans cesse à la poursuite d’un emploi du temps sans répit ni temps mort. En se revoyant, à la une d’« Athlétisme », elle s’amuse de son allure de l’époque. Et se laisse aller à cette confidence : « J’ai fait carrière dans l’athlétisme car j’y réussissais. Mais je n’ai jamais eu de culture sportive. J’étais une excellente exécutante, mais il ne fallait pas me demander d’analyser. Je n’y connaissais rien. »

1984 : Walter Ciofani : « Une passation de pouvoir »
Ses cheveux bouclés ont blanchi. Sa taille s’est laissée gagner par quelques rondeurs. Mais le Walter Ciofani d’aujourd’hui ressemble encore beaucoup à celui de la photo. Une image des championnats de France en 1983, à Bordeaux, choisie pour illustrer la « Une » d’« Athlétisme » en juin 1984. Il y lance le marteau, sous le maillot ciel et blanc du Racing Club de France. « Mon premier titre national, raconte-t-il. J’avais battu Philippe Suriray, qui dominait jusque-là la spécialité. Pour nous deux, ce concours avait les allures d’une passation de pouvoir. » De cette année 1983, Walter Ciofani se souvient aujourd’hui comme le début d’une formidable époque. L’année suivante, il décroche sa sélection pour les Jeux de Los Angeles, où il prendra la septième place. « Et j’améliore trois fois, en trois semaines, le record de France », raconte-t-il en énumérant ses chiffres, sans se tromper d’un centimètre. En plus de dix ans de carrière internationale, il s’offre cinq titres nationaux consécutifs, une place de sixième aux championnats du monde, à Tokyo, en 1991, et la reconnaissance des plus grands de la spécialité. Aujourd’hui âgé de 45 ans, Walter Ciofani ne lance plus qu’aux interclubs, deux fois par an, pour le CA Montreuil. 58 m les bons jours, un mètre de moins si les conditions perturbent le concours. Et toujours avec la même poignée, bricolée vingt fois, qu’il utilisait à l’époque de ses records. Mais l’athlétisme occupe encore le plus clair de sa vie. Educateur sportif dans les écoles de son village, dans le canton de l’Ourcq, en Seine-et-Marne, il entraîne les lanceurs du CA Montreuil. Et joue les hommes à tout faire du petit club qu’il a créé, chez lui, sur ses terres. « Nous n’avons pas de stade, mais déjà près de 200 licenciés », explique-t-il. Une « performance » dont il semble aussi fier que sa carrière de lanceur de marteau.


Accueil n° 500
Les autres revues

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS