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L'Athlé pratique
Témoignages de champions

Hanane Baala-Sabri (1500m) :
A quel âge et dans quelles conditions as-tu commencé l'athlé?
J'ai commencé l'athlé à 11 ans par un pur hasard. J'allais encourager mon frère qui jouait au foot dans une équipe locale avec mon père et j'entendais un groupe de jeunes rigoler sur le stade d'à côté, j'ai donc demandé à mon père ce qu'ils faisaient puisqu'ils s'amusaient à sauter des barrières, à faire des sauts de grenouille (à l'époque je ne connaissais pas la PPG : préparation physique généralisée); comme j'avais arrêté la gymnastique, mon père n'a pas loupé l'occasion d'aller voir l'entraîneur et de lui demander les modalités d'inscription. Une semaine plus tard je m'essayais à l'athlétisme; bien sûr je faisais de tout à l'époque, les sauts, les lancers, la vitesse et le demi fond. L'avantage en école d'athlétisme c'est qu'il n'y a pas de spécialisation et c'est une super initiation à ce sport. C'est seulement en minime 2 que les entraîneurs ont commencé à penser à me mettre sur des distances longues, pendant les deux séances hebdomadaires (le mercredi et le samedi) je ne faisais plus que de la course, c'était la fin de l'initiation; Ma spécialité serait le demi-fond, et notamment le 1000m et le 2000m; Mes résultats n'étaient pas supers 3min 14 au 1000 et 7 min 46 au 2000m.

Qu'as-tu fait pour t'améliorer ? Je me décidais quand même à continuer l'aventure et à m'organiser pour aller dans la cour des grands quand je passais cadette 1, pour moi c'était la cour des grands dans le sens où on s'entraînait 3 fois par semaine et que les entraînements se déroulaient le soir. Le lundi c'était footing et PPG, le mercredi c'était Fractionnés longs et le vendredi c'était vitesse. Pendant 2 ans les résultats n'ont pas décollé, j'ai participé à mon premier Championnat de France au 1500m seulement en cadette 2. Quelle joie d'y être même si je faisais avant-dernière de ma finale! Il y a dix ans faire les championnats de France c'était un honneur, alors qu'aujourd'hui c'est presque devenu une corvée pour certains. En Junior 1, mon entraîneur décide d'ajouter un 4ème entraînement, cela a payé cette même année, je fais 3ème au Championnats de France Jeune à Lens en réalisant un chrono de 2min 13"74 au 800m, c'était vraiment une belle finale, 3 ch'ti sur le podium: Isabelle Mague, Virginie Fouquet et moi. Après cette superbe année, puisque j'avais également eu mon bac, je decidais de poursuivre mes études en prepa HEC, et l'entraînement fut malheureusement baclé, trop dur de concilier les deux, j'ai dû mettre l'athlétisme au placard pendant presque 2 ans, car j'avais vraiment envie de reussir mes études. Je faisais quelques compétitions mais sans entraînement cela n'était pas joli, joli. C'est en espoir 2 que j'intégre l'école de commerce de Strasbourg, que je démenage et que je reprends goût à la course à pied. Nouveau club, nouvel entraîneur et surtout nouvel environnement. L'ASPTT Strasbourg est une grande structure, avec des entraîneurs très pro, JC Vollmer, JM Dirringer, JM Ducray. Tout me porter à croire que mon niveau reviendrait. En 1995, je rejoins le groupe de Mehdi Baala, Lahbib Hanini et devient la première fille que Jean Michel Dirringer entraînait; il ne voulait pas entraîner de fille car il disait que les femmes dans l'athlé ce n'était que des problèmes soi-disant à cause de notre caractère et sensibilité incompréhensibles. Toutefois, je lui force la main en raison d'un pari bidon qu'on avait fait lors d'un stage national, (il m'avait dit que jamais je n'arriverai à intégrer l'école internationale de commerce de Strasbourg et si j'y arrivais, il m'entraînerait (je n'ai donc pas manqué de le lui rappeler) et bon gré mal gré, je deviens sa première athlète femme. Là, j'ai retroussé mes manches et je me suis mise à l'athlé serieusement ; j'étais espoir 2, je n'avais plus de risque de surentraînement, je passe donc à un entraînement par jour, le changement est radical, cette même année (1996), je fais 2 min 10 au 800m et 4min 29 au 1500m. En 1996, on a corsé un peu plus l'entraînement mais je m'entraînais toujours 7 fois dans la semaine, j'ai fait 2min 9 au 800m et je finis la fin de saison avec un 2min07 en relais(1997). Là, je commençais vraiment à y croire et j' ai donc travaillé mon hiver très serieusement avec une coureuse de 5000m Nadia Ghomrani; je me lance donc sur 1500m en salle et je prépare tranquillement la saison estivale en investissant dans des stages nationaux.Comme je n'étais pas sur les listes de haut niveau, je demande l'autorisation d'intégrer l'équipe de France en payant de ma poche le voyage et tous les frais se rapportant à ce stage; c'est à ce moment que j'ai eu le déclic, je me rends compte que j'arrive à suivre les filles à l'entraînement et que tout était fondé sur la patience, l'envie de réussir, la maîtrise du stress et de la peur, et surtout bien sûr sur l'entraînement et l'hygiène de vie; j'apprends beaucoup de Laurence Duquenoy, et Philippe Collard et cette année là, je suis vraiment forte dans la tête, je passe un cap et je pulvérise mon record sur 800m en parcourant la distance en 2min04"27. Malheureusement, cette belle progression s'arrête car j'ai dû partir aux Etats Unis terminer mon cursus scolaire. Je décide tout de même de ne pas lâcher prise et d'intégrer l'équipe americaine universitaire. Là, j'ai vécu un changement radical de culture, de vie et surtout de méthode d'entraînement. Je suis passé de 7 entraînements à 14 dans la semaine, sans compter toutes les fois où on devait faire de la natation. Cela ne loupe pas, j'ai tenu 4 mois où j'ai fait 2min08 au 800, 4min20 au 1500M et 4min41 au mile en indoor et puis je me suis blessée. C'était la fin de saison pour moi, je n'avait plus qu'à guérir et à retourner à mes bouquins. Je réussi avec succés le BBA (Bachelor of Business Administration), je suis également accepté en MBA, mais malheureusement j'ai le blues et la France me manque, je décide donc de laisser tomber le MBA et de revenir en France où je retrouve toute ma famille et surtout Mehdi Baala qui allait être 1an après mon mari. C'est lui qui m'encourage à revenir à l'entraînement. Cet été 1998, je me suis entraînée seule, avec ce qui s'était passé aux USA, je n'avais plus peur de la quantité d'entraînements. J'ai travaillé tout l'hiver avec un groupe de juniors/cadets et je me suis lancée sur 1500m en salle. Là, je réalise 4min 23 aux France derrière Patricia Djaté et Dorina Briand. Je sens que cela revient, je passe malheureusement à côté de la qualification aux Europe de Gand où il fallait réaliser 4min 20, mais je décide d'y aller en tant que spéctatrice pour encourager les filles du 800m et du 1500m, mais surtout pour encourager mon fiancé, à l'époque Mehdi Baala. Cela me faisait tout drôle de voir tous ces athlètes et ces performances. Je dirais que l'aventure à Gand et surtout la médaille de Mehdi m'a vraiment motivée à m'entraîner plus et à être encore plus forte dans la tête. Je savais que je n'étais pas douée, tous les entraîneurs qui se sont occupés de moi me l'on dit, mais je savais que ma force était la pérseverance et la hargne. J'ai décidé de me remettre au boulot et de m'entraîner 12 fois par semaine, la saison estivale 2000 avait bien commencé je savais que j'allais battre mes records, c'est à Forbach que je bats mon premier record perso et que je fais dès ma première competition 2min3"78 au 800m. Mon entraîneur Jean Michel comprend que je suis revenue au niveau et continue à m'entraîner plus dur; je rebats mon record aux Championnats de France à Nice, je savais que Patricia Djate et Viviane Dorsile voulaient frapper fort pour faire les minimas pour les jeux, je décidais donc de les suivre dès le premier tour, cela allait vraiment vite, mais j'ai tenu le coup et c'etait pour moi une joie intense car je passais enfin sous la barre des 2min 03 au 800m, plus exactement 2min02"82 en demi-finale des France; pour moi j'avais déjà gagné et c'est donc avec une tout autre motivation que je voyais la finale. D'ailleurs, le lendemain je n'ai parcouru la distance qu'en 2min 04, car je pense que j'étais fatigué dans un premier temps et que deuxièment la tête ne suivait pas. Mais cela n'était rien, je me lancais tout de même dans l'aventure des meetings nationaux et internationaux. Et c'est au meeting de Leverkussen que je bat une dernière fois mon record pour parcourir le 800m en 2min 2"36. Entre temps je me suis également essayée sur le 1500m au meeting de Strasbourg et je pulvérise mon record de 10 seconde en parcourant la distance en 4min 14"01. La saison se termine et les meilleurs s'en vont aux Jeux Olympiques de Sydney. A ce moment là c'est un double sentiment qui me hante, je suis malheureuse de ne pas y participer et je suis heureuse de voir la personne que j'aime y accéder. Alors, je décide de prendre le bon côté des choses, et de ne pas montrer à Mehdi mon mécontentement de ne pas y être. Je voulais amener ma pierre à l'édifice et mon rôle, en tant que compagne d'un athlète, était de tout faire pour que Mehdi se sente soutenu et bien. Et là, c'est fabuleux, je pars de l'autre côté du monde, en Australie pour les Jeux Olympiques de Sydney, pour encourager l'homme que j'aime. Quel spectacle! c'était grandiose, j'ai jamais vu autant de monde, autant de nationalités et de culture pour un événement aussi historique, cela restera dans ma mémoire à tout jamais. Comme vous le savez peut-être, Mehdi atteint les demi, puis la finale et il fait une superbe 4ème place en Finale, 3 mois avant, je pense que très peu de gens auraient parié sur Mehdi, mais celui ci a su avoir un mental d'enfer le jour où il fallait. Et là, j'ai beaucoup appris, j'ai appris que la confiance en soi était une source d'énergie et surtout que quoi qu'il arrive nous sommes tous humains et on peut y arriver sans tricherie,mon futur mari l'avait fait , alors je me suis dis pourquoi pas moi. Il fallait que je travaille encore plus et surtout que je ne me plaigne plus. Je me decidais à prendre Mehdi comme exemple et à m'entraîner de la même manière, sans rechigner. Ainsi, après l'aventure de Sydney, Mehdi et moi nous sommes mariés, cela fut une super fête musulmane avec plein de membres de la famille et bien sûr plein d'amis du monde de l'athlétisme, JC Vollmer, Béchir et autres, c'était génial. Après ces quelques jours de détente, on a repris l'entraînement très tardivement et puis la vie maritale, ce n'est pas la même chose que le copinage, on a vraiement dû s'adapter à une nouvelle vie. Ceux qui vous diront que la vie sentimentale ou la vie sociale n'influent en rien votre vie athlètique ont tort, une stabilité sociale est réellement nécessaire dans le sport à haut niveau. L'athlète doit se sentir bien, pour retranscrire ce bien-être dans la course à pieds. Nombre de fois où je me sentais mal car tout simplement il y avait une dispute ou chamaillerie avec un membre de la famille. Avant tout chose, pour atteindre une certaine réussite sportive il faut rechercher paix et sérénité avec votre entourage. Ensuite, il faut également avoir CONFIANCE en vous-même en premier,et ensuite en votre entraîneur. L'entraîneur va devenir un des pilliers de votre réussite. Ainsi, après Sydney, je me suis entraînée beaucoup mais intelligement en suivant à la lettre les entraînements du coach, et cela a tout de suite payé puisqu'en janvier 2001, je réalise 4min 13"76 au 1500m et que je réalise les minimas pour les mondiaux en salle de Lisbonne. Malheureusement pour moi, 10 jours après je me blesse et les médecins m'apprennent que ma jambe droite a une insuffissance de ganglions lymphatiques, du coup je ne peux plus courrir, j'ai une jambe qui me fait mal et qui a dû mal à drainer la lymphe. Tous les médecins sont catégoriques, ils me disent d'arrêter et que le sport à haut niveau est terminé pour moi. Pendant 1 mois je me laisse aller, mon mari, ma famille,mon entraîneur et mes amis ne me reconnaissent plus. Tout ce plein d'énergie qui était en moi avait disparu à cette annonce. Mon rêve était de faire les jeux olympiques, de participer à des finales européennes ou mondiales. Tout cela était anéanti par des médecins qui m'ont cassé mon rêve. Mehdi en avait marre de me voir me morfondre sur mon sort, ainsi lui et mon coach m'ont demandé de tenter le coup, et de m'entraîner sur une jambe malade en intensifiant les soins et en allant voir des spécialistes comme ma kiné Béatrice Leyendecker ou encore l'angeilogue Furderer, un des plus grands médecins sur la région. Avec leur soutien et surtout avec ma détermination, j'ai repris le chemin de l'entraînement; c'était vraiement dur, courir avec une jambe plus lourde était vraiment un handicap, mais au fur et à mesure que le temps et les entraînement passaient, je sentais que ma jambe allait mieux et que mon moral revenait à grande vitesse; j'ai donc commencé à y croire, surtout après un stage national en Espagne en Avril, car j'ai remarqué que j'étais pas loin dérrière. Je me suis vraiment investie, je suis allé à Fond Romeu pour la première de ma vie et cela fait près de 12 ans que je cours, et de retour de ce dernier stage, je volais sur la piste, l'entraînement avait payé. Il ne fallait plus que trouver des compétitions pour tenter les minimas aux Mondiaux. C'est au grand Meeting de Gaz de France Paris-St Denis au Stade de France, que je me suis révélée, Paris et le Stade de France est un endroit de rêve où on ne trouve pas de limites, l'ambiance et la foule vous interdisent de rater votre course. Quand je suis rentrée sur la piste et que j'entendais ces 60 000 spectateurs crier, j'en ai eu les larmes au yeux, je priais Dieu intérieurement, en le supliant de m'aider lors de cette course, c'était vraiment la course de ma vie, il fallait que je fasse bien. Et cela n'a pas loupé, avec tous les entraînements et surtout ma motivation, je réalise le meilleur chrono de ma vie, 4min07"14, à la surprise de beaucoup de gens, je réalise les minimas et mon billet était dans la poche, puisqu'une semaine avant j'avais été sacrée championne de France pour la première fois. Quelle retournement de situation !!!

Quels conseils pourrais-tu donner aux jeunes ? Je vous raconte tout cela, pour que vous aussi, vous y croyiez jusqu'au bout . Ne laissez personne briser vos rêves. Je ne vous dis pas que le rêve suffit pour réussir, mais en tout cas, il fait parti du show. Moi, j'ai réalisé une partie de mon rêve en participant aux mondiaux, même si je n'ai pas réussi ma course là-bas. Mais c'est le fait de ne pas avoir tout eu, qui me relance et me motive encore plus. On ne peut pas tout avoir la même année, il faut savoir être patient et passer des caps avec les entraînements, car on peut toujours s'améliorer. Aujourd'hui, la petite fille qui n'était pas du tout douée à l'age de 12 ans, a prouvé qu'on pouvait y arriver par le travail et l'acharnement. Alors, les jeunes entraînez- vous, mais intelligemment. Concernant l'entraînement, je pense que lorsque on est cadet/ Junior, il faut commencer à s'entraîner 4 à 6 fois par semaine. Ensuite, lorsqu'on passe espoir senior, on peut intensifier l'entraînement à 10-12 fois par semaine, en sachant qu'il y a des entraînements qui servent à récupérer ,qui ne seront qu'à base de footing et étirements. Les entraînements cool servent aussi pour le corps et il ne faut surtout pas les négliger. En outre, il ne faut pas oublier de se faire suivre par un kiné perso ou encore les kines du CREPS. En général, ils savent de quoi ils parlent, ils connaissent le sport de haut niveau et leurs conseils sont toujours bons à prendre. Soignez-vous quand vous êtes blessés, et sachez écouter votre corps, c'est très important. En outre, ne négligez pas votre hygiène de vie, si vous vous entraînez toute la semaine et que le week -end vous vous laissez aller dans les boîtes ou les bars, laissez tomber. Car le sport de haut niveau c'est pas ça, il faut faire des sacrifices. Pour exemple Mehdi et moi, pour l'année 2001, on compte 3 sorties en tout et pour tout, et je peux vous assurer qu'il est très dur de récupérer et d'être frais pour l'entraînement lorsqu'on sort. Il faut faire un choix, alors je ne vous dis pas faites ceci ou cela, je vous dis simplement que soirées et sport de haut niveau ne sont pas compatibles. Vous pouvez de temps en temps sortir, mais il faut connaître les limites de son corps et n'oubliez pas que le foie est très important pour un athlète alors ne le détruisez pas avec l'alcool!!!   Un dernier conseil que je donnerais, c'est surtout de ne pas oublier de vous éclater dans ce que vous faîtes, atteindre le sport de haut niveau c'est aussi avoir du plaisir. Allez jusqu'au bout de vos rêves et ne laissez personne briser celui-ci! Ayez la hargne et ne brûlez pas les étapes! la patience est une vertue dans ce sport.


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