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numéro 503-504 - Septembre-Octobre 2007

Vivement Pékin

A Osaka, l’athlétisme mondial a posé ses premiers pas sur la route de Pékin. Un round d’observation préolympique où les gros bras de la piste, États-Unis, Russie, Kenya, ont prévenu le reste de la planète que les Jeux seraient pour eux.
Les Français, peu épargnés par les incidents de parcours, s’en tirent avec deux médailles d’argent, dix places de finaliste, quelques raisons d’espérer du lendemain et le sentiment de n’avoir pas exprimé tout leur potentiel.
Par Alain Mercier, envoyé spécial à Osaka, photos : abacapress.com

Une erreur de jugement, une seule, toute bête, peut-elle changer le sens d’une histoire ? En demi-fond, parfois. Aux championnats du monde, toujours. Mehdi Baala le savait. Il peut désormais en témoigner. Sa demi-finale du 1 500 m, au Nagai Stadium d’Osaka, s’annonçait comme une dernière mise en jambes avant l’explication ultime, la vraie, celle pour laquelle le Français se préparait depuis douze mois. La finale. La course pour le titre. Mais, pour une raison que lui-même ne parviendra peut-être jamais à expliquer, Mehdi Baala y a oublié toutes ses leçons de sens tactique. Il a commis une erreur, puis une autre. Et payé ses fautes comptant, par une disqualification.
A Osaka, les Mondiaux n’ont pardonné aucune faiblesse. Il fallait s’y montrer à la hauteur. Parfois même un peu au-dessus. Une vérité que le champion d’Europe du 1500 m a découverte à ses dépens. Et, avec lui, quelques-unes des têtes couronnées de l’équipe de France. Eunice Barber, dont la tête est déjà tournée vers les Jeux de Pékin, s’était dit que son talent et son goût du combat lui permettraient sans doute de se glisser en bonne place dans le concours du saut en longueur. Elle n’a pas passé le stade des qualifications. Muriel Hurtis-Houairi, replacée sur les bons rails par quelques chronos flatteurs, plus tôt dans la saison, pensait à un podium au 200 m rendu crédible par son chrono d’engagement, 22”38, le deuxième des partantes. Elle a calé en quart de finale. Ladji Doucouré, persuadé d’avoir retrouvé ses jambes de champion du monde, s’était convaincu que l’air de la grande compétition saurait le pousser vers l’arrivée. Il a pris la porte en demi-finale, sans vraiment donner l’impression d’être de taille à prétendre à une médaille.
Il fallait être fort, à Osaka, pour rester jusqu’au bout solide sur ses deux jambes. Christine Arron l’était, mais sans avoir en elle les ressources de garder assez d’énergie pour durer quatre courses. En finale du 100 m, elle a fait ce qu’elle a pu. Mais la course ne lui a donné que la sixième place.

Coup de jeune
Les déceptions n’ont pas manqué, dans le clan français. Sur le moment, la moiteur d’Osaka en a rendu l’image pénible à décoller. Avec le recul, il est tentant de penser qu’elles seront vite oubliées. Et que chacun pourra alors retenir de ces Mondiaux asiatiques ses moments les plus doux à regarder. En 2005, à Helsinki, la France avait connu une réussite presque indécente, pour venir ramasser sept médailles et dix-huit places de finaliste. À Osaka, elle a reculé d’un coup. Bilan : deux médailles d’argent, pour Yohann Diniz sur 50 km marche et Romain Mesnil à la perche, dix places de finaliste, deux records de France, pour Sophie Duarte au 3000 m steeple et Leslie Djhone au 400 m, un rang de 12e nation à la « placing-table », où sont comptabilisés tous les points de la première à la huitième place.
Les leaders ont parfois flanché. Mais, preuve que cette équipe de France possède des ressources et de la richesse, il s’est trouvé par ci par là une poignée d’athlètes pour saisir le flambeau et le porter avec entrain. Sophie Duarte, par exemple, débarquée à Osaka sans trop savoir à quoi ressemblait un rendez-vous mondial, mais repartie avec une cinquième place sur 3000 m steeple. Vanessa Boslak, elle aussi cinquième d’un concours du saut à la perche où l’adversité avait décidé d’en découdre en haute altitude. Leslie Djhone, brillantissime finaliste (5e) d’un 400 m où tous les non Américains se bagarraient pour la quatrième place. Bouabdellah Tahri, assez costaud dans sa tête et ses jambes pour surmonter les coups bas d’une accusation de dopage en milieu d’été, et venir échouer à deux places du podium du 3000 m steeple.
Franck Chevallier, le DTN, l’a fait remarquer à l’heure du bilan : plusieurs jeunes Français ont tordu le cou à la règle qui veut que les débutants peinent souvent à tirer leur épingle du jeu dans le décor d’un championnat du monde. Au moins deux d’entre eux ont su laisser leur inexpérience aux vestiaires et foncer dans le tas, les poings en avant. Elodie Guégan, demi-finaliste du 800 m, a profité de l’occasion pour faire voler en éclats la barre des deux minutes. Fadil Bellaabouss, lui aussi demi-finaliste, a acquis la certitude que l’élite mondiale du 400 m haies le verrait de plus en plus souvent frapper à la fenêtre.

Festival américain
Aucun record mondial n’est tombé, à Osaka, pendant les neuf jours de compétition. Mais une analyse en détail des résultats permet d’affirmer que le niveau y a souvent été plus élevé que jamais. L’entrée en finale a parfois réclamé des performances qui auraient assuré, quelques années plus tôt, une place sur le podium. Des exemples ? Au 800 m féminin, le meilleur temps, parmi les athlètes non qualifiées pour le tour suivant, a été de 2’00”74. Au 400 m haies, le chrono réalisé par le Japonais Kenji Narisako (48”44), a été le plus rapide de l’histoire pour un éliminé en demi-finale. À la perche féminine, 12 athlètes ont passé au moins 4,55 m en qualification. À la hauteur, quatre hommes ont franchi 2,33 m ou plus, une densité que les championnats du monde n’avaient plus connue depuis 1995.
Dans un tel contexte, il n’a surpris personne que les mastodontes de l’athlétisme mondial imposent leur point de vue. Les Etats-Unis s’en sont donné à cœur joie, ramassant 14 titres, 4 médailles d’argent et 8 en bronze. Le Kenya s’est régalé, avec 5 victoires, pour un total de 13 médailles. La Russie a plané comme un vautour sur les épreuves féminines : 4 or, 9 argent, 3 bronze. Histoire d’enfoncer le clou, ces trois pays se sont chacun offert un triplé, pour marquer leur territoire d’un trait épais : les États-Unis sur 400 m masculin, le Kenya au 3000 m steeple hommes, la Russie à la longueur féminine.
Les vérités d’Osaka seront-elles encore vraies dans moins d’un an à Pékin ? Mystère. Mais tous les athlètes présents au Nagai Stadium ont compris que, comme au Japon, l’erreur ne serait pas permise dans la capitale chinoise. Une leçon que les Français ne sont pas prêts d’oublier.


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