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numéro 507 - Février 2008

A la dure
Les médias ne s’y sont pas trompés : avec le passage à la nouvelle année, les Jeux de Pékin n’ont jamais semblé aussi proches. Depuis le début du mois de janvier, quotidiens et magazines ont lancé à leur façon le compte à rebours olympique. Par une chronique hebdomadaire pour les uns, un rendez-vous en début de chaque mois pour les autres, une actualité chinoise suivie au jour le jour pour les derniers. Médiatiquement parlant, la quinzaine des JO s’annonce comme l’évènement de l’année 2008. En première place du calendrier, devant l’Euro de football et le Tour de France.
Et les athlètes ? Ils bossent. Avec la certitude, chevillée au corps par des années de pratique, que les succès de l’été se construisent souvent pendant les longs mois d’hiver. Ils bossent, dans l’ombre et le silence. Ils bossent, en faisant mine d’ignorer le froid, la pluie, la dureté des séances et l’exigence d’une période où les journées semblent encore trop courtes.
Certains le font en comptant les jours, une poignée ou deux, qui les séparent encore des épreuves en salle. Quelques sorties pour se changer les idées, retrouver le goût de la confrontation et le rythme de la compétition. « Mais l’objectif est ailleurs », assurent-ils tous d’une même voix. Pour les autres, l’entraînement occupe seul ces semaines hivernales. Un régime de forçats, austère et exigeant, pas vraiment glamour mais sûrement déterminant.
En ce mois de janvier de l’année olympique, Athlé Mag a poussé la porte des stades couverts, des gymnases et des salles de musculation, pour y rencontrer certains des meilleurs athlètes français. Les voir bosser. Loin des paillettes de l’été, de l’attention des médias et des regards curieux du public. A la dure. Pour construire pierre, après pierre, les succès à venir.
Alain Mercier

L’Insep reste couvert
Pour les athlètes de l’Insep, le début d’année n’autorise aucune relâche. L’ambiance est studieuse, la concentration visible sur tous les visages, la motivation plus forte que jamais.
A sept mois des Jeux de Pékin, chaque séance pèse son poids de sueur et d’exigence. Reportage. Par Alain Mercier

Une fin d’après-midi du mois de janvier. Un lundi au ciel tiède, hésitant d’un air maussade entre bleu pâle et gris clair. Les pelouses sentent l’humidité. La fraîcheur se glisse sous les manches des survêtements. Mais ils sont une poignée à s’échauffer sur le stade extérieur. En fond de décor, les bâtisses sans âge d’un Insep défiguré par les travaux de rénovation. Parmi ces courageux se dessine la silhouette de Vanessa Boslak, avalant à courtes foulées un footing de mise en jambes, avec trois autres perchistes. Plus tôt dans l’après-midi, Manuèla Montebrun s’est glissée pour une séance technique dans la cage du marteau, installée depuis quelques mois à la droite du stade couvert, à un jet de pierre des bulles du tennis. Plus tard, les sprinters et hurdlers du groupe entraîné par Olivier Vallaeys sortiront eux aussi, le temps d’un long échauffement. « La nuit tombe trop tôt en ce moment pour se préparer en extérieur, mais mes filles du demi-fond sont dehors presque tous les matins, pour des séances dans le bois, du footing, du fartlek ou de la VMA », assure Bruno Gajer, le coach d’Elodie Guégan.
Il n’empêche, mieux vaut pousser la porte du stade couvert pour sentir battre le cœur du pôle France de l’Insep. L’ambiance y est studieuse, presque recueillie. « Ca travaille dur », glisse Pierre Bonvin, le directeur. Le groupe de Renaud Longuèvre a bouclé ses valises quelques jours plus tôt, pour un stage en Floride. François Pépin a emmené Leslie Djhone et une poignée de ses athlètes au soleil des Antilles. « Les stagiaires de décembre sont rentrés, ceux de janvier viennent de partir, explique Pierre Bonvin. C’est un peu comme un début de printemps, pas vraiment la grande foule. » Mais les présents s’emploient à mettre les bouchées doubles, comme s’ils cherchaient à profiter de l’aubaine pour prendre les devants.
Occupé avec ses seules sprinteuses, Bruno Gajer a programmé un patient travail de gainage. « La période est critique, car l’approche des compétitions en salle rend l’entraînement un peu plus spécifique, mais il faut faire très attention à ne pas provoquer de blessures, explique-t-il. La dominante du moment consiste à les mettre en forme, mais bien sûr sans les casser. Après trois mois difficiles et laborieux, d’octobre à décembre, l’athlète a envie et besoin de compétition. » En fin de semaine, l’entraîneur a profité de la présence en région parisienne de Solen Désert pour programmer un rassemblement du 4x400 m féminin. La logistique s’annonce imposante : cellules de chronométrage, vidéos, prises de temps. « Si les filles veulent aller aux Jeux, elles doivent gagner du temps sur les transmissions », glisse-t-il.
Même son de cloche à l’autre bout du stade couvert. Bonnet sur la tête, Olivier Vallaeys en termine d’une séance avec ses hurdlers, dont l’espoir Samuel Coco-Villoin. Le groupe s’est offert un séjour à Boulouris, au début du mois de décembre. Mais il passera le reste de l’hiver dans le décor familier de l’Insep. « Partir loin en janvier peut s’avérer problématique pour attaquer dans les meilleures dispositions la saison en salle, explique le coach. Du coup, cette année, nous ne partons pas. » Au menu : vitesse, réglages, musculation explosive. L’ambiance ? « Studieuse, répond Olivier Vallaeys. Mais les gars ont les dents qui frottent. Ils veulent courir. Ils piaffent de retrouver la compétition. »

Une période délicate
En bout de piste, Pierre Bonvin a abandonné pour un temps sa casquette de directeur du pôle, pour retrouver sa vieille tenue de coach. « Je joue les remplaçants de François Pépin, pour ses athlètes qui ne l’ont pas accompagné en stage en Martinique », raconte-t-il dans un clin d’œil. Avec eux, une petite poignée de sprinters, il enchaîne les départs en starting-blocks, donnés à la voix. « Vous avez du métier, vous », lui glisse l’un d’eux dans un long sourire.
A l’opposé des tribunes, Jean-Hervé Stievenart a déployé ses troupes dans l’espace réservé à la musculation. Ses athlètes, « tripleux » et sauteurs en longueur, enchaînent les séries avec des airs de premier de la classe. La motivation se lit sur les visages comme dans un livre ouvert. Benjamin Compaoré, champion du monde du triple saut en août 2006, charge les barres au risque de les faire ployer. 200 kilos en tiers de squat, pour trois répétitions explosives. « Aujourd’hui, il mettra au moins dix de plus », prévient le coach. Pour lui comme pour ses partenaires d’entraînement, la fin du mois de janvier annonce le retour de la compétition. « Ces trois derniers mois, ils en ont vraiment bavé, jusqu’à en être au bord des larmes, raconte Jean-Hervé Stievenart. Maintenant, ils ont vraiment envie de sauter. Mais cette période de l’année n’est pas facile à maîtriser. La saison en salle ne doit pas constituer un objectif majeur, une fin en soi. Mais, en même temps, il leur faudra être au top physiquement pour tirer de ces sorties des enseignements réels. »

Un record par -7°
En sous-sol, la salle de musculation résonne jusque dans le couloir d’un concert de bruits de fonte. À l’intérieur, Marc Raquil en termine d’une séance qu’il veut qualifier de « légère ». « Le gros boulot, je le fais le matin », suggère-t-il en vissant sa casquette. Droit comme la justice, Guy Guérin ne rate rien des séries de flexions de jambes dont Manuèla Montebrun a entrepris de remplir sa fin de journée. « En janvier, l’accent est mis sur la musculation et une grosse quantité de lancers, explique le coach. C’est notre régime quotidien. Le temps n’est pas toujours de la partie. On fait dans l’humidité, le froid, parfois la neige. Un peu comme les coureurs de demi-fond. Mais j’ai souvent remarqué que ces conditions augmentaient la concentration des lanceurs. » Le froid, Manuèla Montebrun a appris depuis longtemps à en faire abstraction. « Jusqu’à -10°, on peut lancer », lâche Guy Guérin. À en croire l’entraîneur, la meilleure lanceuse française aurait un record à 67 m un jour où le mercure avait dégringolé jusqu’à -7°.
A l’Insep, le mot Pékin n’est pas encore inscrit en lettres rouges sur la façade du bâtiment de la direction. Il ne le sera sans doute jamais. Mais le passage à l’année 2008 en a rendu la proximité presque palpable. « J’ai senti un changement, assure Pierre Bonvin. Rien de très spectaculaire, des détails, une impression. Mais, depuis le retour des fêtes, je trouve les athlètes plus sérieux, plus concentrés. » Olivier Vallaeys confirme : « Ils n’en parlent pas vraiment beaucoup plus, mais ça vient doucement. Depuis l’annonce des modalités de sélection, les Jeux occupent nettement plus les esprits. » Une lourde poignée de mois sépare encore les locataires de l’Insep de l’ouverture des JO de 2008. Mais tous, athlètes comme entraîneurs, savent que ces quelques semaines d’hiver, passées sous le toit en bois foncé du stade couvert, pèseront lourd sur la réussite ou l’échec de leur aventure olympique.

Cure de jouvence pour le premier pôle français
A l’Insep, le pôle France d’athlétisme aime se donner des airs de mastodonte. Ses chiffres l’y autorisent : 120 athlètes, dont une dizaine d’étrangers, pas moins de 85 inscrits sur les listes ministérielle du haut niveau, 14 entraîneurs. Et un directeur, Pierre Bonvin, l’ancien entraîneur national du sprint. « Avec le judo et le basket, l’athlétisme est la seule discipline à compter un tel poste », glisse-t-il avec une pointe de fierté.Les effectifs pèsent d’un bon poids. Ils donnent sans peine au centre parisien le statut, jamais vraiment contesté, de premier pôle de France. Pourtant, le stade couvert sonne parfois creux. Une impression forcée par l’immensité des lieux. « Même avec tous les athlètes présents au même moment, chaque groupe peut s’entraîner sans déranger les autres », plaide Pierre Bonvin. Ces derniers mois, une solide cure de jouvence a donné à l’Insep une allure moins fanée. Au stade couvert, une nouvelle piste bicolore, rouge et jaune paille, a été posée à la rentrée. L’ancienne avouait plus de vingt ans d’âge. Le stade extérieur a gagné un éclairage flambant neuf. La vieille aire de lancer a été déplacée d’est en ouest pour laisser la place à un projet de salle des sports. La nouvelle, prévue pour 2010 ou 2011, devrait s’étendre sur 120 m de large et 150 m de long. Elle comptera une cage de marteau, une autre pour le disque, une piste d’élan de javelot et un cercle de lancer de poids. « Nous sommes déjà très bien, mais nous serons bientôt mieux encore », promet Guy Guérin.


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