MES ACCÈS
Compétitions en direct (4)

Vendredi 6 Mars

Doucouré, le retour du héros

Quatre ans qu’il attendait ça. Ladji Doucouré a enfin retrouvé la plus haute marche du podium en championnat international en s’imposant au bout du suspens à Turin. En 7’’55, il a devancé pour quelques millièmes le Néerlandais Gregory Sedoc. La bonne surprise de la journée est venue d’Antoinette Nana Djimou. La spécialiste des épreuves combinées a décroché une médaille de bronze surprise en mettant une belle claque à son record personnel avec 4618 points. Retour sur un après-midi magnifique pour les Tricolores.

« Put..., c’est qui le patron ! » Ces quelques mots prononcés par Ladji Doucouré valent de l’or. Celui de sa médaille européenne décrochée aujourd’hui. Le si poli hurdleur les a prononcés en franchissant la ligne d’arrivée de la finale du 60 m haies en 7’’55. Et en vainqueur. On l’excuse bien volontiers ! La suite ? Un bond prodigieux sur le tapis de protection et un long cri assis à califourchon sur ce dernier, qui ne demandait sans doute pas à être autant martyrisé. L’euphorie avant l’attente. Car, quelques secondes plus tard, c’est un long silence qui s’installait dans l’Oval Lingotto de Turin. Gregory Sedoc, pourtant surtout réputé pour ses départs canons, était revenu comme un mort de faim sur le plat. Pour coiffer Doucouré ? Les deux hommes posaient ensemble pour les photographes en attendant le verdict de la photo finish. Jusqu’à la délivrance pour le Français, vainqueur dans le même temps que le Néerlandais. La course du « Douc » ne restera pas dans les annales sur le plan technique. Il a commis des erreurs, « descendant à la cave » à plusieurs reprises. Mais, justement, c’est là qu’est son plus grand mérite. Car il ne s’est pas découragé, livrant une course de combattant. Celle d’un athlète qui a connu son lot de galères pour toujours finir par se relever. Et puis, la manière, on s’en moque. Ce que l’on retiendra, c’est le titre. Et le sourire malicieux de Doucouré, exhibant devant les journalistes sa convocation à la cérémonie de remise des médailles, prévue demain. Avant de lancer : « Ça faisait longtemps ! » Le protégé de Renaud Longuèvre aurait pu être accompagné sur le podium par le flegmatique Garfield Darien. Longtemps troisième, l’espoir à la technique léchée a tapé la dernière haie, rétrogradant à la sixième place en dix mètres. En 7’’66, il a tout de même confirmé sa superbe demi-finale (7’’63, record personnel égalé). Toujours sur les haies mais chez les femmes, Cindy Billaud a, elle aussi, réussi à intégrer sa première finale chez les seniors à la faveur d’un superbe 8’’05 en demi-finale. En larmes à l’issue de cette dernière course, la hurdleuse de Bussy Saint-Georges a sans doute eu un peu de mal à se remobiliser pour la finale. Septième en 8’’19, elle aura tout de même réalisé un très beau parcours aujourd’hui.

Nana Djimou Ida, le bronze surprise
La deuxième médaille tricolore n’est donc pas venue des haies. Elle a été décrochée par l’inattendue Antoinette Nana Djimou Ida, troisième du pentathlon avec 4618 points, record personnel explosé. Entraînée par Sébastien Levicq à l’Insep, elle a mené sa journée avec une assurance digne des athlètes les plus expérimentées, enchaînant les performances comme des perles. A son niveau sur 60 m haies (8’’38), elle a commencé à penser au podium après avoir battu son record en salle à la hauteur avec 1,77 m. Avant d’enchaîner sur un concours du poids bien maîtrisé (14,16 m). Elle frappait ensuite un grand coup à la longueur, en remportant l’épreuve, record personnel à la clé (6,44 m). Restait le 800 m, une épreuve ne lui laissant pas de très bons souvenirs puisque, encore en lice pour un podium aux Championnats du monde juniors à Grosseto en 2004, elle avait chuté sur la ligne et terminé à une rageante quatrième place. Aujourd’hui, rien de tout cela. Elle a géré sa course intelligemment, en se calquant sur la stratégie de ses adversaires directes. Partie prudemment, elle a accéléré dans le dernier tour pour boucler sa course à la cinquième  place en 2’18’’80 avant de s’écrouler au sol, terrassée par la fatigue.
Dans les épreuves combinées, le secret de la réussite réside dans la capacité à réussir à enchaîner les disciplines en gérant bien les rares moments de repos. Laurence Mandredi et les lanceuses de poids devaient, en quelque sorte, faire face à la même problématique en enchaînant deux concours dans la même journée. La Française s’en est très bien sorti puisque, après avoir passé les qualifications grâce à un jet à 18,05 m ce matin, elle a pris une bonne septième place en finale avec 17,92m. Soit une deuxième finale européenne après 2007 et la preuve d’une belle régularité à ce niveau. Pour les spécialistes du 400 m, l’écueil était aussi de taille avec série et demi-finale aujourd’hui. Malgré une belle résistance, Thélia Sigère (5e 53’’48, record personnel), Symphora Behi (5e en 54’’81), Yoann Decimus (47’’78) et Yannick Fonsat (47’’99) ont vu leur route s’arrêter juste avant la finale. Térésa Nzola Meso Ba (3e avec 14,14 m) et Amy Zongo (6e avec 14,07 m), les triples sauteuses, pourront, elles, défendre leur chance à ce stade. Elles ont en effet toutes deux franchi avec brio le cap des qualifications. Même réussite pour leurs homologues masculins, Karl Taillepierre et Jules Lechanga, qui avaient quelques heures plus tôt eux aussi obtenu leur billet pour la finale alors que Teddy Tamgho quittait prématurément la compétition (lire ci-dessous le résumé de la matinée). Du côté du demi-fond, Bouabdellah Tahri a remporté avec autorité sa série du 3000 m en 7’52’’58. Comme Doucouré, mais pour des raisons différentes, lui aussi attend depuis longtemps de goûter à nouveau à une médaille en championnat international. L’exemple à suivre est tout tracé. Avec la rage de vaincre.

A Turin, Florian Gaudin-Winer pour athle.com

Résumé de la matinée

La matinée a viré au cauchemar pour Teddy Tamgho. Le Français, meilleur performeur mondial de l’année au triple saut, a quitté la compétition dès les qualifications, 13e avec 15,94 m. L’aventure est également terminée pour Patricia Girard sur 60 m haies. Mais les satisfactions ne manquent pas, à l’image des courses pleines de maîtrise de Ladji Doucouré sur 60 m haies et de Bouabdellah Tahri sur 3000 m. Récit.

Troisième et dernier essai des qualifications du triple saut. Yeux exorbités, cris pour se motiver, Teddy Tamgho s’élance, piétine et réussit pourtant enfin à rebondir sur une piste d’élan bien difficile à maîtriser. Il retombe entre 17 m et 17,20 m, de quoi prendre la tête du concours. Il se retourne. Drapeau rouge. Il a mordu de moins d’un centimètre. Hagard, le regard perdu, le meilleur performeur mondial de l’année, est, comme souvent cet hiver, seul au monde. Mais il n’a plus la tête dans les étoiles. Treizième d’un concours largement à sa portée avec 15,94 m, le Français ne pourra pas décrocher demain son premier titre international chez les seniors. Un premier essai trop mou, une course d’élan mal réglée et quelques millimètres de trop auront eu raison de ses grandes ambitions. Manque d’expérience ? Déconcentration ? Pression ? Echauffement mal géré ? La contre-performance du sauteur du Ca Montreuil trouve sans doute son explication dans tous ses paramètres. Pour son prochain grand rendez-vous, il y aura peut-être des clés à aller chercher du côté de Karl Taillepierre, son expérimenté compatriote. Ce dernier a parfaitement géré son concours de qualification avec un saut à 16,88 m au 2e essai, trois centimètres au-delà de la marque synonyme de qualification directe pour la finale. Quant au troisième tricolore engagé, Jules Lechanga, il a décroché in extremis son billet pour la finale, 8e avec un saut à 16,49 m au troisième et dernier essai. A eux de contrecarrer les plans de l’Italien Fabrizio Donato, deuxième meilleur performeur mondial de l’année.

Doucouré et Tahri maîtrisent
Si Teddy Tamgho aura encore sans doute de nombreuses occasions de se rattraper ces prochaines années, Patricia Girard disputait une de ses dernières compétitions internationales à Turin. Malheureusement, la vétérane de l’équipe de France n’a pas non plus réussi à franchir le cap des séries. Pas aussi bien partie qu’à son habitude, la pile électrique des haies françaises a été touchée à plusieurs reprises par les adversaires qui l’entouraient. Avant de percuter violemment une haie pour terminer sa course en sixième et dernière position (8’’98). Cindy Billaud, elle, est passée au temps en 8’’18. Toujours sur les haies mais chez les hommes, Garfield Darien s’est lui aussi qualifié au chrono en 7’’78 tandis que Ladji Doucouré assurait tranquillement le coup en prenant la deuxième place de sa série en 7’’70. Même maîtrise pour Bouabdellah Tahri sur 3000 m, facile vainqueur en 7’’52’’58 d’une course finalement plutôt rapide pour une série. C’est en revanche terminé pour Nourredine Smaïl, 9e de sa course en 8’07’’17, et pour Mohamed-Khaled Belabbas qui a abandonné.
Les bonnes surprises sont venues du 400 m où les quatre Français et Françaises engagées se sont qualifiés pour les demi-finales. Au temps pour Thélia Sigère (53’’57), Symphora Behi (53’’81) et Yoann Decimus (47’’22). A la place pour Yannick Fonsat, pourtant diminué par une douleur à un ischio, bon deuxième de sa série en 47’’28 après un départ prudent. Au poids, Laurence Manfredi a, comme très souvent, répondu présente le jour J en obtenant au lancer du poids son billet pour la finale, qui se disputera ce soir, au 2e essai avec un jet à 18,05 m. Dans la même épreuve, Jessica Cerival n’a pas démérité avec un meilleur lancer à 17,07 m. Enfin, au pentathon, Antoinette Nana Djimou Ida est lancée sur de très bonnes bases avec un nouveau record personnel en salle à la hauteur (1,77 m) et un 60 m haies rondement mené en 8’’38. L’après-midi, avec la finale du 60 m haies et la fin du pentathlon, pourrait sourire aux Bleus. Et rehausser le bilan d’une première journée finalement plutôt bien lancée. Mais marquée par la désillusion de Teddy Tamgho, que beaucoup imaginaient déjà sur la plus haute marche du podium.

A Turin, Florian Gaudin-Winer pour athle.com

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS