MES ACCÈS

numéro 518 - Mai 2009

Les blessures des sprinteurs

Chaque mois, Athlé Magazine décrypte les blessures spécifiques à une famille de disciplines. Focus aujourd’hui sur les atteintes dont souffrent les sprinteurs, en particulier au niveau musculaire…

Celles et ceux qui ont, ne serait-ce qu’une fois, cherché à pousser leur mécanique corporelle au maximum de sa vitesse en ont ressenti les effets : un tel effort, bref et intense, comme ceux que fournissent les sprinteurs, impose aux muscles un traitement traumatisant. « Les lésions musculaires sont en effet les plus fréquentes chez les sprinteurs, observe le docteur Jean-Michel Serra, médecin auprès des équipes de France d’athlétisme. On trouve ensuite, mais de manière moins fréquente, des blessures tendineuses. » Dans le détail, la blessure des adeptes du 100 ou du 200 m est due à la vitesse d’exécution de leurs mouvements. « Les muscles sont alors incapables de répondre à cette intensité, décrit le médecin. L’étirement sollicité par l’effort est supérieur à la capacité musculaire, ce qui provoque une déchirure. » Le fonctionnement du muscle, composé d’étirements et de contractions successifs, exige en effet de grandes capacités élastiques. Des capacités qui ne sont pas forcément présentes chez les athlètes les plus jeunes, qui ne sont pas encore totalement formés, ou plus âgés. Et qui peuvent également être amoindries par un mauvais échauffement ou une accumulation de fatigue.
« Les lésions tendineuses résultent du même processus, poursuit Jean-Michel Serra. Si un groupe musculaire fonctionne mal, qu’il est moins souple, moins réactif ou lésé, la réaction se propage vers les tendons, qui peuvent subir une inflammation, voire une déchirure ou une désinsertion. » Les tendons des quadriceps, ceux situés sous le genou ou ceux du bassin sont ici en première ligne. Au même titre que les muscles ischio-jambiers, derrière les cuisses.
Reste à éviter d’en arriver au point de rupture. Comme souvent dans ces cas-là, un mot se pare de toutes les vertus : la prévention. « Les étirements peuvent par exemple permettre de prévenir ce type de problèmes. Mais attention, prévient le docteur Serra : ils peuvent également aggraver un état de blessure. Mieux vaut éviter, par exemple, de s’étirer après une séance intense. Le muscle a déjà beaucoup forcé, et il pourrait se léser. D’autant que la concentration est alors moindre. Mieux vaut réserver les étirements au lendemain. »

Le rôle préventif de l’alimentation
L’alimentation peut également jouer un rôle préventif. « Les fruits et légumes contiennent des oligo-éléments et des vitamines essentiels au bon fonctionnement musculaire. L’hydratation permet quant à elle de limiter les effets du réchauffement du moteur qu’est le corps. Un peu comme pour une voiture. »
La prévention peut aussi intervenir à quelques secondes seulement de la blessure. « Dès que l’on ressent les premiers effets d’une lésion, au cours même d’une séance, il est sage d’arrêter, pointe Jean-Michel Serra. Mieux vaut éviter la dixième répétition si l’on sent poindre un problème musculaire que finir la séance et se blesser… On constate d’ailleurs souvent que les blessures interviennent en fin d’entraînement. »
Et si, malgré toutes ces précautions, votre muscle a cédé, il vous en coûtera au mieux dix jours d’arrêt (afin que les fibres cicatrisent en cas d’élongation), jusqu’à plusieurs semaines de repos pour soigner une déchirure. En cas d’arrachement musculaire ? Il faudra se résoudre à la chirurgie. Dans tous les cas, une échographie reste l’examen incontournable pour effectuer un premier bilan. « Il se peut, enfin, qu’une blessure revienne de manière répétitive, conclut Jean-Michel Serra. Il convient alors d’effectuer un bilan pour constater un éventuel déficit sur les muscles antagonistes, révélateur d’un déséquilibre entre les groupes musculaires. »

Les articulations ne sont pas à l’abri !
Si les muscles des membres inférieurs dominent, de loin, le palmarès des blessures des sprinteurs, leurs articulations supportent elles aussi le fardeau des lésions diverses et variées. Carima Louami peut en témoigner. L’internationale lilloise, 11’’31 au compteur sur 100 m l’an passé, a vu l’hiver filer sans elle. Laissée au bord de la route par une vilaine blessure à la cheville contractée au mois de novembre. « J’étais en train d’effectuer des éducatifs, sur une marche, quand mon pied a glissé, se souvient-elle, de retour d’un stage printanier en Espagne qui l’aura rassurée sur l’état de sa cheville. Trois ligaments différents ont été touchés. Le problème, c’est qu’on m’avait parlé de trois semaines d’arrêt, mais qu’il m’a fallu trois mois avant de reprendre. » Les avis médicaux divergeant, c’est finalement à l’occasion du rassemblement de l’équipe de France de relais, où elle s’était rendue en tant que spectatrice, que la jeune femme a pu se remettre sur pieds. « Mathieu Louvat, qui faisait partie de l’encadrement médical du stage, a réussi à me trouver une place pour une IRM à Monaco, raconte-t-elle. Les diagnostics avaient longtemps été rendus difficiles à cause de l’énorme hématome qui entourait la zone blessée. »Au final, l’athlète, qui n’avait jamais connu de blessure sérieuse, retient surtout qu’il suffit « d’un moment d’inattention, d’une marche moins large qu’une autre pour se blesser. Les sprinteurs marchent souvent sur un fil. » Quand les gestes les plus anodins exigent de la concentration, la blessure due au relâchement ou à la fatigue n’est jamais bien loin…


Accueil n° 518
Les autres revues

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS