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Vendredi 24 Juillet : Jour de gloire

Assommée d’abord par la disparition en moins de cinq minutes de deux favoris, Gaetan Saku Bafuanga, le triple sauteur vedette de la veille, et Jessica Alcan, l’un des plus sûrs espoirs français de médaille au 100m haies, la délégation française a vécu la journée des extrêmes : des larmes des éliminés à l’émotion d’une Marseillaise saluant l’incroyable victoire au 100m d’un Français, désormais recordman d’Europe en 10’’04.
Pour Christophe Lemaitre, en ce 23 juillet, le jour de gloire est arrivée.

C’était bien là qu’il fallait être. Dans ce stade rouge et blanc de Karadorde (prononcez Karadjodjé) baigné de lumière, à Novi Sad, Serbie. Non pas pour profiter d’un franc soleil à l’ancienne (on ne vous refera pas de numéro sur le temps qu’il fait ici, c’est promis), mais parce le planeur Lemaitre y a pris son envol de façon décisive. Parce que l’aiglon d’Aix-les-Bains est devenu ici, par la grâce d’une course de référence, le meilleur sprinteur junior de l’histoire, et l’homme qu’on va suivre dans les semaines, les mois, les années à venir avec le plaisir qu’on a à applaudir ceux qui amènent quelque chose à la fête, comme disent les anglo-saxons. Un grand champion qui se déploie, un styliste à la foulée merveilleuse, un compétiteur exact au rendez-vous… C’était vraiment bien, vraiment grand.
Dressons le tableau : Le groupe tricolore massé dans la seule tribune protégée du soleil est encore marqué par la l’émotion d’avoir vu Jessica Alcan s’effondrer à mi-course d’une série du 100m haies qu’elle contrôlait tranquillement, elle qui possédait la 2e performance des engagées. Coup au plexus redoublé dans la même séquence, comme dans un mauvais film à suspens, par les larmes de Gaëtan le Goeland, le triple sauteur de Franconville Athlétisme Val d’Oise, cloué au sol par une blessure perfide à la cuisse contractée à son superbe troisième essai réussi à 16m16 la veille. Mauvais scénario… Avec cette marque, il aurait fini second du concours final derrière l’intouchable Russe Aleksey Fyodorov à 16’’67. Après ces coups durs, rien n’est venu réchauffé le cœur tricolore. Bien sûr, Yariatou Touré s’est joliment qualifiée pour la finale du 100m haies en 13, 45, record personnel battu. Mais Jessie Saint Marc n'a pu prendre que la huitième place en finale du 100m (11''70, +1.0).
Voilà que la grande finale du 100m masculin se met en place. Tandis que les deux Anglais Eugene Ayanful et Andrew Robertson, les deux meilleurs temps derrière le Français en demi, se la jouent fauve en cage, Christophe Lemaitre reste tranquille et droit dans son couloir 3. À sa droite, au 4, l’Azéri Ramil Guliyev est drapé dans son mystère. Discret, trop discret depuis le début. Il a fait récemment 10’’08 au 100m. Il est recordman d’Europe du 200m en 20’’04, discipline dans laquelle Lemaitre est champion du monde junior. Il est resté en 10’’69 en demi, tandis que Lemaitre s’affirmait en 10’’26. Peut-il surgir comme un diable de sa boîte ? Doucher les espoirs français ? Dans la tribune couverte où tout le monde se serre pour éviter les plaques de soleil, les gens se lèvent. Pour mieux voir, pour vivre le truc qui s’annonce et qui n’a pas besoin du speaker qui s’époumone en serbe (forcément). Le départ de Christophe est parfait. Dès les cinquante mètres, tout le monde comprend qu’il ne fait pas le même sport que les autres, qu’il est intouchable. Le panneau lumineux, qui marche par intermittence depuis le début, aura l’honneur d’annoncer une  marque historique : 10’04 ! Et presque sans un souffle de vent. Le record d’Europe, celui de l’Anglais Dwaine Chambers, est effacé par l’élégant « frenchman ». Tant mieux ! Les Anglais justement en font un max sur la piste : ils viennent de signer un joli ex-aequo pour le bronze en 10’’37, deux records perso pulvérisés. l’Azéri Gulyev est deuxième. Il avait bien son plan en tête, son histoire à lui : il sort un temps canon en 10’’16, qui aurait pu lui valoir la victoire. Mais il reste dans l’ombre. Ce n’est pas lui le héros aujourd’hui.
Dès les premiers mots, le nouveau jeune seigneur du sprint français a tourné son regard vers l’histoire : « Je vois déjà Berlin. Je vois que je peux faire un truc énorme là-bas. Je peux courir encore plus vite ».  Plus vite que ce temps qui le place, alors qu’il est junior, à la troisième place des meilleurs temps français ? C’est-à-dire une poignée de centièmes en moins, sous les dix secondes… Il serait le premier sprinter blanc à parvenir à cette marque. Ne lâchez plus Christophe Lemaitre des yeux. Un destin est en marche.

Seule médaille française à ce jour, mais d’autres pourraient suivre. Car les meilleurs Français aujourd’hui ont su eux aussi tenir le fil de leur propre histoire bien en main. C’était le cas de Thomas Delmestre et de Pascal Martinot Lagarde au 110m haies. Après des séries maîtrisées le matin, ils terminaient 2e et 3e de leur demi-finale en 13’’39 et 13’’40, bien au-delà de leur meilleure performance. Les voici tout près du Russe Shubenkov, meilleur hurdler de l’année en 13’’35… Très sûrs d’eux aussi les garçons du 800m, qui sont tous allés chercher la demi à leur façon. Paul Renaudie en leader (1’51’’30), Simon Gragnic à la bagarre (1’53’’42) et Carl Soudril en dynamiteur, dans un temps impressionnant de 1’50’’87. En revanche le demi-fond féminin, malheureusement, reste à quai. Impressionnants aussi les jeunes steepleurs français : Abdelatif Hadjam (1e de sa série en 8’57’’44) et les jumeaux Pepiot, Valentin et Tanguy (3e et 4e de leur série en 9’07’’38 et 9’07’’69), assument une posture de favori qui devrait bien leur permettre, à eux trois, d’aller chercher au moins une belle récompense. Valentine Zmuda, à la longueur, n’aura pas réussi le hold-up qu’on pressentait possible, restant à la sixième place à dix centimètres du podium. Mais pour cette junior première année encore tout en sourire timide, c’est déjà une remarquable performance.
Souffrance et honneur mêlées ? Les décathloniens, à leur habitude, ont donné l’image d’une belle Europe unie et confraternelle, dans leur lent tour d’honneur apaisé, épuisé. Parmi eux, le jeune Français Benjamin Fenrich, auteur d’un dernier 1500m éclatant en 4’09’’09 et d’une belle remontée au classement. Une dernière belle image pour une journée particulière, ici, à Novi Sad !

A Novi Sad, Emmanuel Charlot pour athle.com

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