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numéro 542 - Septembre-Octobre 2012

BERTRAND MOULINET : Le marcheur itinérant

Seul marcheur français finaliste à Londres, l’Amiénois a battu ses records personnels sur 20 et 50 km marche aux Jeux. Une superbe performance pour cet athlète de seulement vingt-cinq ans, au parcours et au fonctionnement renversants.

Un par un, les meilleurs marcheurs du monde viennent saluer Bertrand Moulinet et lui glisser un petit mot d’encouragement ou de félicitation. Nous sommes à l’arrivée du 20 km marche olympique et certains signes ne trompent pas. En prenant la huitième place de la course en 1h20’12’’, son record personnel, le jeune athlète de l’Amiens UC vient de changer de statut. « J’ai montré que j’étais costaud », savoure-t-il. En tête de la course pendant deux kilomètres peu avant la mi-parcours, avant de rentrer dans le rang, il a même stupéfait les observateurs, interloqués par le toupet de ce marcheur tricolore à la frange blonde et aux yeux clairs. Un petit péché de jeunesse qui, selon son entraîneur Gérard Lelièvre, lui a sans doute coûté la sixième place.
Bertrand Moulinet est un athlète au caractère entier. Conscient de ses capacités et capable de mettre toutes les chances de son côté pour percer au plus haut niveau. C’est à Font-Romeu qu’il se prépare et aligne les bornes. Pas pendant seulement quelques semaines de stages, comme la plupart des demi-fondeurs et marcheurs. C’est presque toute l’année qu’il vit dans la station des Pyrénées avec son père Alain, ancien international à la marche. « Rester huit mois en altitude permet de développer tous les réseaux sanguins, explique celui qui est détaché à 80 % de son emploi dans la police, où il est gardien de la paix. Je suis encore à l’âge des tentations nombreuses avec les copains et copines. Là-haut, je n’ai pas le choix. J’habite loin de tout le monde. Mon père a investi tout l’argent qu’il a pour louer un chalet. Il s’occupe de tout : les courses, la bouffe, la vaisselle, le ménage et les papiers administratifs. Nous sommes en autonomie totale, c’est le top. Attention, je ne suis pas non plus un ermite et je n’arrive pas là-bas avec mon baluchon et une barbe de six mois ! »
Leur chalet de Font-Romeu, qui compte une salle de musculation avec espaliers, machine à squats, tapis de sol et appareil pour les lombaires, accueille souvent des invités. Face au massif du Cambre d’Aze, le cercle rapproché de Bertrand Moulinet, composé notamment d’un kiné, d’un ostéopathe et d’un médecin, est régulièrement de passage. Des marcheurs, comme le jeune international Kevin Campion, partagent également le couvert et les entraînements du finaliste olympique, dans le cadre de stages organisés par l’association « La maison des sportifs ». Une structure créée par Alain Moulinet. Ce dernier, pré-retraité, assume son investissement : « Quand on a la chance d’avoir un fils qui peut être champion olympique, on ne peut pas passer à côté. Ce qu’il est en train de réaliser, c’est un rêve et une passion. »

Le guerrier et le pionnier  L’autre rouage primordial de cette petite équipe, qui s’est construite en marge des structures fédérales, est bien sûr Gérard Lelièvre, un des plus beaux palmarès de la marche française. L’ex-recordman du monde du 20 km coulait des jours tranquilles du côté de Laval, après avoir été entraîneur national pendant de nombreuses saisons, quand il a reçu début 2009 par la poste un courrier signé Bertrand Moulinet. Il raconte : « Bertrand cherchait un entraîneur et avait écrit des lettres à plusieurs coaches. Je lui ai répondu et le courant est tout de suite passé. Il possède un potentiel énorme et il est loin d’avoir atteint ses limites. Sur le plan technique, il n’y a pas de souci. Et au niveau du mental, il est très fort. C’est un guerrier. C’est au niveau de l’organisation de sa vie qu’il peut le plus progresser. » Entraîner à distance un athlète n’est pas chose aisée. Le binôme communique donc énormément, à raison d’au moins un coup de téléphone par jour et de nombreux échanges de mails. « Gérard est le pionnier de notre discipline, soutient le marcheur de vingt-cinq ans. Ces gens-là, il ne faut pas les laisser tomber. Je suis un itinérant : mon entraîneur est de Laval, je suis né à Toulouse, je vis à Menton, je m’entraîne pendant l’année à Font-Romeu et mon club est à Amiens. Mais il suffit que je lui décrive mes sensations pour qu’il comprenne comment je vais. »
« Bertrand est quelqu’un de très attachant, poursuit Gérard Lelièvre. Niveau motivation, il n’y a rien à dire. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi minutieux et attentif à sa nourriture. Il pèse ses aliments. »

Purée-jambon et jus de fruit  Ce côté perfectionniste, l’Amiénois ne s’en cache pas : « J’ai une vie marginale tout en étant comme les autres. Le soir, quand il faut aller à la séance de 22h au cinéma, c’est non. Quand les autres mangent des plats en sauce lors des repas de famille, c’est purée-jambon pour moi. Et quand mes amis boivent des coups, je me contente d’un jus de fruit. » Il refuse, pour autant, de parler de sacrifices. « On ne peut pas employer ce terme quand on aime le sport. Je préfère celui d’effort ». Le natif de Toulouse peut aussi, à certains moments, être « un peu excessif », dixit son entraîneur. « En fait, je suis extrémiste dans les deux sens, résume l’athlète. Quand je pète les plombs, je fais la fête non-stop. » Comme après les Mondiaux de Daegu l’an dernier où, déçu par son résultat sur 50 km, il se lâche complètement pendant trois mois. « Je mangeais et je picolais tout ce qui me passait sous la main. Je dormais quand j’en avais envie. J’ai pris quinze kilos et j’en pesais quatre-vingt deux. C’est un boulet que j’ai traîné pendant plusieurs mois. Je me suis promis de ne jamais le refaire. »
Promesse tenue puisque Bertrand Moulinet avait déjà repris l’entraînement fin août dernier, avec un programme d’entretien composé de footing, de natation et de vélo. Le cyclisme, un retour à ses premières amours puisqu’il a pratiqué ce sport pendant dix ans à un très bon niveau. Ce n’est qu’à dix-neuf ans qu’il a découvert la marche. « Il était très indiscipliné à l’école et il n’a pas fini sa terminale, raconte Alain, son père. Après avoir été reçu au concours de gardien de la paix, il n’avait plus le temps de faire du vélo mais il était libre le soir. Il m’a donc suivi lors de mes sorties de marcheur. J’ai tout de suite vu qu’il avait les qualités. » Bercé depuis tout petit par le récit des aventures sur longue distance de son papa, l’Amiénois ne compte que sept années de pratique intensive dans sa discipline. Une broutille, à l’échelle du haut niveau. « Il est tout neuf, estime Gérard Lelièvre. C’est un gamin qui peut être sur la plus haute marche du podium à Rio. » Avec lui, de toute façon, ce sera tout ou rien.


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