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numéro 543 - Novembre-Décembre 2012

FAMILLE BARRAS : Le décathlon à l’unisson

Il y a des familles où l’on interdit aux enfants de courir dans les couloirs. Et il y a la fratrie Barras. Dans leur appartement de Calais, Romain, Guillaume et Diane ont piqué des centaines de sprint et franchi des milliers de haies. Avec la bénédiction de leurs parents. Les obstacles : des packs de lessive. Le départ : avec handicap. Diane, la petite dernière et protégée, partait la première. Puis c’était au tour du si sensible Guillaume, le second de la fratrie, de s’élancer. Suivi de près par Romain, l’aîné et le modèle, celui à qui tout réussissait. Pascal, le père exigeant et aimant, fermait la marche.
« L’athlétisme a commencé pour eux dès la naissance, résume ce dernier. C’est sur un stade de Cannes, entre deux poteaux d’un sautoir en hauteur, que Guillaume a marché pour la première fois. Diane a effectué ses premières foulées de coureuse sur une piste au Touquet. Quant à Romain, je courais en le tirant dans une poussette ou un petit camion. À deux ans, ils ont commencé le lancer de cailloux. »
On peut peut-être, sans trop exagérer, parler de débuts précoces. Les premières compétitions n’ont pas non plus beaucoup tardé. Officiellement en poussin. Un peu plus tôt, en fait, en profitant de l’absence de jeunes athlètes pour courir sous une fausse identité. Faute avouée est à moitié pardonnée, dit l’adage. Complètement même, quand on sait que les trois athlètes ont ensuite porté le maillot de l’équipe de France et trusté les podiums nationaux dans les épreuves combinées.

Sandwichs aux sardines
Mais, gamins, l’athlétisme, c’était surtout l’occasion pour les trois futurs internationaux de voir leur père, après son divorce avec Martine, leur mère, employée territoriale dans la vie. « Le week-end et plusieurs soirs par semaine, il se chargeait de notre éducation physique, raconte Diane. Notre mère s’occupait de tout le reste : les devoirs, la maison… Tout a été fait pour que l’on soit complet et équilibré. » Les trois combinards sont aujourd’hui enseignants. Romain et Diane sont profs d’EPS (éducation physique et sportive), comme leur père avant eux. Guillaume est professeur des écoles. Martine Barras est toujours restée dans l’ombre, par choix : « Le sport prenait une grande place chez nous. Les enfants adoraient ça. Je participais de façon extérieure. Le soir, ce n’était pas facile. Il fallait attendre qu’ils rentrent pour souper. Mais j’étais tellement fière de leurs résultats. » Romain, le champion d’Europe, se souvient lui aussi : « Elle était très rarement sur les stades mais elle a toujours suivi nos résultats. C’est elle qui préparait nos affaires, nous amenait tôt aux lieux de rendez-vous pour partir en compétition. Heureusement que ce n’était pas notre père, sinon on aurait bouffé des sandwichs aux sardines tous les midis ! »
On a toujours eu l’esprit de compétition chez les Barras. Pascal était exigeant. «  Peut-être parfois un peu tyrannique  », souffle-t-il. Sa devise ? « L’idéal olympique : plus haut, plus vite, plus fort. Et pas seulement dans le sport ». Une motivation supplémentaire pour Romain, « entré dans l’athlétisme comme en religion, un goinfre », dixit le paternel. Un jeu pour Diane, tellement douée et forcément couvée. Guillaume, lui, en a souffert.

Le poids de la comparaison
« Je garde un souvenir un peu mitigé de ma carrière, confie-t-il. J’étais en surpoids quand j’étais petit. Mon père attendait beaucoup de moi et je n’en étais pas capable. L’athlétisme, ça allait de soi. J’avais l’impression que ce n’était pas négociable. J’ai commencé à ressentir du plaisir dans ce sport à partir de dix-sept ans, quand j’ai pris quinze centimètres en un an. »
Reste que la concurrence avec Romain, de trois ans son aîné, a toujours été très dure à vivre. « J’avais un gros manque de confiance en moi. Je me comparais souvent aux perfs de Romain au même âge et je ne les égalais pas. Lors de courses avec lui, il m’est arrivé de ne pas me donner à 100 % parce qu’il était là. Je me bridais inconsciemment. » Guillaume a raccroché les pointes en 2010, usé par les blessures mais avec sept sélections en équipe de France jeunes au compteur. Romain n’a, lui non plus, pas toujours bien vécu la comparaison. « J’ai eu du mal à me séparer de ce sentiment de culpabilité d’avoir mis un poids énorme sur les épaules de Guillaume. Il avait tous les droits, sauf de me battre. Il a été mon plus beau et plus grand adversaire. Aujourd’hui, je suis hyper fier de mon frère. »

Vêtements trop petits
Finalement, c’est pour Diane que le nom de Barras a été le plus facile à porter. Née deux ans après Guillaume, celle qui portait au fur et à mesure les vêtements devenus trop petits pour ses frères a très vite brillé sur les pistes. Elle était douée et facile, effaçant une barre à 1,81 m à dix-huit ans à la hauteur, tout en récoltant les honneurs à l’heptathlon. « Mon nom, je l’ai toujours considéré comme une fierté, sourit-elle. En plus, comme je ressemblais à Romain, on me posait souvent la question : tu ne serais pas sa sœur ? Ben oui ! Cela me valorisait. Mais je n’avais pas une énorme confiance en moi.  En fait, il y a peut-être un petit problème de confiance en soi dans notre famille… »
Peut-être. Mais la force des Barras est à trouver autre part. Dans cette union sacrée, cette symbiose qu’ils expriment avec leurs mots, avec pudeur. On l’entend dans la voix de Diane, soudain presque brisée, lorsqu’elle raconte le départ de Romain pour Montpellier à vingt-deux ans, vécu comme une déchirure. On la ressent lorsque Guillaume évoque la victoire de son frère à Barcelone comme « une des plus grandes émotions de (s)a vie car, à travers sa réussite, c’était celle de notre famille ». On la revit lorsque Romain raconte la qualification de son petit frère pour les championnats d’Europe espoirs, « un des moments les plus forts de (s)a carrière, je me souviens en avoir pleuré ».
Martine Barras, tout comme son ex-mari Pascal, vit toujours à Calais. « Je n’arrive à être heureuse que lorsque mes enfants le sont », ne peut-elle s’empêcher de glisser. Romain et Guillaume, eux, se sont installés à Montpellier. Alors, forcément, Diane a des envies de sud, avec son compagnon : « Mes frères sont déjà sur place. Et pourquoi ne pas faire venir aussi là-bas mon père et ma mère pour qu’ils y passent leur retraite ? »


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