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numéro 549 - Novembre-Décembre 2013

LENORA GUION-FIRMIN : L’Américaine des Bleues

Triple médaillée aux championnats d’Europe espoirs et quatrième avec le 4 x 400 m aux Mondiaux de Moscou, la perle de l’athlétisme martiniquais cache derrière sa joie de vivre une volonté de fer.

Finale du 4 x 100 m cadettes à Dreux, aux championnats de France jeunes 2006. Sur la piste du stade du Vieux Pré, les sprinteuses martiniquaises de La Gauloise La Trinité n’en mènent pas large avant le départ. Leur équipe est composée de trois minimes, encadrées par une seule « grande », une cadette. En plus, elles sont frigorifiées. Pour leur première compétition à ce niveau, elles doivent affronter une température fraîche, bien éloignée du climat antillais.
La course démarre. Dans la ligne droite opposée, la deuxième relayeuse de « La Gauloise » s’appelle Lenora Guion-Firmin. Elle n’a pas encore quinze ans et des jambes fines comme des crayons. Mais lorsqu’elle s’empare du témoin, c’est une ample et belle foulée qu’elle déploie, en remontant sur toutes ses concurrentes. À l’arrivée, son club décroche la médaille de bronze en 47’’30. Les deux années suivantes, il montera sur la plus haute marche du podium. « La foulée et la pose au sol du pied de Lenora étaient déjà ses points forts, se souvient Alain Vaillant, l’entraîneur qui l’a formée et qui continue à la conseiller régulièrement. C’était impeccable ! Mais depuis, elle a gagné en force et en résistance. Et surtout mentalement. »
Cette progression a permis à l’étudiante de l’université du Maryland en Exercice of science, l’équivalent du STAPS (diplôme d’éducation physique et sportive) en France, de crever l’écran lors des Mondiaux de Moscou, l’été dernier. Après un record personnel sur 200 m en séries (22’’91), Lenora a largement contribué, comme troisième relayeuse, à la quatrième place des Françaises en finale du 4 x 400 m en 3’24’’21. La Martiniquaise a été chronométrée en 50’’22 sur son tour de piste. Un temps impressionnant, même lancée. « Que dire de ce relais ? »,  s’interroge, avec son accent créole, la troisième relayeuse du quatuor tricolore. « C’est le moment lors duquel l’athlétisme devient vraiment un sport d’équipe. Et c’est magique car on oublie la douleur ! Plus on court vite, moins on a mal. Je ne pourrai pas oublier cette course. »

Du temps pour digérer les Jeux. D’une certaine manière, Lenora Guion-Firmin a, en Russie, enfin tourné la page des Jeux de Londres. Lors de cette compétition, elle était remplaçante au sein du relais. Un statut qu’elle a mis de longs mois à digérer, tant elle était persuadée d’avoir sa place sur la piste. « Têtue et même parfois un peu rancunière, même si le mot est un peu fort », selon Alain Vaillant, elle a finalement réussi à rebondir en se servant de sa déception comme d’une « source de motivation ». Le déclic ? Il a sans doute eu lieu aux championnats d’Europe espoirs de Tampere (Finlande), quelques semaines avant les Mondiaux, lorsque la désormais athlète de l’Aiglon du Lamentin a décroché l’or sur 400 m, l’argent sur 200 m et le bronze sur 4 x400 m. « Là-bas, j’ai pris confiance en moi, confie-t-elle. Ce sont mes premières médailles en individuel et on ne pourra pas me les enlever. » Son ancien coach complète : « Quand Lenora veut quelque chose, elle va tout faire pour avoir sa chance. Elle n’a jamais eu peur de forcer à l’entraînement, ni de bouffer de la distance même si, parfois, elle en pleurait. »
Confiance en soi, amour du relais, dépassement de soi : des qualités chères aux habitants du pays de l’Oncle Sam. Pour l’ex-gymnaste dingue de sport, passée aussi par le judo, le tennis et le karaté, et qui aurait bien tenté sa chance au rugby, le choix d’un « exil » aux États-Unis s’est rapidement imposé. Elle n’a pas eu de difficultés à trouver un point de chute, après un baccalauréat avec mention et même un prix de l’académie en tant que meilleure étudiante. « Les États-Unis, c’est le pays le plus proche de chez moi. Au départ, je voulais faire des études de médecine. Mais tous mes amis qui ont voulu suivre cette formation en France ont dû arrêter l’athlétisme. Pour moi ce n’était pas envisageable. » Après une erreur d’aiguillage et deux premières années à l’université de Tulsa, dans l’Oklahoma, Lenora a finalement posé ses bagages dans le Maryland, au nord de la Pennsylvanie, où elle a pu enfin s’épanouir. Son amie et ex-camarade d’entraînement en Martinique, Audilia da Veiga, l’a vue évoluer : « Elle a dû s’adapter à un nouveau lieu et à un nouvel environnement. Ça n’a pas été évident. Mais ce que j’apprécie chez elle, c’est qu’elle sait être à l’écoute des autres. Quand ça ne va pas de son côté, ça ne se voit pas. »

Atteindre les étoiles. C’est vrai, en Russie, Lenora Guion-Firmin et son éternel sourire ont fait l’unanimité au sein de l’équipe de France. Mais il faut toujours se méfier de l’eau qui dort. Comme le rappelle Audilia da Veiga, celle qui a été conseillée en métropole par Guy Ontanon l’été dernier possède aussi une sacrée « force de caractère ». D’ailleurs, elle ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit d’évoquer l’état de l’athlétisme martiniquais : « Autant j’adore mon île, autant je trouve que mon sport n’y est pas assez développé. Tout l’argent va vers le football ou le handball. C’est pour cela que beaucoup de jeunes se dirigent vers la métropole. Moi, j’ai fait un autre choix. Je n’aime pas faire comme tout le monde (1). » Cela tombe bien. Car pour « atteindre les étoiles et toucher l’or », ses deux rêves d’athlète, Lenora devra être différente des autres.

(1) La Fédération française développe depuis plusieurs années le plan dit Antille-Guyane pour redynamiser l’athlétisme.

EN BREF
Championnats d’Europe espoirs 2013 : 1ère sur 400 m (51’’68, record personnel), 2e sur 200 m (22’’96) et 3e avec le 4 x 400 m (3’30’’64)
Championnats du monde 2013 : 22’’91 (record personnel) en séries du 200 m, 4e du 4 x 400 m (3’24’’21) Championnats d’Europe 2012 : 2e du 4 x 400 m (3’25’’49)

LE CHIFFRE : 50’’22
Le temps lancé de Lenora Guion-Firmin à Moscou en finale, comme troisième relayeuse du 4 x 400 m tricolore. Une performance à laquelle il faut ajouter environ huit dixièmes pour établir une équivalence avec un départ en starting-blocks.


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