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NUMERO 550 - JANVIER-FEVRIER 2014

JOAN MEDJID : Droit aux buts

Vice-championne d’Europe junior du 400 m haies en juillet dernier à Riéti alors qu’elle n’avait pas encore 18 ans, Joan Medjid cultive sa passion pour l’athlé à l’abri des projecteurs. Déterminée, perfectionniste, elle n’aime guère la lumière, s’épanouit simplement auprès de ceux qui la soutiennent depuis ses débuts. Mais s’est fixé les Jeux pour horizon.

C’est l’histoire d’une vocation ratée qui débouche sur une belle réussite. Petite, Joan Medjid voulait absolument jouer au football. « J’ai un côté garçon manqué », coupe-t-elle pour justifier sa passion d’enfance. Ses parents, rompus au monde du sport (maman a pratiqué la natation à haut niveau quand papa fut sacré champion d’Europe de boxe) ne voient pas l’idée d’un très bon œil. Ils emmènent leur fille, 8 ans, sur le stade d’athlétisme de Saint-Germain-en-Laye, dans l’Ouest parisien. « Mais courir m’a tout de suite plu », se souvient la jeune fille, boucles dorées et regard clair. Dix ans plus tard, la petite Joan a bien grandi. Elle vient de fêter ses 18 ans, culmine à 1,80 m sous la toise et est devenue vice-championne d’Europe junior du 400 m haies l’été dernier, alors qu’elle était encore junior première année. David Godart, 35 ans, coureur éclectique du 200 au 800 m en passant par le triple saut, l’entraîne à Saint-Germain depuis ses premiers pas sur le tartan. Ses récents résultats sont d’après lui dans la droite ligne de ce qu’elle montre depuis ses débuts. « Dès qu’elle est arrivée au club, même toute petite, elle avait un projet. Elle voulait progresser, se plaçait dans une perspective de perfection. Ce ne sont pas tant ses résultats qui m’ont fait comprendre qu’elle arriverait à ce niveau, mais son attitude : elle était déjà dirigée vers la compétition. »
Grande foulée pour tête froide : Joan sait ce qu’elle veut mais ne dresse pas de plans sur la comète, ne rêve pas plus qu’elle ne s’endort sur ses lauriers. Sa médaille d’argent européenne ? « J’ai déjà un peu oublié tout ça… J’étais contente sur le coup, surtout pour le chrono (ndlr : 57’’31, record personnel). Mais je n’ai pas besoin de ça pour me motiver. » Ses qualités naturelles ? « Non, je ne trouve pas vraiment que j’ai plus de qualités que les autres filles. Je suis juste plus grande, du coup c’est plus facile pour moi. » Un plan de carrière, peut-être ? « La priorité, ce sont mes études, tranche-t-elle. En France, on ne peut pas vraiment vivre de l’athlétisme. Je suis en première année de maths - informatique à l’université. Je ne sais pas quel métier je ferai, mais c’est une filière qui présente pas mal de débouchés. Et j’ai assez de temps pour m’entraîner. Mais si je dois choisir, ce sera les études. » N’allez pas croire pour autant que l’athlétisme n’est qu’un passe-temps. Elle assure que c’est sa « seule passion », évoque les Jeux olympiques comme un rêve qu’elle a « en tête depuis très longtemps. À Rio en 2016 ou plus tard, on verra ». Sa mère et son père, avec qui elle a un temps pratiqué la boxe et qui aurait bien aimé la voir poursuivre dans cette voie, sont derrière elle. Son entraîneur, avec qui elle a tissé une vraie relation de confiance, la guide, cherche à préserver autant que possible une athlète qui sera encore junior cette saison. « Joan veut atteindre le haut niveau, c’est sûr, mais elle ne sacrifiera pas sa carrière professionnelle ou ses études. Tout dépendra de cela. Mais cela n’empêche que, pour elle, tout tourne autour de la réussite, et qu’elle se donnera les moyens de bien faire en athlétisme. C’est une fille sereine dans sa tête, ce qui facilite les choses. Et elle est très assidue. Elle ne loupe jamais un entraînement. »

Relâchement et franchissement
Un perfectionnisme qui est souvent la clé du succès quand on le combine à certaines des qualités naturelles - dont elle dispose, même si elle s’en défend. Ceux qui ont vu courir Joan soulignent son placement, son relâchement et sa longue foulée qui diffusent cette fausse impression qu’elle ne force jamais. Une technique ciselée au fil de sa formation de jeune athlète. « Elle est capable de bien franchir la haie des deux jambes, cela fait partie du projet du club envers les jeunes, souligne son entraîneur. Elle a aujourd’hui une vraie qualité d’appuis et de décontraction. » Ajoutez à cela un groupe de jeunes athlètes dans lequel elle peut s’épanouir au sein du CA Ouest 78, et vous comprendrez que la réussite se conjugue pour elle à domicile, dans la structure où elle a débuté. « Partir aux États-Unis ou aller dans un pôle, changer d’entraîneur alors que ça marche avec David depuis dix ans ne me servirait à rien, estime-t-elle. Je n’en vois pas l’intérêt. »
Méthodiquement, la jeune fille écarte les fioritures qui pourraient parasiter sa concentration. Pour courir heureuse, Joan court d’abord pour elle-même, pas pour les autres ni pour la gloire. « Ce ne sont pas les gens qui me poussent à aller plus vite, confie-t-elle. Je me fiche un peu du regard des autres. D’ailleurs, je n’aime pas me montrer, ça ne sert pas à grand-chose… » « Vous n’avez pas besoin de lui dire que ce qu’elle a fait est bien, ça l’énerve plutôt qu’autre chose, précise son entraîneur. Joan est comme ça : elle préfère porter son attention sur elle plutôt qu’être regardée. Elle n’aime pas les faux-semblants, ni que les gens tirent des plans sur la comète à son sujet. » Des plans, le duo lui-même n’en établit guère, préférant prendre les événements comme ils viennent. Joan et son coach n’ont, par exemple, pas encore choisi entre 400 m et 400 m haies pour la suite. « On ne veut pas penser à une spécialisation ou entrer déjà dans des rituels mentaux. Ce n’est pas d’actualité », justifie David. Si Joan avoue n’avoir « pas encore énormément travaillé » sur les haies basses, avec 54’’78 sur le plat et 57’’34 sur les obstacles en juillet dernier, tout reste ouvert sur la route qu’elle s’est tracée. Il faudra sans doute qu’elle s’y fasse : le succès aidant, sa longue foulée attirera de plus en plus regards et attentions.

Cyril Pocréaux


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