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NUMERO 551 - MARS-AVRIL 2014

D’une piste à l’autre

Les athlètes sont de plus en plus nombreux à tenter de briller en bobsleigh. Lors des Jeux olympiques de Sotchi en février, on comptait pas moins de cinq anciens athlètes de niveau national ou international français au sein de la sélection tricolore. Trois d’entre eux nous expliquent leur parcours.

L’Américaine Lauryn Williams, championne du monde du 100 m en 2005 et championne olympique avec le relais 4x100 m à Londres, n’a peut-être pas remporté un nouveau titre aux Jeux de Sotchi. Mais elle est entrée dans l’histoire du sport moderne en devenant la troisième femme à grimper sur un podium olympique d’hiver et d’été, grâce à sa médaille d’argent glanée dans l’épreuve de bob à deux. Une histoire atypique ? Pas vraiment... Les athlètes de haut niveau sont en effet de plus en plus nombreux à tenter l’aventure du bobsleigh. Pourquoi ? Parce que les qualités de vitesse, de force et d’explosivité des sprinteurs ou des lanceurs conviennent parfaitement aux rôles de pousseur, qu’il s’agisse de bob à deux comme de bob à quatre.
L’ancien jeune prodige du lancer du disque (sept titres de champion de France jeunes) reconverti dans le rugby, Jérémy Baillard, a été contacté par le pilote Thibault Godefroy en septembre 2011, quelques mois seulement avant de participer aux Mondiaux de Lake Placid en 2012 en bob à deux. « Il connaissait déjà mon parcours et mon profil l’intéressait », explique le jeune homme de vingt-trois ans, qui n’a pas hésité à rempiler en 2013 dans le seul but de réaliser son rêve de décrocher une sélection olympique. Même histoire pour l’athlète de Saint-Nazaire, Elly Lefort, qui a été approché par le préparateur physique de l’équipe monégasque lors des France Elite, à Angers en 2009. « J’ai accepté de passer les tests pour l’aventure et parce que c’était une belle opportunité de découvrir un autre sport », raconte celui qui a, depuis, effectué quatre saisons avec la fédération monégasque avant de rejoindre le collectif France en vue des Jeux de Sotchi. « C’est grâce à eux, à tout ce que j’ai appris à leurs côtés, que j’ai pu réaliser mon rêve de participer aux JO cette année », sourit le jeune homme de vingt-cinq ans, qui a pratiqué le décathlon avant de se tourner vers les lancers (50,19 m au disque).

Le sprinteur d’Aix-les-Bains Manuel Reynaert avait, quant à lui, déjà vécu l’expérience olympique. Mais dans sa version estivale, à Pékin, avec le relais 4x100 m. Une reconversion dans le bob ? Il n’y avait jamais vraiment songé. Mais, lorsque l’on est savoyard et que l’on aime les sensations fortes, on ne résiste pas longtemps à l’idée d’aller tester l’unique piste française de bob, qui se trouve à La Plagne. « C’est après cette première expérience “loisir” que le club m’a proposé de venir passer des tests en juin 2013. » Deux jours après, le pilote Loic Costerg l’appelait pour lui proposer de rejoindre son groupe dans l’optique des Jeux de Sotchi. « Je ne m’y attendais pas du tout, mais je n’ai pas hésité une seconde », avoue l’ex-camarade d’entraînement de Christophe Lemaitre. « Le bob, c’est un peu comme la chute libre, on est partagé entre la trouille et l’envie de recommencer ! » Aucun n’a d’ailleurs oublié sa première fois, entre grosse frayeur et décharge d’adrénaline. « C’était en Allemagne. La veille on avait été faire une reconnaissance de la piste et j’avais été impressionné par la vitesse d’un skeleton. Mais je suis devenu encore plus blanc lorsque le pilote m’a avoué que cela irait encore plus vite en bob », admet Elly Lefort, qui a pourtant immédiatement adhéré. « Au début, on est fier de l’avoir fait, puis cela devient un challenge d’y retourner, de combattre cette peur et de la transformer. C’est difficile à expliquer. » « Moi, c’est ce qui m’a plu dans ce sport. Ce côté “extrême”, cette vitesse et ces sensations que l’on éprouve nulle part ailleurs », confie Jérémy Baillard. « Bien sûr, je pensais beaucoup à la chute au début. Mais au fur et à mesure, je n’y ai plus prêté attention et je me suis recentré sur les sensations et sur la performance… » Car l’objectif est bien là : trouver l’équation idéale pour descendre le plus vite possible sans fausse note.
Et finalement, même si les qualités de bases de l’athlétisme aident, elles ne suffisent pas à devenir un bon bobeur. Car il faut « apprendre à courir sur la glace », tout en poussant l’engin, à se glisser dans celui-ci le plus rapidement possible tout « en prenant le moins de place » et surtout « à travailler en équipe ». Parallèlement à l’entraînement physique et technique, « il y a aussi beaucoup de manutention et de travail sur l’engin », rappellent les trois bobeurs. Et au final, « c’est très différent de l’athlétisme », sourit Jérémy Baillard, prêt à prolonger l’expérience de quelques années « si la Fédération française des sports de glace décide de soutenir notre discipline ».

5 : Comme le nombre d’anciens athlètes membres de l’équipe de France de bobsleigh aux Jeux de Sotchi. Romain Heinrich (lanceur), Florian Ribet (sprinteur) et Elly Lefort (décathlonien et lanceur) ont terminé 17e en bob à quatre avec le pilote Loic Costerg, alors que Jérémy Baillard (lanceur) a pris la 23e avec le bob à deux de Thibault Godefroy. Manuel Reynaert (sprinteur) était sélectionné mais remplaçant.

L’avis du spécialiste : Bruno Mingeon médaillé de bronze aux JO de Nagano (1998) et entraîneur de l’équipe monégasque de bobsleigh.

Pourquoi le bob recrute-t-il autant chez les athlètes, qu’ils soient sprinteurs ou lanceurs ?
En bob, on a besoin de beaucoup de puissance, d’explosivité et de vitesse au départ pour lancer l’engin. C’est donc pour cette raison que l’on recherche en particulier des athlètes qui viennent du sprint ou des lancers, mais aussi du rugby ou du football américain. Ces sportifs ont des qualités et un poids de corps idéal, c’est-à-dire compris entre 90 et 110 kg. Car en bob, plus on pousse léger, plus c’est facile. Mais il faut aussi prendre en compte que, plus on est lourd dans la descente, mieux ce sera aussi pour le temps. Il faut donc trouver le ratio idéal pour être le plus performant possible à la poussée, en s’appuyant sur des gabarits relativement lourds et explosifs qui permettront d’être aussi au maximum du poids autorisé, une fois embarqué dans la descente. »
La double réussite de Lauryn Williams ne vous étonne donc pas ?
Non. Je pense même que cela devrait en motiver beaucoup d’autres. Car même si on ne gagne pas autant d’argent en bob qu’en athlétisme, le challenge de participer à deux olympiades différentes est une réelle source de motivation. Sans compter que l’on s’aperçoit vite que ces athlètes de très haut niveau, une fois qu’ils passent au bob, donnent aussi les meilleures poussées mondiales.
Il faut malgré tout un certain temps d’adaptation ?
Effectivement, le bob ne s’apprend pas en une saison ou en quelque descentes. Il faut passer le cap de l’appréhension de la descente, apprivoiser le côté technique. Cela nécessite au minimum deux années de pratique pour être à 100% de son potentiel.

Véronique Bury


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