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NUMERO 563 - MARS-AVRIL 2016

« Courir a été un droit qu’il a fallu acquérir »

Dans son passionnant documentaire Free to run, en salles le 13 avril, Pierre Morath raconte le combat méconnu des pionniers de la course à pied pour avoir le droit de pratiquer leur passion. Rencontre avec le réalisateur suisse. Rédacteur : Florian Gaudin-Winer

Athlé Mag : Free to run est-il un film militant ?
Pierre Morath : Le point de départ du documentaire, c’est la découverte d’une histoire totalement méconnue aujourd’hui, même par les plus anciens des coureurs. À savoir que courir a été un droit qu’il a fallu acquérir car, au début, cet acte était uniquement réservé aux mâles de dix-huit à trente ans doués pour l’athlétisme. En tant qu’historien de formation, j’ai voulu montrer que le geste sportif le plus simple pouvait être le vecteur de valeurs sociales et sociologiques, jusqu’à la récupération des idéaux qu’il véhiculait par d’autres gens. J’ai décidé de mettre en avant la possibilité d’une nouvelle forme de militantisme aujourd’hui, à travers la course à pied, si l’on revient à quelque chose de plus essentiel et naturel.

Comment expliquer que la genèse de la course hors stade ne soit pas mieux connue ?
Dans l’esprit des gens, le sport a longtemps été quelque chose de positiviste. On ne parlait que des vainqueurs et des champions et, quand un nouveau mouvement populaire est né, on a pensé que c’était juste une mode passagère. Les événements liés au sport n’ont donc pas forcément été pris en compte par les historiens, à la différence des grèves ou des manifestations par exemple.

La lutte menée par les femmes pour avoir le droit de courir en compétition sur des distances de fond et demi-fond est un des grands axes de votre documentaire…
C’est le combat le plus marquant et le plus symptomatique. C’est aussi le plus frappant au niveau des interdictions subies et des droits à acquérir. D’ailleurs, cette thématique est celle qui a entraîné les réactions les plus fortes lors des avant-premières. L’arrivée de l’Américaine Joan Benoit (NDLR : la vainqueure) dans le stade de Los Angeles, lors du premier marathon olympique féminin en 1984, est le moment qui génère le plus d’émotion dans le film.

Les images d’archives publiques et privées sont une des grandes forces de Free to run par leur diversité, leur impact et leur beauté. Comment avez-vous procédé pour les collecter ?
Ça a été un travail de longue haleine. Dans le cadre de la préparation du film, six mille heures d’archives ont été visionnées. Elles ont été collectées par deux grandes spécialistes, qui se sont aussi chargé de négocier leur achat car cela coûte très cher. L’une s’est concentrée sur les États-Unis, l’autre sur le reste du monde. Il y a eu quelques belles surprises, comme les images de la tentative d’expulsion de Kathrine Switzer du marathon de Boston en 1967 que nous avons réussi à trouver (NDLR : cette course a été interdite aux femmes jusqu’en 1972). La chance qu’on a eue, c’est que la télévision suisse a réalisé un travail très beau et professionnel dans les années 70 et 80. On a aussi pu s’appuyer sur les archives photos de Noël Tamini, le fondateur de la revue Spiridon.

Etes-vous nostalgique de l’époque des pionniers de la course hors stade ?
Je suis né en 1970 donc je n’ai pas connu cette période. Mais elle m’a toujours fasciné. Il est logique que l’esprit de départ se pervertisse un peu, à partir du moment où il y a de plus en plus de monde qui court. Je ne porte pas de jugement là-dessus. En revanche, j’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui se sont retirés du milieu de la course à pied avec le sentiment du devoir accompli. Il y a une pureté éthique dans leur approche qui me touche, que j’admire et dont j’essaye de me servir comme modèle.

PIERRE MORATH
Un cinéaste en 3’41’’15 sur 1 500 m

Avant de devenir historien, journaliste et documentariste, Pierre Morath, quarante-cinq ans, a porté près de quarante fois le maillot de l’équipe nationale suisse. Sixième des championnats d’Europe juniors sur 1 500 m, il possède un record personnel sur la distance en 3’41’’15. Il connaît bien l’athlétisme français, puisqu’il a longtemps été licencié à l’AS Aix-les-Bains et s’est entraîné pendant plusieurs saisons à Bordeaux auprès de Roger Grange. Un groupe d’entraînement au sein duquel il a notamment côtoyé Éric Dubus, Mickaël Damian et Ismaïl Sghyr. En 1996, il est en course pour un billet pour les Jeux olympiques d’Atlanta. Mais une blessure au tendon d’Achille, suivie de trois opérations, l’obligera à mettre prématurément un terme à sa carrière.

FREE TO RUN
Une ode à la course à pied originelle

C’est l’histoire d’une révolution sociale, celle de la course à pied. Le festival de Woodstock en 1969, point d’orgue de la culture hippie avec sa musique, ses luttes sociétales et pacifistes, et aussi ses substances illicites, fait partie du mythe collectif de la contre-culture américaine. Mais seuls quelques initiés, parmi les millions de personnes qui garnissent aujourd’hui les pelotons des courses du monde entier, savent que courir sur une route vous faisait passer au mieux pour un marginal, ou pire pour un fou, dans les années soixante. Donner un visage et un récit à ces premiers coureurs hors stade est le grand mérite du documentaire du Suisse Pierre Morath, joliment intitulé Free to run (Courir libre). Grâce à une somme impressionnante d’images d’archives et en s’appuyant sur les témoignages passionnants de quelques-uns des pionniers, le réalisateur raconte, par la voix du narrateur Philippe Torreton, leur lutte pour la liberté de courir partout et avec qui ils veulent. Le combat des femmes pour avoir le droit de prendre part à des courses de demi-fond et de fond, mené notamment par la charismatique Américaine Kathrine Switzer, est le passionnant fil rouge de la première partie du film.
Les Etats-Unis, à travers la naissance du marathon de New York puis la légende du demi-fondeur Steve Prefontaine, et la Suisse, avec le fondateur du mythique magazine Spiridon Noël Tamini, sont les deux épicentres du documentaire. La France est aussi à l’honneur, grâce au semi-marathon Marvejols-Mende. Les images d’archives, avec leur grain incomparable, sont magnifiques. Que ce soit pour magnifier la foulée des coureurs en pleine nature au milieu des couleurs de l’automne, ou pour montrer la population new yorkaise -rabbins, enfants, habitants du Bronx réunis…- en train d’encourager les participants aux premiers 42,195 km disputés en plein Big Apple.
Pierre Morath, ancien athlète de haut niveau (voir ci-contre), aime la course à pied et cela se sent. Presque trop, et c’est un des seuls reproches que l’on peut faire à son documentaire. L’épopée des premiers coureurs vire en effet parfois à l’hagiographie avec, d’un côté, les institutions véreuses (qui, évidemment, ne sont pas exemptes de tout reproche) et, de l’autre, les innocents pratiquants. L’évolution ambiguë de la course à pied, entre les vertus de la démocratisation et les dérives de la société de consommation, aurait aussi mérité d’être plus approfondie. Mais pas de quoi se priver de courir voir Free ton run, superbe ode à la course à pied.


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