MON ACCÈS
Trouver un club près de chez vous
Les
Vidéos
Derniers
clichés
Espaces
FFA
STRUCTURES
CLUBS
l'actu des espaces | infos

Achetez votre revue (Pdf ou papier classique) ou abonnez vous en ligne en cliquant ici
ou rendez vous dans les kiosques près de chez vous (liste des points de vente)

NUMÉRO 580 - FÉVRIER-MARS 2019

Michel Jazy : « Gilbert Bécaud s’est arrêté de chanter pour moi »

Avec neuf records du monde à son actif dans les années 1960, dont sept en individuel sur cinq distances différentes, Michel Jazy tient une place à part dans le gotha des recordmen du monde français. Le demi-fondeur nordiste, longtemps licencié au CA Montreuil, nous livre les coulisses de quelques-uns de ses exploits. Rédacteur : Etienne Nappey - Photos : PresseSports

Une émotion sans égal

« À chaque record du monde, même quand c’est le sixième ou le septième, il y a autant d’émotions, parce que cela représente tout le travail accompli jusque-là. En voyant Kevin Mayer battre celui du décathlon cet été, je comprenais parfaitement bien l’intense émotion qu’il ressentait. On travaille beaucoup pour en arriver là, et quand on réussit, ça prend les tripes. Je peux vous dire que trouver le sommeil la nuit qui suit, avec l’excitation, ce n’est pas facile ! Mais aussi bizarre que ça puisse paraître, je n’ai jamais fait la fête après avoir battu un record du monde, parce que je ne pensais qu’à une chose : bien récupérer pour m’entraîner dur dès le lendemain.

En direct à la télé

Je m’étais mis d’accord avec Raymond Marcillac (ancien athlète international et journaliste sportif à l’ORTF, NDLR) pour les retransmissions. Il m’avait dit : « Michel, le jour où tu es en forme et que tu te sens de tenter un record du monde ou d’Europe, j’aimerais que nous soyons là pour filmer cela. » Il a tenu parole : à chaque fois que j’ai battu le record du monde, la télé était présente. À l’époque, il n’y avait qu’une seule chaîne, et toutes les courses étaient diffusées en direct.
Quand j’ai battu le record du mile à Rennes (le 9 juin 1965, NDLR), la télévision passait une émission musicale avec Gilbert Bécaud. Guy Lux, qui en était l’animateur, lui dit, en plein milieu de sa chanson ‘’Et maintenant, que vais-je faire ?’’ : « Gilbert, on coupe, c’est au tour de Jazy. » Et Bécaud a répondu « Pas de problèmes, on arrête » ! Je sais très bien que ce n’est pas habituel pour les gens du monde du spectacle d’interrompre une chanson, mais à l’époque, même eux étaient d’accord pour être un peu témoins de ma tentative. Pour avoir droit à un tel privilège, il faut être capable de ne pas décevoir : à chaque fois que j’ai annoncé que je voulais battre un record du monde, j’ai tenu parole. On n’arrête pas un programme de showbiz comme ça ! Ce jour-là, il y avait 12 000 personnes au stade de Courtemanche, qui n’en contenait habituellement que 8000. Et la piste en cendrée n’existait pas encore deux jours avant la tentative, ils n’ont commencé à la travailler que la veille de la course…

Le feu d’artifice final

J’ai battu neuf records du monde, seize d’Europe, mais je ne sais plus toutes les dates. En revanche, je me rappelle particulièrement du dernier. C’était à Saint-Maur, sur 2000 m, pour mes adieux à la piste. C’était une merveilleuse soirée, où de nombreux champions de l’équipe de France étaient présents, et certains avaient pris part à une épreuve qui n’était pas la leur. Claude Piquemal, Roger Bambuck et Jocelyn Delecour s’étaient notamment affrontés sur 400 m.
C’était un grand moment parce que c’était mon jubilé, et on m’avait fait la surprise de mettre en place un duplex en direct avec Ron Clarke, mon grand rival, qui était en Australie. Il était six heures du matin chez lui quand j’ai couru, et ils l’ont tiré du lit. Plein de personnalités du monde du spectacle et d’autres sports sont également venues ce jour-là. J’avais la larme à l’œil, parce qu’on ne quitte pas comme ça ce milieu, qui m’a donné tant de joies et quelques déceptions.
Je n’avais absolument pas en tête de battre un record au départ. C’était une idée mise en route par Jean Wadoux et Jean-Luc Salomon, qui ont décidé de partir sur un rythme effréné pour que je fasse mes adieux sur une grande performance. En voyant le chrono aux 1500 m, j’ai vu que c’était pas mal et je me suis lancé comme j’ai pu. Les 250 derniers mètres ont été très rapides.

Il a grillé la politesse à Clarke

Ce n’est pas forcément moi qui décidais des lieux où je courais contre le chrono. Le record du 2 miles à Melun (le 23 juin 1965, NDLR), c’est d’ailleurs Ron Clarke qui avait choisi l’endroit. La course avait été montée pour lui, et il avait accepté ma présence, tout en sachant qu’il y avait une chance que je le batte. Mais c’était un gentleman et j’étais très copain avec lui. J’étais en pleine bourre, et je n’ai pas attendu le sprint, je suis parti à deux tours de l’arrivée pour le lâcher.

Le mile, nec plus ultra du demi-fondeur

Le mile est le plus prestigieux des records que j’ai battus, parce que c’est celui qui m’a fait connaître aux Etats-Unis. On a beau être recordman du monde sur n’importe quelle distance métrique, si on ne bat pas un record « anglo-saxon », les Américains vous ignorent. Leur regard a complètement changé après que j’ai battu celui du mile à Rennes. En plus, j’ai succédé à des gens d’exceptions : Herb Elliott, Peter Snell, ce sont quand même deux coureurs extraordinaires. Mettre mon nom à la suite du leur, c’était pour moi énorme.

Le roi de la cendrée

Je sais à peu près qui a battu tous mes records du monde. À chaque fois que l’un d’eux est tombé, je n’ai pas connu la moindre déception. Je savais très bien qu’ils allaient passer de vie à trépas à un moment donné, c’est ce qui fait la beauté de notre sport. Cela dit, si j’avais pu courir sur des pistes synthétiques, j’aurais sans doute obtenu de meilleurs chronomètres. Ma foulée, longue et puissante, aurait été très adaptée à ce genre de pistes. Sur le mile, par exemple, j’aurais fait au moins quatre secondes de mieux, minimum !

Les lièvres, une histoire d’amitié

Je donnais d’abord le tempo à la course, lors du premier tour, puis les lièvres me relayaient, avant que je finisse le travail. Je choisissais toujours des amis pour m’épauler dans ma tâche. La seule fois où j’ai eu du mal à trouver des garçons pour m’aider, c’est lors du record du mile à Rennes. Ils voulaient tous venir pour courir, mais seulement pour battre leur record personnel. Personne ne voulait mener. À un moment donné, Michel Bernard (ancien rival de Jazy sur 1500 m au début de sa carrière, NDLR) a entendu la discussion que j’avais avec les autres, et est venu me voir : « T’emmerde pas, c’est moi qui vais t’emmener des 800 m aux 1200 m. »

Regrets olympiques

Depuis ma retraite, on me parle davantage, et de loin, de mon échec aux Jeux de Tokyo (en 1964) que de mes records du monde. Moi-même, je dois dire que jamais ces records du monde n’ont pu me faire oublier ma quatrième place au Japon sur 5000 m. J’en aurais volontiers échangé cinq contre une médaille d’or olympique, qui est le bâton de maréchal d’un athlète. »

Retrouvez la suite de ce grand entretien dans le nouveau numéro d’Athlétisme Magazine, disponible en kiosques et en commande à l’unité.


Accueil n° 580
Les autres revues

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS