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NUMÉRO 582 - JUIN-JUILLET 2019

Cette relève qui fait le choix du haut niveau

Des podiums internationaux cadets aux championnats seniors, la route est longue et sinueuse. Pour satisfaire aux exigences du haut niveau, il faut souvent faire des choix. En donnant par exemple priorité à l’athlétisme, sans délaisser pour autant son parcours scolaire et sa vie personnelle. Athlétisme Magazine fait le point sur les dispositifs et la philosophie fédérale pour accompagner la relève.

« En équipe de France, on ne les considère plus comme des enfants mais comme des grands. » Finis l’ambiance colonie de vacances, les courses dans les couloirs et les chuchotements dans les chambres. En espoirs, l’athlétisme, c’est du sérieux, comme le rappelle Pierre-Charles Peuf, référent des moins de 23 ans au sein de la direction technique nationale. Le basculement des athlètes vers la haute performance, avec les choix afférents, a, cependant, souvent lieu un peu plus tôt, dès les juniors. C’est d’ailleurs dans cette catégorie que Mélina Robert-Michon s’est révélée à l’international, en devenant vice-championne du monde en 1998 à Annecy. « Avant, je n’étais pas du tout dans l’optique de faire du haut niveau, confiait l’an dernier à Athlétisme Magazine la lanceuse de disque. Je faisais de l’athlétisme et je m’éclatais. Ma médaille m’a ouvert les yeux sur mes capacités. Après avoir goûté à ça, je voulais le revivre. »
Son bac Sciences et technologies tertiaires en poche, elle décide de quitter Bourgoin pour entrer à l’université à Lyon, la ville où sa carrière prendra véritablement son envol sous la houlette de ses entraîneurs Serge Debié et Jérôme Simian. Le choix des études supérieures est souvent une étape décisive dans cette « catégorie charnière » qu’est celle des juniors, selon l’expression du référent national des moins de 20 ans, Pierre Friteyre. « Historiquement, dans notre sport, les gamins restent la plupart du temps dans leur club pour s’entraîner jusqu’au lycée, puis partent ensuite éventuellement en pôle après le bac, à la différence du judo ou de la natation où ils peuvent rejoindre un centre à 500 km de chez eux dès les études secondaires », compare le cadre technique.
Fabrisio Saidy, lui, a fait encore plus fort, avec plus de 9000 kilomètres au compteur lors de son déménagement. Soit la distance entre la France et l’île de La Réunion. La révélation de l’hiver sur 400 m, avec une finale lors des Europe de Glasgow, a rejoint l’Insep en septembre dernier. Un départ que le sprinter de la Dominicaine Athlétisme, espoir première année, avait prévu de longue date. « Ça n’a pas été un choc, parce que je m’étais préparé depuis longtemps, expliquait-il dans le précédent numéro de la revue fédérale. Dans ma tête, il était clair que si je voulais partir, il fallait que je sois prêt pour ce que j’allais trouver. J’avais besoin d’un groupe de haut niveau. Je savais que j’allais trouver ça à Paris. »

Une commission pour la bonne orientation

Si certains choisissent leur lieu de formation en tenant compte du contexte athlétique, voire privilégient le terrain sportif à l’image du Réunionnais, d’autres doivent composer avec des conditions d’entraînement compliquées - stade éloigné, absence de coach spécialisé, horaires de cours à rallonge, pas d’équipe médicale identifiée - sans forcément l’avoir anticipé. Pour remédier à cela, la direction technique nationale a mis en place une commission nationale d’orientation. « L’objectif est de savoir ce que veulent faire nos athlètes qui figurent sur les listes de haut niveau après le lycée, détaille Pierre Friteyre. La commission leur fait ensuite deux ou trois recommandations qui peuvent leur convenir. On essaye de trouver des solutions. » Le stage national organisé chaque année lors des vacances de la Toussaint permet aussi de prêcher la bonne parole, en rappelant les exigences liées à la haute performance. « L’idée n’est pas d’orienter systématiquement les athlètes vers un pôle, rappelle le référent national. Certains clubs les accompagnent très bien. »
Difficile, la plupart du temps, de mener de pair études brillantes et sport de haut niveau sans aménagement d’horaires. Les écoles permettant de concilier les deux, à l’image de l’INSA Lyon pour les futurs ingénieurs, par laquelle est notamment passée la sextuple championne de France de cross court Claire Perraux, sont une denrée rare.  Reste quelques remarquables exceptions, comme le marcheur Gabriel Bordier, sélectionné sur 20 km lors des championnats d’Europe de Berlin et actuellement en cinquième année de médecine. Pendant les quatre premières, le Mayennais ne bénéficiait d’aucun aménagement. Comment faisait-il pour s’entraîner intensément à côté ? « C’était une question d’organisation, évacue l’élève de Gérard Lelièvre et Gilbert Belin. La période des partiels en janvier était toujours un peu compliquée, avec en plus le froid et la nuit qui tombait tôt. »
Depuis la rentrée de septembre 2018, le rythme est un peu moins intense avec une cinquième année étalée sur deux ans. « Ça s’est fait tout seul, c’était logique et ça arrivait pile au bon moment avec de grosses échéances chez les seniors à venir, explique le médaillé de bronze européen chez les espoirs en 2017. Ça me libère un peu l’esprit et, en même temps, je ne me voyais pas faire de coupure complète avec la médecine. J’ai besoin de quelque chose à côté du sport pour m’aérer la tête. »
Gabriel Bordier ne faisait pas partie des cracks de sa discipline lorsqu’il était cadet. L’illustration que cette catégorie fait rarement office de juge de paix pour la suite. « Je ne dirais pas que ça se joue là à 100 %, confirme Patrick Gellens, référent national des moins de 18 ans. Il y a pas mal d’athlètes qui étaient talentueux dans cette catégorie et qu’on n’a jamais revus après, même s’il y aussi des contre-exemples. Les deux principaux risques, à cet âge, sont le surentraînement et le fait de réaliser une performance exceptionnelle sans réussir à l’assumer ensuite. Souvent, ce sont ceux qui sont un peu moins prometteurs qui ont tendance à percer derrière. Ils ont touché à l’équipe de France, ce qui les pousse à s’entraîner plus ensuite pour faire partie des meilleurs. » Le cadre technique prend en exemple Ninon Guillon-Romarin, qui avait participé dans un relatif anonymat aux championnats du monde cadets à Villeneuve-d’Ascq en 2011. Touchée à la cheville pendant le stage préparatoire, elle avait été éliminée en qualifications de la perche. Mais « on pouvait voir une hargne et une motivation très importantes » chez elle, se souvient le référent.
C’est finalement en 2017, l’année de ses 22 ans, que la recordwoman de France (4,75 m) s’est véritablement orientée vers le haut niveau, en mettant entre parenthèses ses études pour devenir professeure des écoles, afin de se consacrer pleinement à l’athlétisme. Résultat : une première participation à un grand championnat, à l’occasion des Mondiaux de Londres, et une ascension qui ne s’est, depuis, plus interrompue. Un parcours qui colle bien aux mots de Pierre-Charles Peuf : « Espoirs, ce n’est plus une catégorie de jeunes, même si c’est encore un cadre favorisant. Les athlètes ne doivent plus raisonner comme avant. Ils doivent avoir l’ambition d’un senior et aller chercher l’équipe de France A. À cet âge, ce sont le travail et les bonnes décisions qui font la différence. On n’a plus de profils d’athlètes juste doués ou possédant une génétique incroyable. C’est la période où tout se joue, le révélateur, un très bon baromètre. »

Douze aspirants professionnels soutenus financièrement

Pour accompagner ses éléments les plus prometteurs et motivés, la FFA a lancé en 2018 le dispositif Athlé 2024, dans le cadre du projet de performance fédéral. Sur les plus de 108 candidatures reçues, quarante athlètes, âgés de 17 à 20 ans et inscrits sur les listes de haut niveau, ont ensuite passé un grand oral devant un jury pour montrer leur motivation et présenter leur double projet, articulé autour de l’athlétisme et de leurs ambitions professionnelles. Douze d’entre eux ont été retenus, en tant qu’aspirants professionnels, et sont accompagnés financièrement pendant au moins un an par la FFA, dans le cadre d’un partenariat avec la Fondation pour le pacte de performance.
De manière plus ponctuelle, la direction technique nationale peut, au coup par coup, aider des athlètes à fort potentiel en prenant en charge leur déplacement pour participer à des compétitions à l’étranger. « Et quand on reçoit des invitations d’autres fédérations nationales, on envoie des jeunes en priorité, complète Pierre-Charles Peuf. Ça peut aussi bien les rassurer que leur faire prendre dans la poire ce qu’est le standing international. C’est intéressant dans les deux sens. Ils peuvent envisager que s’ils progressent, ce sera un jour ça, leur quotidien. » Mais avant la Diamond League et ses paillettes, il faudra faire des choix.

Florian Gaudin-Winer

Retrouvez dans le nouveau numéro d’Athlétisme Magazine les témoignages de la nouvelle génération, avec Solène Ndama, Alice Moindrot, Wilfried Happio, Eloïse Terrec, Jonathan Seremes, Mathilde Sénéchal, Hugo Tavernier, Sacha Alessandrini, Matthias Orban, Yanis David et Just Kwaou-Mathey.


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