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Kevin Mayer, face à lui-même

Champion du monde, recordman du monde et intouchable depuis la retraite d’Ashton Eaton, Kevin Mayer a pleinement conscience de la position qui est la sienne, et des attentes qu’elle suscite. Mais il l’assure : la plus grande pression vient de lui-même. Ce qui ne l’empêche pas d’espérer trouver un rival à sa hauteur dans l’enceinte du Khalifa Stadium.

Kevin Mayer n’est pas du genre à se cacher derrière les faux-semblants. « Quand tu as le record du monde, tout le monde te voit à coup sûr sur la plus haute marche du podium. Plus tu fais des résultats, plus tu as la pression la fois d’après, plus il faut savoir la gérer », énonce le champion du monde en titre du décathlon. Conscient de son statut de leader, Mayer sait que toute la pression pèsera sur ses épaules pendant toute la durée du décathlon de Doha. Les attentes extérieures ne pèsent pourtant pas lourd, à l’écouter. « Tout le monde s’attend à des choses, mais personne ne me mettra autant de pression que je m’en mets à moi-même. Je n’écoute donc pas trop ce que disent les autres, mes demandes envers moi-même sont déjà assez grandes. »
Champion du monde en salle et en plein air, recordman du monde et médaillé olympique, Mayer est conscient de la marge dont il dispose sur la concurrence. Il y a deux ans, il avait totalisé 204 points de plus que l’Allemand Rico Freimuth. Cette fois, il aimerait bien que ses adversaires viennent le titiller un peu plus, comme l’avait fait Damian Warner lorsque Mayer avait remporté les Mondiaux en salle à Birmingham en mars 2018.
Le Canadien est d’ailleurs son rival le plus dangereux, de l’aveu même du Français de 27 ans. « J’aimerais bien qu’il soit au niveau de ce qu’il a déjà fait cette année, cela donnerait un beau combat. Pour l’instant, je pense que c’est le seul qui peut approcher les 9000 points dans l’immédiat, sauf grosse surprise. Mais quand je parle d’adversité, je ne parle pas que de Damian, j’espère que tout le monde sera à son top pour qu’on se dépasse et qu’on donne un beau spectacle. » Au matin du deuxième jour, Warner a exaucé le vœu du tenant du titre, puisqu’il mène les débats avec 4513 points, soit trente de plus que Mayer. Mais la deuxième journée est clairement à l’avantage du Montpelliérain.
Plus encore que le seul Warner, le principal adversaire de Mayer pourrait être lui-même, comme aux championnats d’Europe de Berlin l’an passé, où il avait laissé filer un titre qui lui tendait les bras en mordant ses trois essais à la longueur. « C’est évidemment une expérience qui reste gravée dans ma mémoire, il ne faut surtout pas l’oublier. J’aime bien qu’il se passe des choses comme ça aussi dans une carrière. À choisir, je ne dis pas que je referais pareil, mais le fait d’avoir des bas permet de profiter encore plus des hauts. » Une allusion à peine voilée à son record du monde, établi un mois après Berlin. Se sent-il capable de l’améliorer encore, dans la fournaise climatisée du Khalifa stadium ? « J’ai énormément progressé, en sprint et dans les autres épreuves. Je pense être encore un cran au-dessus. Année après année, les douleurs se font de plus en plus rares, ce qui me permet d’approfondir ma technique dans tous les domaines, et de grappiller des centimètres, des mètres, des dixièmes de secondes. Mais attention, des Mondiaux réussis, c’est la Marseillaise au bout. Avant de viser un gros total ou un nouveau record, il faut d’abord garder mon titre », balaie l’élève de Bertrand Valcin.

Réglé comme jamais

Mayer se rappelle également que la route de la conquête en 2017 ne fut pas de tout repos, notamment à la perche. « Ça reste du décathlon, il peut tout arriver, et c’est ce qui fait le charme de notre discipline. Je ne connais pas un décathlonien dans le monde qui n’a pas failli faire zéro lors d’un seul déca au cours de sa carrière. Sur dix épreuves, il y en a toujours une qui cloche un peu, et c’est là qu’on voit le mental. Il faut aussi être toujours plus serein techniquement pour se mettre à l’abri. » Même s’il n’a plus fait de décathlon complet depuis son record du monde, le tenant du titre ne craint pas de manquer de rythme. « J’ai l’habitude de ne faire qu’un décathlon par an. Je suis très bien réglé dans chacune des épreuves, et j’ai eu plus de temps que d’habitude pour me préparer, puisque les Mondiaux sont en octobre. J’aborde cette compétition avec beaucoup d’ambition et de concentration pour faire un beau décathlon, c’est-à-dire afficher de la maitrise et montrer que les zéros sont loin. »
Plus que l’enchaînement des dix travaux, c’est le maillot de l’équipe de France qui lui a « énormément manqué. Des Jeux de Rio jusqu’aux Mondiaux en salle de Birmingham, j’ai enchaîné quatre grands championnats. Depuis deux ans, je n’ai pas eu l’occasion de le porter, puisque je considère qu’à Berlin, ça ne compte pas. » Et quitte à porter le bleu-blanc-rouge sur ses épaules, autant hisser le drapeau au plus haut du mât central au moment du podium.

A Doha, Etienne Nappey pour athle.fr

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