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NUMÉRO 584 - OCTOBRE-NOVEMBRE 2019

Benjamin Compaoré, retour d’enfer

Proche de l’amputation il y a un an, Benjamin Compaoré est monté pour la première fois sur la plus haute marche du podium des championnats de France Elite à Saint-Etienne, en juillet, avant de décrocher sa qualification pour les Mondiaux lors du meeting de Paris, fin août. En lice dès vendredi, il a entamé en parallèle de sa pratique une carrière d’entraîneur à l’Insep. Un bel exemple de résilience.

« Ma dernière intervention chirurgicale a eu lieu le 13 septembre 2018. » Chacun se rappelle de la date de naissance de ses proches. Benjamin Compaoré a, lui, retenu les jours où il est passé sur le billard. Qui ont été nombreux, tant le triple saut lui a permis de glaner des médailles mais a aussi usé son corps d’athlète. La dernière fois, c’était donc il y a près d’un an. Et ça a été la plus grave.
En août 2018, l’athlète du CA Montreuil 93 subit une ligamentoplastie, qui vise à suturer le tendon de sa cheville gauche, celle de la jambe d’appel de son cloche-pied, et à ajouter un renfort. C’est que, depuis deux ans, il doit composer avec une douleur intense au niveau de l’articulation, qui l’empêche de s’exprimer en compétition. « J’étais très fort physiquement, presque au meilleur niveau de ma carrière sur élan réduit, en vitesse et en musculation, assure-t-il. Mais quand je passais sur élan complet, j’avais peur parce que je savais que ça allait faire mal. Entre marcher et faire un cloche-pied où tu te prends dix-huit fois le poids de ton corps… »
Quelques jours après l’opération, son entraîneur Jean-Hervé Stievenart, qui est aussi son voisin au Perreux-sur-Marne, le croise dans la rue. « Il a une sale mine, raconte ce dernier. Il reste chez lui, sa compagne lui dit de faire quelque chose. Il finit par partir aux urgences. Deux staphylocoques dorés sont détectés. » Benjamin Compaoré échappe de peu à l’amputation. Beaucoup auraient raccroché les pointes dans la foulée. Lui reprend le chemin de l’entraînement en tentant de faire sauter les barrières psychologiques qui le freinent avec l’aide d’un préparateur mental, le bien-nommé Sauveur Lombardo. « Le but était d’enlever cette peur, d’accepter la douleur même si ça n’était pas évident, confie-t-il. J’avais l’impression d’être un vieil animal blessé qui ne lâchait pas l’affaire. » Et qui a fini par être récompensé, avec un premier titre de champion de France Élite en plein air décroché à Saint-Etienne en juillet avec 16,94 m, puis le niveau de performance requis pour les Mondiaux de Doha lors du meeting de Paris fin août, grâce à un triple bond à 17,05 m.
Benjamin Compaoré ne s’est pas beaucoup entraîné dans la foulée de sa victoire dans le Forez. Mais il ne s’est pas beaucoup reposé non plus. Pendant dix jours, il est resté à la maison avec ses trois filles, âgées de huit mois, deux et six ans. « Je suis beaucoup investi auprès d’elles, confie le natif de Bar-le-Duc. La nounou était en vacances, ma compagne travaillait.  J’allais parfois à l’entraînement avec les trois. Quand tu les as du matin au soir, c’est du sport. » Le père de famille se laisse encore au moins une année pour briller sur les sautoirs. « Après Doha, il me restera les Mondiaux en salle, les Jeux olympiques et les championnats d’Europe en France. En 2020, j’aurai 33 ans. Si j’arrive à être finaliste, à prendre des médailles, l’idéal serait de m’arrêter à Paris. Ça serait une belle sortie pour un mec qui a eu plein de galères », sourit-il.

Transition en douceur avec « Stieve »

La sortie de piste n’est, quoi qu’il arrive, pas pour tout de suite. Car dès son retour du Qatar, le quatrième meilleur performeur français de tous les temps (17,48 m) va enfiler officiellement une deuxième casquette à l’Insep, celle de coach. Déjà entraîneur du Franco-Marocain Adil Gandou (record à 16,63 m), il s’occupera de quatre ou cinq athlètes cette saison. Le début d’une transition en douceur avec son mentor, Jean-Hervé Stievenart, dont il est très proche. « Stieve sera à la retraite l’été prochain et veut que je prenne sa suite sur le plan de la philosophie de l’entraînement, explique Benjamin Compaoré. J’aurai mon groupe mais il aura toujours un œil sur ce que je fais. On a toujours travaillé main dans la main. » Une suite logique pour celui qui, il y a de cela dix ans, avait déjà dépanné pendant plusieurs semaines son coach, alors malade. Et qui est entraîneur diplômé depuis juin dernier.
C’est avec un certain soulagement que « Stieve », un technicien reconnu en France et dans le monde entier, voit son élève s’apprêter à prendre sa suite. « Quand tu as passé ta vie à te consacrer au triple saut, tu n’as pas envie que tout ce que tu as appris et fait s’envole. J’ai la prétention de dire que Benjamin excellera dans ce rôle d’entraîneur. Mais, prévient le coach, il faudra qu’il mette sa patte personnelle car c’est comme ça qu’une discipline évolue. » Un avertissement ou, plutôt, une très belle marque de confiance.

Florian Gaudin-Winer


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