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NUMÉRO 585 - DÉCEMBRE-JANVIER 2020

Pascal Martinot-Lagarde, régulateur de puissance

Troisième du 110 m haies, le hurdler de l’ES Montgeron a remporté sa deuxième médaille internationale consécutive en plein air, après avoir longtemps été catalogué comme un spécialiste des championnats en indoor. Avec en tête un mantra emprunté à une publicité pour un fabriquant italien de pneus : « Sans maîtrise, la puissance n’est rien. »

« Après le café, je suis ‘’en feu’’. Je sors en ayant presque les jambes qui tremblent. » S’il fallait relancer la consommation de la troisième boisson chaude la plus bue au monde, Pascal Martinot-Lagarde ferait un excellent ambassadeur. Mais plus que la caféine, c’est sa discussion avec Benjamin Crouzet, son entraîneur, qui fait office d’excitant ce mercredi 2 octobre à Doha, à quelques heures des demi-finales du 110 m haies. Le hurdler de l’ES Montgeron vient de passer les derniers jours enfermé dans sa chambre climatisée, dont il ne s’est éclipsé que pour rejoindre le restaurant de son hôtel et, tout de même, disputer deux jours plus tôt sa série, remportée en 13’’45. Une course « pas terrible » qui a laissé une impression mitigée à l’athlète, « pas réveillé », et au coach rémois, qui ne l’a pas trouvé « habité par la foi ».
PML a besoin de se secouer, de prendre l’air, de respirer. Au Qatar, cela signifie rejoindre avec son mentor une célèbre enseigne de café située à deux cents mètres de leur hébergement, dont les « baristas » écrivent votre prénom au feutre sur un gobelet. Attablé, le duo discute pendant une demi-heure de la soirée à venir. « Je lui tiens un discours motivationnel, rembobine Benjamin Crouzet. Je trouve Pascal trop calme. Alors, je lui dis : “ Tu peux être à la fois lucide et froid dans ta manière d’aborder les courses. Mais il faut aussi que tu laisses le gosse qui est en toi parler. “ Une éventuelle déception est également évoquée : “ L’an dernier à Berlin, lors de ton tour d’honneur, tu t’es éclaté. Si tu n’y arrives pas aujourd’hui, tu ne seras pas mort. Tu feras la gueule cinq, six jours, comme moi, puis tu repartiras. “ Pour tuer l’échec, il faut le démythifier voire l’envisager. »
Le champion d’Europe en titre aura finalement droit à un nouveau bonheur, en montant quelques heures plus tard sur la troisième marche du podium en 13’’18 (13’’12 en demi-finales, sa meilleure performance de l’année). Une médaille de bronze décrochée après une fin de course folle, remportée par l’Américain Grant Holloway (13’’10) devant le Russe sous pavillon neutre Sergey Shubenkov (13’’15), pendant que le Jamaïcain Omar McLeod chutait lourdement sur le dernier obstacle et entraînait dans ses déboires l’Espagnol Orlando Ortega (4e en 13’’30 et finalement reclassé 3e). Le Français, malgré une faute sur le deuxième obstacle, aura su garder sa concentration et éviter le chamboule-tout des vingt derniers mètres. Une maîtrise dont il avait déjà fait preuve lors de sa victoire européenne à Berlin en 2018 devant Shubenkov, après avoir jusque-là souvent fauté lors des grands rendez-vous en plein air.

Trop près des haies

Car pendant longtemps, l’athlète aux cheveux longs a vu les médailles internationales à ciel ouvert lui échapper de peu, tout en accumulant les récompenses en indoor. Un paradoxe qui, selon Benjamin Crouzet, s’expliquerait par le nombre d’obstacles à avaler : « En salle, sur cinq haies, tu n’as pas le temps de faire de fautes, sauf si tu es mal réglé sur la première. Alors qu’en plein air, tu commences à te rapprocher des obstacles dangereusement à partir de la sixième ou de la septième haie. »
Avec, en point d’orgue malheureux, la finale des Jeux olympiques de Rio en 2016, lors de laquelle il termina au pied de la boîte alors qu’il était encore à la lutte pour l’or jusqu’à une grossière erreur sur… le septième obstacle. « Avant cette course, j’étais avec Laurence Bily sur le terrain d’échauffement et on lui disait de se calmer, se remémore Benjamin Crouzet. Lors des championnats, il avait tendance à vouloir en faire plus que d’habitude, à essayer de mettre plus d’énergie sans améliorer son niveau de vigilance. C’était devenu un handicap. » Une analyse que corrobore le principal intéressé : « Quand je partais à l’erreur, ce n’était pas une question de technique mais de gestion de l’adrénaline. À Rio, j’avais un trop plein d’envie et je me suis rapproché de plus en plus des haies. Avant, c’était Pascal le bourrin (sic). Maintenant, c’est Pascal le bourrin dans la maîtrise. »
S’il a travaillé pendant un an avec Meriem Salmi, une psychologue qui accompagne de nombreux sportifs de haut niveau, PML ne s’est jamais senti inhibé par le stress. Au contraire, il a toujours eu le sentiment que les grands événements le sublimaient. « Le côté mort de faim est très personnel à chaque athlète, relève-t-il. Moi, plus la course est relevée et la pression est grande, plus j’arrive à me transcender. » C’est dans la gestion de ses émotions et de ses objectifs qu’il a passé un cap depuis deux ans. « Il a pris en maturité, estime Benjamin Crouzet, qui a lui aussi échangé pendant deux ans avec la psy pour « mieux cerner le fonctionnement » de son protégé. Il est plus calme, plus précis, plus à l’écoute de son corps et de ses sensations. Il a appris à maîtriser sa propre frustration. Lors de nos deux premières années de collaboration, il était focalisé sur le chrono. Il considérait que pour remporter un succès, il fallait descendre sous les 13’’. Il a évolué petit à petit. »

Prise de conscience

Le déclic a peut-être eu lieu lors des championnats de France Élite à Albi, en juillet 2018. De retour de blessure, le hurdler s’était imposé en 13’’33 avec un vent favorable de + 2,4m/s. « Des conditions toujours compliquées à gérer pour lui, mais il était déçu du chrono, raconte le coach. Je lui ai dit qu’il avait fait du super travail. Et là, il a compris. » Une nouvelle capacité à relativiser qui lui a été très utile en 2019, lorsqu’une déchirure à l’adducteur puis un début de mononucléose l’ont empêché de s’exprimer pleinement en compétition pendant toute la première partie de la saison. « Il a traversé avec beaucoup de sérénité cette année, malgré tous ces pépins, se félicite l’entraîneur. Alors qu’avant, quand il devait annuler une Diamond League, c’était le feu dans sa tête. »
Le travail à l’entraînement a aussi payé. Avec une recherche de régularité poussée à son paroxysme lors des “spécifiques haies“. « Pascal a un style particulier, il y aura toujours du déchet, reconnaît Benjamin Crouzet. Mais bucheronner (sic), ça n’a pas d’intérêt. Lors de ces séances-là, il n’a pas le droit de faire de fautes. Je ne le lâche pas. Il faut que toutes les haies soient debout à la fin. Sinon, je l’engueule. »
Une volonté d’épurer qui n’empêche pas Pascal Martinot-Lagarde de garder le feu sacré lors des grands rendez-vous. Dont il donne sa définition maison : « Des finales mondiales ou olympiques, on en vit six ou sept dans une carrière pour les meilleurs athlètes. Sur la ligne de départ, j’ai l’impression que mon cœur va exploser. Ce n’est pas mauvais. C’est même ce que je recherche, cet état de transe. Je ne pourrais pas courir en abordant une course à la légère. J’ai envie de tout défoncer. » Avec, tout de même, un peu plus de douceur et de contrôle qu’avant.

Florian Gaudin-Winer


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