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NUMÉRO 588 - AOÛT-SEPTEMBRE 2020

Centenaire de la FFA 2/6 : Michel Jazy raconté par Philippe Delerm

A l’occasion des cent ans de la FFA, Athlétisme Magazine consacre un grand dossier aux cent athlètes ayant marqué l’histoire de l’athlétisme français. Gros plan sur six d’entre eux, à travers le regard de proches, adversaires ou amis les ayant côtoyés de près. Deuxième volet avec le demi-fondeur Michel Jazy vu par l’écrivain Philippe Delerm, auteur notamment de La Première Gorgée de bière, et autres souvenirs minuscules.

« Mon premier souvenir de Michel Jazy, c’est la retransmission télévisée des Jeux olympiques de Rome, en 1960. J’avais 10 ans et j’ai vibré devant le 1500 m, une course devenue assez mythique. L’Australien Eliott bat le record du monde en 3’35’’6, en partie grâce au train d’enfer imprimé par le Français Michel Bernard pendant 1000 m, qui termine finalement septième.
Il n’y avait pas encore la télévision chez mes parents. Mon père était directeur d’une école primaire à Louveciennes, en banlieue parisienne. C’était une ville tout à fait chic, et il se trouve qu’un des parents d’élève était Pierre Lazareff, le directeur de France Soir. Il avait offert un poste de télévision à l’école, qui était dans une salle de classe. C’est comme ça que j’ai pu voir Michel Jazy monter sur la deuxième marche du podium, ce qui a fait naître de grands espoirs.
Jazy est vite devenu une vedette médiatique, d’une manière difficile à imaginer aujourd’hui. Quand on courait sur un trottoir, ce qui ne se faisait pas beaucoup à l’époque, on avait toujours le droit au : “Vas-y Jazy ”, comme les cyclistes pouvaient entendre : “Allez Poupou !” Jazy était très populaire, il a fait la une de Paris Match. Il parlait aux gens du peuple. Mais, en même temps, il avait une image presque aristocratique, en raison de l’opposition un peu artificielle qu’on avait bâtie entre lui et Michel Bernard. Bernard était censé être le gars pur et dur, qui venait de la mine et avait un physique un peu austère. Jazy, lui, était un joli garçon, assez coquet, avec une foulée belle et ample. Il avait été embauché à mi-temps par L’Équipe, et pouvait s’entraîner le reste du temps, ce qui pouvait alors apparaître comme un statut privilégié. C’était d’ailleurs une image un peu contre-nature, car Jazy avait grandi à Oignies, élevé par une femme seule, et était devenu un titi parisien.
Quatre ans après Rome, aux Jeux de Tokyo, Michel Jazy choisit de disputer le 5 000 m. J’ai entendu le récit de la course sur un poste à transistor. On pensait tous que, tout à coup, quelqu’un qu’on aimait bien allait enfin gagner. Et il finit quatrième. Psychologiquement, je pense que c’est un moment important de l’histoire de France. À l’époque, on n’avait pas tant de vainqueurs que cela à se mettre sous la dent. La popularité allait de préférence au vaincu magnifique, un peu par obligation. On aimait bien partager la mélancolie de quelqu’un qui avait été tout près de gagner et on trouvait du charme à la tristesse. En fait, toute la France était triste. J’y vois presque un sens politique : c’était une époque où l’on n’aimait pas forcément que les vainqueurs, on était loin des années Tapie.
Ensuite, l’année 1965 a été miraculeuse pour Michel Jazy. Il était dans la forme de sa vie et il a fait plein de tentatives contre des records d’Europe et du monde, souvent avec succès. On avait tous les détails de ses temps de passage. Je connaissais tout par cœur. Mais pour moi, encore aujourd’hui, ce sont plus que des chiffres. Ils font partie de ma vie. Il n’a tout de même pas connu l’avènement et la réussite absolus, il y a toujours eu quelque chose de pas complètement abouti, qui allait bien avec l’affection que les gens lui portaient.
Grâce au succès de mon livre La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, j’ai participé un dimanche après-midi à une émission de France Inter et j’ai pu échanger au téléphone avec Michel Jazy. Ça m’a beaucoup touché. Il avait des soucis de santé à cette période et m’a raconté qu’on lui avait offert deux fois, quand il était à l’hôpital, la Première gorgée de bière. Par rapport à l’enfant et l’adolescent que j’avais été, la façon dont je l’avais aimé, ça m’a paru être un truc de cinglé. » 

Propos recueillis par Florian Gaudin-Winer

Michel Jazy
Né le 13 juin 1936
59 sélections en équipe de France A
Recordman du monde du mile (3’53’’6), du 2000 m (5’01’’6 puis 4’56’’2 ), du 2 miles (8’29’’6 puis 8’22’’6), du 3000 m (7’49’’2 puis 7’49’’00). 3’36’’3 sur 1500 m et 13’27’’6 sur 5000 m
Six records d’Europe et trente-deux records de France
Vice-champion olympique du 1500 m (1960 à Rome)
Champion d’Europe du 1500 m (1962 à Belgrade) et du 5000 m (1966 à Budapest)


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