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Un voyage, et ça repart

Vol affrété, encadrement réduit et longue attente. L’équipe de France, comme l’ensemble des délégations, a dû faire preuve d’adaptation pour rejoindre Torun. Mais la compétition, qui débute ce jeudi soir, va permettre aux athlètes de retrouver des repères familiers. Avec la volonté de se dépasser en endossant à nouveau le maillot bleu.

Non, Français et Belges, même s’ils sont Wallons pour ces derniers, ne porteront pas le même maillot sur la piste de Torun. Les deux délégations, celle de nos voisins d’outre-Quiévrain étant d’ailleurs la plus conséquente avec trente-deux athlètes, se sont pourtant retrouvées mardi en fin de matinée à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle pour voyager ensemble jusqu’en Pologne, en compagnie de deux perchistes espagnols. La Fédération Française d’Athlétisme avait en effet affrétée un avion à destination de Bydgoszcz, une ville célèbre pour son orthographe et son appétit pour les grands championnats d’athlétisme, et surtout située à seulement quarante-cinq kilomètres de Torun, dont l’Arena accueille à partir de ce jeudi soir les championnats d’Europe en salle. « Nous avons fait ce choix à la fois pour des questions de sécurité et de performance, afin de mettre dans les meilleures conditions possibles les athlètes », explique Florian Rousseau, qui prend part à son premier grand championnat en tant que directeur de la haute performance.

Avec la pandémie de Covid-19 et l’effondrement du trafic aérien, rejoindre la Poméranie, cette région côtière au sud de la mer Baltique, s’est en effet transformé en parcours du combattant pour de nombreuses délégations. Les Britanniques ont ainsi mis dix-sept heures à rallier Torun, au gré des escales. Les Belges, pour leur part, ont sauté sur l’occasion quand les Français leur ont proposé de se joindre à eux. « Toutes les fédérations essayent d’aller dans le bon sens pendant cette période difficile, apprécie Jonathan N’Senga, le recordman de Belgique du 110 m haies (13’’25) devenu coordinateur du haut niveau au sein de la ligue belge francophone. Ce genre de coopération apporte des facilités et l’assurance d’arriver à bon port. C’est du ‘’win-win’’, puisque ça a permis à la FFA de remplir un peu plus son avion. »

Une longue attente dans un parking souterrain

Après un vol direct d’un peu plus de deux heures, avec les Français à l’avant et les Belges à l’arrière de l’habitacle, répartis un siège sur deux pour respecter les règles de distanciation physique, puis un transfert en car d’une quarantaine de minutes, les Bleus sont pourtant vite retombés sur terre en arrivant à Torun. Avec le passage d’un test antigénique obligatoire pour l’ensemble des accrédités à la compétition, qui faisait suite au test PCR à réaliser entre trois et cinq jours avant de débarquer en Pologne. Un protocole habituel depuis le début de la saison hivernale pour les Tricolores, qui enchaînent les compétitions. Le demi-fondeur Hugo Hay est ainsi devenu un expert, capable d’attribuer une appréciation à la qualité du prélèvement, en fonction de la longueur de l’écouvillon et d’autres détails dont on peut se passer. Celui de Torun, effectué par des hommes en combinaison de cosmonautes blanches, étant jugé « neutre ».

Commença ensuite, dans un parking souterrain au plafond traversé par des canalisations, l’attente des résultats, qui allait s’éterniser pendant plus de deux heures pour les athlètes français et plusieurs dizaines de représentants d’autres nations. Un marathon troublé uniquement par les cris de volontaires annonçant au compte-gouttes des numéros permettant d’aller récupérer son dossier, alors qu’une panne informatique paralysait le système de validation des tests. Une atmosphère surréaliste, que les Bleus accueillaient pourtant avec flegme avant de rejoindre leur hôtel à une heure de la soirée déjà bien avancée. « C’est sûr que c’est long, mais est-ce qu’on peut s’en plaindre ?, se questionnait Kevin Mayer mercredi, résumant le sentiment général. Il faut se rendre compte de la chance qu’on a d’être ici, alors que d’autres sportifs d’un niveau moindre ont progressé mais n’ont aujourd’hui pas la possibilité de s’exprimer. »

Capacités d’adaptation

Le recordman du monde du décathlon, en piste à partir de samedi, évoluera comme tous les engagés dans un stade quasi vide, la compétition étant disputée à huis-clos. « Ça va faire bizarre, ça ne sera pas la même atmosphère que d’habitude, glisse-t-il. Mais on va faire appel à notre pouvoir d’adaptation. » Une adaptation dont a dû faire preuve aussi la Fédération, avec un nombre d’accompagnants restreint à onze personnes. Aucun élu n’a fait le déplacement, afin de laisser la priorité aux techniciens et à l’encadrement médical dont bénéficient les vingt-six athlètes sélectionnés. Côté hébergement, les hôtels de l’organisation n’ont pas été transformés en bunker, mais il est très fortement déconseillé d’aller se balader dans les charmantes rues pavées de la vieille ville, où le héros des lieux, l’astronome Nicolas Copernic, a sa rue, sa statue et son université.

Reste qu’une fois sur la piste, l’environnement extérieur passera au second plan pour les représentants hexagonaux, et les bonnes habitudes reprendront le dessus. Valentin Lavillenie a ainsi déjà retrouvé des sensations qu’il n’avait plus ressenties depuis sa sixième place aux Mondiaux de Doha en octobre 2019, le dernier grand championnat disputé par les Bleus. « Changer de valise pour prendre celle de l’équipe de France, retrouver le staff, c’est toujours une fierté et un honneur », souffle le tout frais champion de France Elite. Même excitation pour Kevin Mayer, qui, délesté de quatre kilos par rapport à son décathlon de la Réunion en décembre, affirme être dans une forme « assez incroyable. Je sens la pression monter comme je l’aime avant les championnats », poursuit le champion du monde 2017, même s’il aborde d’abord Torun comme une « répétition avant les Jeux olympiques ».

Un point de vue que ne reniera pas Florian Rousseau, après avoir rappelé, lors de la conférence de presse organisée par visioconférence mercredi matin, que « ces championnats d’Europe représentent une étape importante sur la route de Tokyo, l’objectif majeur de l’année. Au-delà des résultats, j’attends de voir un état d’esprit avec de la solidarité et de l’envie, mais aussi de la concentration et de la détermination, complète-t-il. Dans le contexte actuel, les athlètes ont la possibilité de mettre des étoiles dans les yeux des fans d’athlétisme. »

De nouveaux statuts

Pour d’autres athlètes, comme Thomas Jordier, le rendez-vous polonais permet d’étrenner un nouveau statut. Longtemps outsider en individuel et pilier du 4x400 m français, le spécialiste du tour de piste possède le troisième temps des engagés sur ces championnats. L’assurance d’un bon couloir dès les séries, une nouveauté pour lui. « Ça me permet de me projeter sur de bonnes courses, de les visualiser, apprécie-t-il. Un athlète se forme et apprend mieux en faisant des compétitions individuelles. » A 26 ans et avec ses dix-neuf capes en équipe de France A, le sprinter de l’Amiens UC fait partie des athlètes les plus expérimentés d’un collectif qui compte cinq primo sélectionnés. « C’est une équipe qui mêle des nouveaux visages et des tauliers, et dont j’attends un état d’esprit positif, engagé et déterminé, souligne André Giraud. Nous pouvons espérer des championnats d’Europe à la hauteur des belles performances que nous avons vues tout au long de l’hiver. »

Le président de la FFA ne sera pas déçu par l’engagement de Cyréna Samba-Mayela, qui, à 20 ans et pour sa première sélection en équipe de France seniors, n’est pas du genre à expliquer qu’elle est seulement là pour prendre des repères. « J’ai vécu tellement de péripéties chez les jeunes que je ressens beaucoup moins le désir de vouloir juste prendre de l’expérience, explique la hurdleuse, qui affirme être là pour gagner. Il faut prendre tout ce qu’il y a prendre. Il n’y a pas de temps à perdre, avec en plus la situation du Covid. » Comme si le virus et l’incertitude sur le long terme qu’il génère pouvaient, finalement, être aussi un accélérateur de carrière pour certains.

Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © Jean-Marie Hervio / KMSP / FFA

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