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Bosse aime être devant

Le champion du monde de 2017 a brillamment décroché sa place pour la finale du 800 m, en remportant sa demie après avoir mené de bout en bout. Il sera un sérieux candidat au titre, tout comme Kevin Mayer qui a pris la tête de l’heptathlon après un excellent concours de la hauteur.

Le temps fort

PAB en maitre tacticien

« Qu’est-ce qui lui a pris de faire du 46 et de mettre le pied sur la ligne ? » « Lui », c’est Thomas Jordier. Disqualifié en séries du 400 m, le sprinter de l’Amiens UC avait prêté ce samedi soir ses pointes à Pierre-Ambroise Bosse, en phase de « tests » pour trouver chaussures à ses pieds et qui n'a rien perdu de son sens de l'humour. Pour les demi-finales, le demi-fondeur portait un modèle sans carbone, contrairement aux séries qu’il avait terminées qualifié mais en ayant mal à la voûte plantaire. « Humainement, les gens sont généreux », remerciait le champion du monde 2017, « rassuré par rapport à (s)a douleur ».
Si la nouvelle génération de pointes est en train de révolutionner le demi-fond, la chaussure ne fait pas pour autant le coureur. En particulier en championnat, où le sens tactique est un art que Pierre-Ambroise Bosse maitrise de plus en plus à la perfection. Comme vendredi, il s’est, dès le rabattage, positionné en tête pour pouvoir déployer son ample foulée. Une place qu’il n’a jamais quittée pour l’emporter en 1’47’’86, avec un dernier 200 m bouclé en 25’’86. Du bel ouvrage, alors que le mode de qualification était sans pitié avec les deux premiers des trois demi-finales qui passaient et aucun billet attribué au temps.

« C’était assez agréable aujourd’hui, je dois l’admettre, appréciait l’élève de Philippe Dupont. J’ai souffert évidemment, c’est du 800 m. Mais, je me suis fait moins attaquer qu’hier. Il y avait un peu plus de coureurs avec de l’expérience, des renards qui attendaient le dernier moment. » Comme le redoutable Polonais Adam Kszczot, qui s’est octroyé la deuxième place qualificative en 1’47’’88 en surgissant dans la dernière ligne droite, après être resté caché une bonne partie de la course.
Les deux hommes se sont ensuite croisés en zone mixte, le lieu où les athlètes répondent aux journalistes. L’occasion d’une tape amicale et d’un « Good luck, buddy ! » adressé par le Français au Polonais. Ils se retrouveront en finale. Avec à nouveau PAB aux avant-postes ? Pas si simple. « J’aime bien les changements de variable, sourit-il. C’est sûr qu’ils m’attendent devant. Est-ce que c’est une stratégie payante ? A ce niveau-là, quand on est plus que six, c’est bien d’être troisième ou deuxième. Mais l’idée, c’est de gagner. » Il gardera comment pour lui.

La décla

« Je ne pensais pas resauter un jour sans douleur au genou. Dès la première fois où ça m’arrive, je passe à nouveau 2,04 m. Franchement, même si je ne termine pas l’hepta, les réglages sont faits pour les J.O. C’est un truc de fou ce qui m’arrive. »

Spécialiste des ascenseurs émotionnels, Kevin Mayer est, comme souvent, passé par une myriade de sentiments pendant cette première journée de l’heptathlon. « L’énorme déception » du 60 m pour commencer, avec pourtant le deuxième chrono de sa carrière en 6’’86. Sauf que le Montpelliérain espérait aller au moins un dixième plus vite. « J’étais parti pour le record du monde et je m’étais mis une énorme pression, explique-t-il. Derrière, j’ai eu un gros coup de moins bien, car je savais que c’était mort. » La longueur s’en est ressentie, avec un bond à 7,47 m moyen par rapport à ses standards habituels.
Puis le déclic est survenu au poids, en milieu de journée, avec un troisième essai à 16,32 m, accompagné d’un cri en forme de libération. « Depuis, j’ai l’impression de me retrouver. C’est un bonheur total. Enfin, je m’éclate. Ne plus avoir ce genre d’objectifs, ça me permet d’être là et de discuter avec mes potes de l’hepta. » Un état d’esprit payant avec une barre à 2,04 m franchie à la hauteur, lui qui n’avait pas sauté à plus de deux mètres depuis septembre 2018 et ses stratosphériques 9126 points à Talence. Ce résultat lui permet de prendre les commandes du classement général provisoire avec 3571 points, devant l’épatant Suisse de 21 ans Simon Ehammer, 3538 unités, impressionnant sur 60 m (6’’75) et à la longueur (7,89 m), avant de baisser un peu de pied (14,75 m au poids et 1,95 m à la hauteur).

Désormais installé à son rang préféré, Kevin Mayer ne crie pas victoire pour autant. « On est dans un heptathlon, rappelle-t-il. Aux championnats de France, je me suis arrêté avant le premier obstacle. Mais je suis très confiant pour les haies et la perche. J’ai moins envie de faire le 1000 m, mais ça, c’est comme tous les décathloniens. » La suite s’annonce prometteuse, y compris après Torun. « Là, j’ai l’impression d’avoir retrouvé ce qui me procure autant de plaisir en grand championnat. C’est dans cette voie-là qu’il faut que j’aille pour faire de grandes perfs. »

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Robert et Khatir auront beaucoup appris

C’est sans doute au moment du rabattage qu’une bonne partie de la course de Benjamin Robert s’est joué. Vite coincé dans le trafic, le demi-fondeur du SA Toulouse UC s’est retrouvé coincé derrière le Britannique Guy Learmonth et le Bosnien Amel Tuka, deux « armoires à glace » dixit le Français, au gabarit il est vrai beaucoup plus léger. L’Espagnol Mariano Garcia, parti fort devant, a finalement craqué. Mais l’élève de Sébastien Gamel n’a jamais réussi à se replacer et n’a pas pu se mêler à la bagarre dans le dernier tour. Il termine cinquième en 1’48’’25, à distance de Tuka (1’47’’55) et du Polonais Patryk Dobek (1’47’’56). « Je suis déçu, je n’ai clairement pas été à la hauteur d’une demi-finale européenne, regrettait Benjamin Robert. Il m’a manqué de l’expérience. Les championnats d’Europe seniors, c’est stressant. Les mecs savent enchaîner séries et finales. Moi, je n’en suis pas capable. Il faut être guerrier de l’arrivée à l’hôtel à la finale. C’est une bonne leçon. »
Nasredine Khatir, engagé dans la deuxième demi-finale, n’a pas réussi à profiter du rythme très soutenu imposé par les leaders, le Polonais Mateusz Borkowski (1’45’’79) et le Britannique Jamie Webb (1’45’’99). Emoussé, il se classe cinquième en 1’49’’73.

Les principales performances en vidéo en cliquant ici

Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © Jean-Marie Hervio / KMSP / FFA

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