MES ACCÈS
Belocian, enfin l’or chez les grands

Titré à deux reprises dans les catégories jeunes, le hurdler du Stade Lamentin s’est offert sa première médaille d’or internationale chez les seniors à l’issue d’un 60 m haies somptueux, record personnel à la clé en 7’’42. Kevin Mayer est lui aussi monté sur la plus haute marche du podium à l’heptathlon avec 6392 points. La quatrième récompense du week-end pour les Bleus est venue du perchiste Valentin Lavillenie, qui ouvre son palmarès international avec une superbe médaille d’argent grâce à un saut à 5,80 m.

Les médailles

Belocian s'est lâché

Lui si discret, jamais un mot plus haut que l’autre, le voilà qui hurle un ‘’yes’’ retentissant et tape des mains sur la piste, après s’être agenouillé derrière la ligne d’arrivée pour regarder les cinq haies de son couloir 5 restées debout. « Toute la pression redescend, mélangée à de la satisfaction, décrit d’une voix à nouveau posée le Français. On laisse le corps s’exprimer et tout sortir. »

Il fallait bien une première médaille d’or internationale chez les seniors pour découvrir le Wilhem Belocian exubérant. Le hurdler du Stade Lamentin est champion d’Europe en salle, à l’issue d’un duel somptueux face à Andrew Pozzi. On savait le Britannique dangereux car capable de hisser son niveau lors des grands championnats. Il l’a prouvé à nouveau, en jaillissant superbement des blocs. Juste derrière, l’athlète entraîné par Ketty Cham n’a « pas lâché » et s’est « concentré sur (s)a technique » épurée. Pour finalement prendre l’avantage sur les ultimes obstacles et, grâce à un cassé que ne renieront pas Ladji Doucouré et Pascal Martinot-Lagarde, ses prédécesseurs tricolores sur la plus haute marche du podium de la compétition continentale, s’imposer en 7’’42, un centième devant Pozzi. Un record personnel à un centième de la meilleure marque nationale de tous les temps, détenue par Dimitri Bascou, dans une course où Aurel Manga a dû se contenter de la cinquième place en 7''63.

Champion d’Europe juniors en 2013 et du monde en 2014, l’athlète de 25 ans retrouve enfin la plus haute marche du podium au niveau international. De quoi apprécier la Marseillaise, après sept ans d’attente. « C’est sûr que ça m’a manqué, confie le Guadeloupéen du Stade Lamentin. Dommage qu’il y ait les masques, on ne peut pas vraiment voir l’émotion, mais je chantonnais tranquillement derrière. J’ai eu beaucoup de frissons. » Reste désormais à entendre l’hymne national à Tokyo, lors des Jeux olympiques. « Ça n’est pas fini, promet-il. C’est une première étape de franchie. Une médaille, ça déclenche des choses et ça met en confiance, même s’il ne faut pas non plus trop l’être. » C’est aussi un nouveau statut. « Je suis assez réservé et un peu dans mon coin. L’attention, ce n’est pas ce que je cherche le plus », sourit-il. Il va pourtant devoir s’y habituer.

Mayer de retour au sommet

Kevin Mayer a connu trop de hauts et de bas depuis le début de sa carrière pour ne pas savourer à sa juste valeur une médaille d’or européenne. « J’en bave depuis 2018 avec les championnats, c’est bien de revenir sur la boîte, apprécie-t-il. Et puis donner une petite médaille à la France, ça fait du bien à tout le monde en ce moment. » Malgré « un heptathlon pas terrible » selon ses propres mots, le combinard de Montpellier a survolé la compétition avec un total de 6392 points, pour l’emporter avec 254 points d’avance sur son dauphin, l’Espagnol Jorge Urena (6158 pts), le Polonais Pawel Wiesiolek complétant le podium (6133 pts).

L’élève de Jérôme Simian et Alexandre Bonacorsi aura connu deux jours en dents de scie, alternant le très positif (16,32 m au poids et 2,04 m à la hauteur) et des performances qu’ils jugent décevantes (6’’86 sur 60 m, 7,47 m à la longueur, 7’’78 sur 60 m haies). Sans oublier un concours de perche terminé avec 5,20 m, sans avoir pu s’exprimer totalement en raison de douleurs au cou et au dos. Il a achevé son heptathlon par un 1000 m en 2’45’’72, qui lui a donné le sourire alors qu'il avait déjà perdu tout espoir d'améliorer son record d'Europe (6479 pts). « Je suis content, car j’avais énormément peur de ne pas avoir les jambes pour le courir. C’est 2’45’’, mais ça peut vite se transformer en 2’40’’ avec l’expérience que j’ai acquise sur cette course. »

Au-delà de ces championnats d’Europe, Kevin Mayer se projette vers Tokyo. A ce titre, le rendez-vous de Torun s’avère déjà précieux. « Les repères que j’ai pris pour les Jeux olympiques, c’était ce que j’étais venu chercher », conclut-t-il, bien décidé à ne pas attendre à nouveau trois ans pour goûter de nouveau à l’or.

Valentin Lavillenie au mental

Avant le début de la finale de la perche, Valentin Lavillenie a envoyé un message à son kiné : « Martin, je me sens comme avant Miramas ! » Il y a deux semaines dans les Bouches-du-Rhône, le sociétaire du Clermont Athlétisme Auvergne s’était offert son premier titre de champion de France Elite. Sans doute un déclic puisqu’il a vécu une autre première en Pologne. Celle d’une médaille internationale - en argent- grâce à une barre à 5,80 m franchie au premier essai après une première partie de concours compliqué. « J’ai bien bossé pour aller chercher ce podium, rappelle Valentin. En plus, ça a été difficile. Parfait, c’est ce que j’aime quand c'est dur. »

Sur ce plan-là, il a été servi avec 5,50 m effacé seulement au deuxième essai, alors qu’il n’avait « pas loupé une première barre de la saison ». Puis une grosse frayeur à 5,70 m, hauteur à laquelle il a dû s’y reprendre à trois fois. « Derrière, je fais le taf et je sors le bon saut au bon moment. » Il a su faire preuve de grosses qualités mentales, la clé de son résultat du jour comme il l’avait anticipé. « Je l’ai dit à Phil (Philippe D’Encausse) et Renaud au début du concours : ‘’Ce qui va faire la différence, ça va être le contrôle de ma tête, et basta’’. » Vice-champion d’Europe derrière l’intouchable Suédois Armand Duplantis, vainqueur avec 6,05 m, record des championnats, et passé tout près de porter son record du monde à 6,19 m au deuxième essai, le Français de 29 ans pouvait tomber dans les bras de son grand frère Renaud, présent dans les tribunes au côté de leur coach. Une situation qu’ils ont souvent connue par le passé, mais avec des rôles inversés.

« Avec qui d’autre que lui je pouvais partager un moment comme ça, fait mine de s’interroger Valentin. Des médailles, j’en ai vécues un milliard de l’autre côté de la barrière. Là, c’était à mon tour. » Reste maintenant aux deux frères à monter ensemble sur un podium lors d’un grand championnat. Un beau défi pour les saisons à venir.

Le coup dur

Il y avait la place pour Ombissa-Dzangue et Zahi

En voyant s’afficher le chrono de la Finlandaise Lofta Kemppinen et de la Hollandaise Jamile Samuel, médaillées d’argent et de bronze sur 60 m loin derrière la supersonique Suissesse Ajla Del Ponte (7''03), Orlann Ombissa-Dzangue et Carolle Zahi ont pris un coup derrière la tête. 7’’22, soit un chrono largement supérieur à leur record personnel (respectivement 7’’15 et 7’’11) et même à leur meilleure performance de la saison (7’’16 et 7’’19). La preuve qu’il y avait largement la place pour monter sur le premier podium international de leur carrière. Mais les sprinteuses du CA Montreuil 93 n’ont pas réussi à sortir la course qu’elles espéraient. Orlann Ombissa-Dzangue, placée au couloir 8 et pourtant bien partie, se classe quatrième en 7’’23, alors que Carolle Zahi prend la sixième place en 7’’26. « J’ai l’impression d’être passée complètement à côté de ma course, regrette la seconde nommée, qui n’a pas réussi à reproduire les excellents départs proposés en séries et demies. C’est un désastre, une grosse déception. Dès mes premiers appuis, j’ai l’impression d’être derrière. Pour revenir, je me crispe et c’est cuit. » Dur à digérer.

Et aussi

Les demi-fondeurs ont tout donné

Dans quelques jours, il relativisera sans doute. Mais Hugo Hay avait le visage sombre au moment de se présenter devant les journalistes, ce dimanche après-midi. « Un peu déçu » par sa sixième place en finale du 3000 m en 7’51’’82, dans une course remportée par le Norvégien Jakob Ingebrigtsen en 7’48’’20, qui réalise le doublé après sa victoire sur 1500 m vendredi. Pourtant, l’athlète du Sèvre Bocage AC n’a pas grand-chose à se reprocher. La stratégie collective concoctée avec ses camarades d’entraînement, les Belges Isaac Kimeli (en argent en 7’49’’41) et Robin Hendrix, a porté ses fruits et a permis au trio d’être longtemps placé aux avant-postes pour éviter les bousculades. Hugo Hay a fini fort, avec un dernier 1000 m en 2’25’’. Insuffisant toutefois pour se mêler à la lutte pour le top 3, dans une course de très haut niveau. « Il ne me manque pas grand-chose, sans doute de l’expérience et de la vitesse, analyse-t-il. Il y avait une opportunité, c’est bien dommage. J’étais là pour la médaille, donc c’est forcément frustrant. Même si sixième, ça n’est pas dégueulasse. »

Jimmy Gressier termine un peu plus loin, au huitième rang en 7’52’’43, après avoir eu du mal à trouver sa place dans le peloton. « Mais ce n’est pas le trafic qui fait que je suis à cette place, tient-il à préciser. Les gars étaient meilleurs. J’avais beaucoup d’envie mais j’ai peut-être manqué un peu de niaque. Je me suis laissé un peu endormir par le rythme, et quand ça part, je n’ai pas réagi comme je le voulais. » Le Nordiste n’avait clairement pas les mêmes jambes qu’en série samedi. Peut-être les conséquences du 5000 m disputé il y a un peu plus d’une semaine à Toulon, où il s’était attaqué sans succès au niveau de performance requis pour les Jeux de Tokyo.

Enfin, Pierre-Ambroise Bosse a terminé sixième de la finale du 800 m. Souvent secoué, le champion du monde 2017 a tenté à plusieurs reprises de prendre la tête, sans succès. Des efforts qui lui ont beaucoup coûté dans le dernier tour. En 1’50’’13, il termine à distance du Polonais Patryk Dobek, sacré en 1’46’’81. « Je me suis senti fatigué relativement vite, confie PAB. C’est comme dans un combat de boxe, à un moment, tu prends des coups. Je lâche prise complètement quand je sens que le podium n’est plus jouable. » Il tire tout de même un bilan positif du rendez-vous continental : « C’est là où j’ai pris le plus de plaisir au cours de cette saison en salle. »

Le chiffre

5

La place de l’équipe de France au tableau des médailles, dans un classement dominé par les Pays-Bas. Les Bleus terminent ces championnats d’Europe avec les trois récompenses du jour, auxquelles il faut ajouter l’argent surprise d’Alice Finot sur 3000 m vendredi. « 42 % des membres de la délégation ont été finalistes, ce qui est un taux très intéressant, note André Giraud, président de la FFA. Même si nous avons eu notre lot de malchance, nous présentons un bilan supérieur à celui de Glasgow il y a deux ans, où nous avions décroché cinq médailles mais aucune en or. Nous renouons avec les titres européens, ce qui était important. » Florian Rousseau, directeur de la haute performance, retient pour sa part « l’état d’esprit positif et solidaire de la délégation pendant toute la compétition ». Il ajoute : « J’ai senti une énergie positive qui va nous permettre de nous projeter vers les Jeux olympiques avec encore plus de sérénité. Ce premier rendez-vous de l’équipe d’encadrement nous a également apporté de précieux enseignements, qui nous seront très utiles au cours de la saison estivale. »

Les principales performances en vidéo en cliquant ici

Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © Jean-Marie Hervio / KMSP / FFA

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS