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Tual, quel panache !

Pour ses premiers Jeux olympiques, le demi-fondeur de l’US Talence a réalisé une demi-finale du 800 m de toute beauté en se classant troisième en 1’44’’28. Un chrono synonyme de record personnel, qui l’envoie en finale. Au triple saut, Rouguy Diallo se classe neuvième avec 14,38 m.

La perf'

Le talent et la gnac

C’est une course à montrer dans toutes les écoles d’athlétisme. Un départ tonique, un rabattage en troisième position pour profiter du rythme rapide imprimé en tête de course par le Canadien Marco Arop (passage en 51’’ au 400 m), un placement à la corde, et enfin 150 derniers mètres à la bagarre. Gabriel Tual, avec sa foulée à la classe naturelle et son culot que trahit son sourire, a fait du tableau noir. En demi-finale olympique. A 23 ans. Bluffant. Toujours bien placé, l’élève de Bernard Mossant à Talence a pourtant failli tout perdre à 120 mètres de l’arrivée, lorsqu’il a trébuché. « Je sens le gars derrière moi qui veut essayer de me passer dans le virage, retrace-t-il. Quand je me décale, il me fauche et je suis déjà bien lactique. J’arrive à me relancer de la bonne façon et je m’arrache jusqu’au bout. »
Car le talent ne suffit pas sur le double tour de piste. Il faut aussi de la gnac dans cette dernière ligne droite, où les coureurs se présentent de front pour rallier cette arrivée si lointaine. « J’ai laissé sur la piste mes jambes, mes tripes, ma tête, tout, résume l’étudiant en licence professionnelle pour devenir conducteur de travaux en maison individuelle. Je me suis donné jusqu’au bout. Dans ce genre de course, il faut juste être devant, dans le coup, et être acteur. Aujourd’hui, j’étais en cannes et j’ai tenté. » S’il n’a pas pu reprendre l’Australien Peter Bol (1’44’’11, record continental), alors que l’Américain Clayton Murphy (1’44’’18) le doublait à la corde, le champion de France en titre a su préserver sa troisième place en 1’44’’28, record personnel abaissé de seize centièmes. Un chrono qui lui permet surtout de se qualifier au temps pour la finale.
Dans trois jours, la valeur montante de cette génération 2024 si prometteuse en demi-fond avec également Alexis Phelut en finale du 3000 m steeple (et ce n'est pas fini !), n’aura rien à perdre lors d’une course sans véritable patron, même si le Kényan Ferguson Cheruiyot Rotich (1’44’’04) et le Polonais Patryk Dobek (1’44’’60) ont fait forte impression ce dimanche. « Comme aujourd’hui et hier, ce sera la course de ma vie, promet-il. Pas de limites ni de barrières, on va kiffer cette finale des Jeux jusqu’au bout. » C’est beau et simple l’athlé, parfois.

Le temps fort

Diallo aux portes de la finale

Dixième en 2019 lors des Mondiaux de Doha, Rouguy Diallo espérait franchir un nouveau palier à Tokyo en étant finaliste. Septième jusqu’au troisième essai, grâce à une bonne entrée en matière à 14,38 m (+0,9m/s), la triple sauteuse du Nice Côte d’Azur Athlétisme a vu les Jamaïcaines Shanieka Ricketts (14,47 m) et Kimberly Williams (14,51 m) lui passer devant coup sur coup et l’éjecter du top 8, alors qu’elle n’avait plus la possibilité de s’exprimer. Dur à digérer. « Je suis frustrée et énervée, j’ai la haine, souffle-t-elle. Je ne peux même pas répondre, c’est la pire des manières pour se faire éliminer d’une finale. »
Elle n’a pu qu’assister en spectatrice à la fin d’un concours de légende, marqué par le record du monde à son ultime saut de la Vénézuélienne Yulimar Rojas avec 15,67 m (ancien record : 15,50 m par Inessa Kravets en 1995). « J’ai eu beaucoup de problèmes au niveau de ma course d’élan, regrette l’athlète entraînée par Teddy Tamgho. J’ai voulu en mettre trop au troisième essai (ndlr : qu’elle a mordu). C’était vraiment une question de petits réglages. J’avais quelque chose dans les jambes aujourd’hui. J’ai l’impression d’être venue à Tokyo pour rien. » Nul doute qu’elle aura des envies de revanche l’an prochain, aux Europe de Munich et aux Mondiaux d’Eugene.

La décla

« On est face à des monstres qui sont un cran au-dessus de nous, il ne faut pas se mentir. A nous de batailler davantage pour essayer de se rapprocher de leur niveau. »

Le constat de Ludvy Vaillant à l’issue de sa demi-finale du 400 m haies était lucide. Le Martiniquais de l’AC Saléen n’a pas démérité, en améliorant son meilleur temps de la saison en 49’’02. Un chrono toutefois insuffisant pour se mêler à la lutte pour une place en finale, dans une des épreuves les plus relevées de ces Jeux avec six athlètes sous les 48’’ (47’’30 pour Warholm, 47’’31 pour Dos Santos et 47’’37 pour Benjamin, entre autres !). « J’ai donné tout ce que j’avais, poursuit le Français. C’est sûr qu’on en veut toujours plus quand on est athlète, mais ça fait partie du sport. Ça n’était que ma deuxième course depuis Oslo. Ça commence à se remettre un petit peu dans le rythme. Je garde le positif pour les échéances à venir. »
Même volonté de retenir le meilleur pour Wilfried Happio, lui aussi septième de sa demi-finale avec un temps de 49’’49. « Je ne peux qu’être heureux à mon âge (ndlr : 22 ans) de disputer une demie olympique. Ça a été une grosse bataille. J’ai fini sur mes deux jambes, mon ischio m’a laissé tranquille et je ne peux que sortir plus grand d’une telle expérience. Plus il y a de la concurrence, plus je kiffe et ça m’encourage à m’entraîner. 2024 va bien arriver dans ma carrière. L’objectif, ce sont les J.O. à la maison. »

Et aussi

Vicaut était trop juste

Dans un royaume du sprint masculin sans souverain et sans dessus dessous à l’orée de la soirée tokyoïte, Jimmy Vicaut aurait aimé faire partie des huit derniers prétendants au trône. Las, sa quête s’est arrêtée au stade des demi-finales. Sorti des blocks avec un temps de retard sur tous ses concurrents dans la première course au programme, le sprinter de la SCO Sainte-Marguerite Marseille n’a rien lâché et a même grapillé des places. Mais, cinquième en 10’’11, (-0,1m/s), soit quatre centièmes de plus qu’hier en séries, il n’a jamais pu combler l’écart avec le duo de tête directement qualifié en finale, composé de l’Américain Fred Kerley (9’’96) et du Canadien Andre de Grasse (9’’98). « Bien sûr, il y a des regrets. C’est une course au niveau de ma préparation en dents de scie, avec toujours des bobos ici et là qui me retardent, constate l’élève de Rana Reider à Jacksonville (Floride). Je ne peux pas aller plus vite pour le moment. Au niveau de la mise en action, je n’arrive pas à placer en compétition ce que je fais à l’entraînement ou même à l’échauffement. »
Jimmy Vicaut
va désormais devoir se remobiliser pour le relais 4x100 m, dont il est le leader chronométrique, avant de se projeter sur une fin de saison lors de laquelle il espère « au moins faire une perf’ de pointe pour (s)e faire plaisir ». « Ça me met une claque pour l’année prochaine dans le bon sens », anticipe le recordman de France. Qui trouvera sans doute une source de motivation supplémentaire dans ce record d’Europe qu’il codétenait avec le Portugais Francis Obikwelu depuis 2015 en 9’’86. Une marque leur a subtilisé l’Italien Marcell Jacobs lors d’une troisième demie de très haut vol en 9’’84 (+0,9m/s), avant d’aller chercher un improbable titre olympique en 9’’80 (+0,1m/s).

Enfin, sur 800 m, Pierre-Ambroise Bosse n’a pas connu la même réussite que Gabriel Tual. Sans jambes, le sociétaire du Lille Métropole Athlétisme a très vite été décroché et a dû se contenter de la sixième place de sa demi-finale en 1’48’’62. « La course a été vraiment difficile. J’ai senti beaucoup de fatigue bien trop tôt. J’ai très vite abandonné, entre guillemets. Et quand on lâche prise, il n’y a plus rien à aller chercher. Je ne pense pas que ce soit physiologique, c’est plus psychologique. Le Covid m’avait aidé à faire un petit break, mais c’est dur pour moi aujourd’hui d’avoir les crocs pour le 800 m, même si j’avais retrouvé de l’envie à l’entraînement. »

A Tokyo, Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © JM Hervio / KMSP / FFA

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