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Tavernier déçue, Lavillenie en guerrier

Quatrième de la finale du marteau avec 74,41 m, après s’être battue jusqu’à la fin du concours, Alexandra Tavernier ne cachait pas sa déception. A la perche, Renaud Lavillenie a été héroïque en se classant huitième, malgré une talonnade consécutive à une chute à l’échauffement.

Le temps fort

Tavernier en voulait plus

Dans quelques jours, en repensant à cette finale olympique du marteau, Alexandra Tavernier trouvera sans doute matière à positiver. Quatrième avec 74,41 m, elle obtient son meilleur résultat au niveau mondial depuis sa médaille de bronze à Pékin en 2015. Et elle a prouvé, en réalisant son meilleur jet du jour à son ultime tentative, qu’elle était capable de trouver les ressources pour se battre jusqu’au bout. « J’ai montré que j’étais capable de faire ma meilleure performance au dernier essai, en étant au pied du mur », souligne-t-elle. Mais à chaud, logiquement, la déception l’emportait. Et les larmes ont coulé sur les joues de la lanceuse d’Annecy Haute Savoie Athlétisme, qui rêvait d’une autre issue.
Après une bonne entrée en matière, avec un jet à 73,54 m qui lui permettait de prendre la tête du concours, l’élève de Gilles Dupray a traversé un long tunnel de quatre essais loin de ses espérances : essai, 70,81 m, 72,64 m, essai. Avant cet ultime sursaut malheureusement insuffisant. « Les filles ont réussi à continuer à progresser tout au long du concours, alors que moi, j’ai stagné voire lancé moins loin, constate-t-elle. A chaque fois, il y avait quelque chose qui n’allait pas. Honnêtement, je ne sais pas du tout ce qui s’est passé. Ce sont des perf' que j'ai déjà faites un million de fois à l’entraînement. Je suis passée à côté. C’est compliqué et frustrant. »
Une frustration renforcée par le classement final puisque, derrière la Polonaise Anita Wlodarczyk (78,48 m) et la Chinoise Zheng Wang (77,03 m), au-dessus du lot, il y avait de la place pour monter sur la troisième marche du podium. Une médaille de bronze qui revient avec 75,49 m à Malwina Kopron, compatriote de la désormais triple championne olympique. Soit neuf centimètres de plus que le record de France de la Tricolore de 27 ans. Le duo de tête, âgé respectivement de 35 et 33 ans, rappelle que le lancer du marteau est une discipline à maturité tardive. Mais Alexandra Tavernier, vice-championne d’Europe en 2018, n’a plus envie d’attendre pour retrouver la boite.

Le finaliste

Lavillenie, mental d’acier

On se demande parfois ce qui fera un jour arrêter Renaud Lavillenie de sauter. Et on n’a toujours pas trouvé la réponse. Car avec presque deux pieds en moins, le perchiste du Clermont Athlétisme Auvergne a tout de même réussi à franchir 5,70 m pour prendre la huitième place de la finale. Il visait bien plus haut, mais son concours a basculé lors d’un saut à l’échauffement. Un retour piste, une réception sur le pied gauche, et une talonnade très douloureuse qui venait s’ajouter à sa cheville droite en souffrance depuis bientôt un mois. « Tout est anéanti en un instant », résume le double médaillé olympique. Beaucoup auraient arrêté là les frais. Tout le monde, en fait. Pas lui, mu par un mental hors du commun. « Il a fallu l’accepter et se donner à fond. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas le genre de mec qui va abandonner en claquant des doigts. Avec tout le boulot et les soins que j’avais faits ces dernières semaines, il était hors de question de bâcher (sic). Dans ma tête, je n’avais pas d’autre choix que de tout donner. »
Encore plus dingue, il réussit à franchir 5,70 m, sa barre d’entrée dans le concours. « Je n’ai aucune idée de comment j’ai fait pour passer comme ça, confie l’athlète entraîné par Philippe d’Encausse. C’est la tête qui m’a fait sauter, le corps n’avait qu’à suivre. » Après un premier échec à 5,87 m, il décide de faire l’impasse pour garder deux tentatives à 5,92 m. Raté de pas grand-chose. « A la fin, je ne suis pas loin de monter sur le podium », constate-t-il. Car derrière le Suédois Armand Duplantis, comme prévu impérial avec 6,02 m (trois échecs à 6,19 m, soit un centimètre de plus que son record du monde), l’athlète de 34 ans a sans doute dû donner quelques frissons à l’Américain Christopher Nilsen (5,97 m, record personnel) et surtout au Brésilien Thiago Braz (5,87 m). « C’est dur, je n’ai pas la récompense, conclut Renaud Lavillenie. Mais une chose est sûre, je n’ai aucun regret. C’est une expérience de plus. Finir huitième aux J.O. dans ce contexte, je ne suis pas sûr que grand monde aurait imaginé ça. Quoi qu’il arrive, c’est une soirée qui marquera. »

Les promesses

Manga et Martinot-Lagarde assurent

Record personnel égalé pour Aurel Manga, meilleure performance de la saison pour Pascal Martinot-Lagarde. Les deux hurdlers franciliens ont entamé de la meilleure façon qui soit leurs Jeux olympiques. Placés au couloir 8, le premier nommé est resté parfaitement concentré du premier au dernier mètre et a coupé la ligne d’arrivée en 13’’24. Net et sans bavures, même si l’athlète de l’US Créteil se voulait perfectionniste : « C’est très intéressant pour la suite, mais il y a quelques fautes à corriger. Je suis un peu bas au départ, et je tape la deuxième et la quatrième haies. Le but était de faire péter le bouchon, car j’avais beaucoup de jus. » Mission plus que réussie, avant d’enchaîner dès demain à 11h (heure locale, 4h du matin en France) avec les demi-finales. « L’objectif sera de faire mieux et d’aller chercher ce qu’il y a de plus beau en finale », se projette-t-il avec gourmandise.
Deuxième de sa série en 13’’37, derrière l’Américain Devon Allen (13’’21), Pascal Martinot-Lagarde a aussi rempli son contrat. Perturbé depuis le début de la saison par des pépins physiques à l’ischio-jambier, le sociétaire de l’ES Montgeron serre les dents au Japon. « Je ne m’écoute pas, je fais avec mes douleurs. » Pour son entrée en lice, il a contrôlé son effort avec l’expérience de ses 25 sélections en équipe de France A, améliorant de huit centièmes son temps de référence en 2021. « Je découvrais le stade et j’ai pris une claque (NDLR : devant sa grandeur), raconte le médaillé de bronze des Mondiaux 2019. Mais je ne suis pas tombé dans le piège. J’ai mis tout juste ce qu’il fallait pour aller en demies, en m’engageant sur les cinq, six premières haies avant de contrôler. Demain, il faudra accélérer. »

La décla

« Je ressens de la joie et beaucoup de fierté d’être en finale. Je profite du moment qui m’arrive avec un maximum de plaisir. En finale, il faudra donner ses tripes et prendre tout ce qu’il y a à prendre. »

« C’est la course d'une vie, le premier grand tournant de ma carrière », annonçait Jimmy Gressier à trois jours de son entrée en lice sur la piste du stade olympique. Alors la vie est belle, puisque le demi-fondeur du Boulogne-sur-Mer AC a passé le cap des séries ce mardi soir. Engagé dans la deuxième course, la plus rapide comme souvent, il a réalisé « une course intelligente et assez lucide », en ayant en tête la qualification au temps et sans jamais quitter le peloton de tête. « J’ai vu qu’on était sur les bonnes bases et qu’il fallait que je gère ma course, sans forcément batailler pour être premier, explique le multi-médaillé continental chez les espoirs. Quand je me retourne (dans le dernier virage), je sais que c’est fait (NDLR : pour la qualification) et je temporise. » Résultat : une neuvième place en 13’33’’47, qui lui offre le quatrième des cinq billets qualificatifs au chrono au bout d’un 5000 m dominé par l’Espagnol Mohamed Katir en 13’30’’10.
Hugo Hay n’a pas eu la même réussite. En lice dans la première série, le sociétaire du Sèvre Bocage AC n’avait pas d’autre choix que d’intégrer le top 5 de sa course. Il n’en est pas passé très loin avec une septième place en 13’39’’95, le Kényan Nicholas Kipkorir Kimeli terminant au premier rang en 13’38’’87. « C’est frustrant, souffle le diplômé d'une école de journalisme. J’ai respecté le schéma de course, mais je me fais avoir comme un bleu juste avant l’emballage final. A ce niveau-là, ça ne pardonne pas. Les mètres que je fais en plus sur le côté, en allant au couloir 3, ça se paye à la fin. C’est vraiment une erreur de jeunesse. Je suis peut-être encore un peu tendre. » A 24 ans, il va continuer à grandir.

LE coup dur

Le crève-cœur de Belocian

Après sa disqualification pour faux-départ en 2016, le hurdler du Stade Lamentin avait hâte d’écrire une nouvelle page plus joyeuse de son aventure olympique. Il n’a malheureusement pas du défendre véritablement ses chances en séries du 110 m haies. Comme sa course le laissait pressentir, avec un départ en-dedans et une faute sur le neuvième obstacle l’obligeant à stopper son effort, Wilhem Belocian était diminué par une bursite à la patte d’oie. Une blessure apparue à l’échauffement lors du meeting de Sotteville le 11 juillet, qui l’avait empêché d’effectuer des séances spécifiques sur les haies au plus mauvais moment, puis par une chute à l’entraînement survenue lors du stage préparatoire à Kobe. Pudique, l’athlète de 26 ans n’a pas insisté sur ses tracas physiques. Mais il mérite de pouvoir un jour s’exprimer enfin à 100 % lors des Jeux. Dans trois ans à Paris ?

A Tokyo, Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © JM Hervio - V. Curutchet / KMSP / FFA

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