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Les promesses bleues

S’ils ne sont pas de la même génération, Quentin Bigot, cinquième au marteau, et Gabriel Tual, septième du 800 m, ont montré qu’il faudrait continuer à compter sur eux au cours des prochaines saisons, en faisant preuve de beaucoup de caractère lors de leur finale. Au décathlon, tout est encore possible pour Kevin Mayer, cinquième à mi-parcours.

Le temps fort

Bigot tient son rang

Cinquième du bilan de l’année, cinquième de la finale olympique. Quentin Bigot, esprit logique et cartésien, a vite fait les comptes : il est à sa place. Sur le podium pendant quelques minutes en début de concours, grâce à un très bon deuxième jet à 79,39 m, la deuxième meilleure performance de sa carrière à 31 centimètres de son record, le lanceur d’Athlétisme Metz Métropole a ensuite rétrogradé petit à petit. Il a pourtant réalisé un concours d’une grande régularité, avec quatre premiers jets autour des 78-79 m, et a lancé un mètre plus loin que lors de sa médaille d’argent mondiale à Doha en 2019.
Mais le niveau de la compétition a été exceptionnelle, avec le podium le plus relevé de l’histoire : or pour le Polonais Wojciech Nowicki avec 82,52 m, qui conserve son titre, argent pour le Norvégien Eivind Henriksen avec 81,58 m, qui explose son record personnel, et bronze avec 81,53 m pour Pawel Fajdek, compatriote de Nowicki, qui s’offre enfin sa première médaille olympique. Le quatrième, l’Ukrainien Mykhaylo Kokhan, doit se contenter de la quatrième place alors qu’il a lancé à 80,39 m. « Je tiens mon rang, analyse l’athlète coaché par Pierre-Jean Vazel. Il faut être réaliste : 81,50 m, je n’ai pas le niveau pour aller les chercher actuellement. On va continuer à travailler, notamment en musculation où je suis encore beaucoup moins fort que les autres. Ce n’est pas maintenant qu’il faut lâcher. Je vais aller les chercher ces 81,50 m ou 82 m, il n’y a pas de raison que ça ne soit pas le cas. » A 28 ans, le natif d’Hayange continu d’accepter de prendre son temps. Persuadé qu’il récoltera bientôt les fruits de son investissement.

La décla

« C’était vraiment une course de chiens qui n’avaient pas mangé depuis une semaine. »

Gabriel Tual a eu le sens de la formule au moment de résumer sa première finale olympique. Un 800 m ultra tactique comme peuvent en offrir les grands championnats, avec au menu bousculades, coups de coude, stop and go et passage à mi-course en 53’’8, un rythme lent pour tous ces athlètes. Parti du couloir 1, le demi-fondeur de l’US Talence a vu une bonne partie de ses adversaires se rabattre devant lui. « Je me suis salement fait enfermer au départ et bousculer de partout, raconte l’élève de Bernard Mossant. J’étais un peu coincé dans le tas, je n’arrivais pas à très bien courir. Le Polonais (Patryk Dobek) m’a même passé à l’intérieur, je ne sais pas comment il a fait. » Emoussé par les efforts faits dans le trafic, il a un peu pioché dans la dernière ligne droite pour finalement couper la ligne d’arrivée à la septième place en 1’46’’03, à seulement onze centièmes du quatrième, l’Australien Peter Bol. Le podium s’est en revanche joué bien devant, avec le doublé des Kényans Emmanuel Korir (1’45’’06) et Ferguson Rotich (1’45’’23) et le bronze de Dobek (1’45’’39).
« Je suis quand même fier de ce que j’ai fait aujourd’hui, souligne Gabriel Tual. Je ne m’attendais pas du tout à être en finale olympique. Je ne suis pas du tout déçu, loin de là. » L’étudiant en licence professionnelle, pour devenir conducteur de travaux en maison individuelle, a découvert un nouveau monde cette semaine. « On est passé dans une autre dimension, constate-t-il. Les mentalités des adversaires ne sont pas les mêmes et on ne court plus pour la même chose. C’est hyper stressant et fatiguant. D’ailleurs, ces deux derniers jours, ma tête m’en a fait voir de toutes les couleurs. » Il repart du Japon avec une place de finaliste, sur laquelle peu de spécialistes auraient misé avant la compétition, et de nouvelles certitudes. « J’acquiers de l’expérience. Pour arriver au top niveau, il faut passer par des stades où on apprend et où on ne fait pas ce qu’on veut. Mais il n’y a pas de souci, je reviendrai en 2024 avec les crocs. »

La promesse

Brossier gagne en appétit

Amandine Brossier est une perfectionniste et en voulait plus. La sprinteuse du SCO Angers Athlé n’a pourtant pas à rougir de sa sixième place en 51’’30 dans sa demi-finale du 400 m. Un chrono à seulement cinq centièmes de son record personnel, établi cet été à Genève. « Je n’ai pas réussi à faire la course qui aurait pu me mettre plus en valeur, regrette-t-elle. J’ai assez rapidement senti Allyson Felix revenir sur moi. J’ai vu au 200 m que je n’étais pas dans le peloton de tête. J’ai essayé de m’accrocher à elle et de revenir. Je visais plutôt la quatrième place pour limiter la casse. Je me suis crispée et la fin de course a été un peu compliquée. » La Jamaïcaine Stephenie Ann McPherson (49’’34, record personnel) et Felix ont terminé aux deux premiers rangs de cette série. Et la dernière qualifiée au temps sur l’ensemble des demies, l’Américaine Quanera Hayes, a été chronométrée en 49’’81. Du très haut niveau.
La marche pour intégrer le top 8 est encore un peu haute pour l’athlète de bientôt 26 ans, qui ne s’est mise sérieusement au tour de piste qu’en 2019. « Ça fait plaisir d’avoir couru dans une course d’un tel niveau, positive-t-elle. Ça me permet de voir le travail qu’il me reste à faire. Je sens que c’est à ma portée et qu’il ne me manque pas grand-chose. Ça va me donner des clés pour l’entraînement et les prochaines compétitions. Ça me donne encore plus d’appétit. » Elle sera sans doute à nouveau en piste dès demain, en tant que pièce maitresse du 4x400 m tricolore. Un rôle qu’elle est prête à assumer, au vu de sa prestation ce jeudi.

Et aussi

Kevin Mayer en embuscade

Après une matinée difficile, conclue par un concours du poids en net retrait par rapport à son niveau habituel (cliquez ici pour le compte-rendu détaillé), Kevin Mayer a retrouvé le sourire jeudi soir, ainsi qu’un dos en état de marche alors qu’il était bloqué plus tôt dans la journée. « J’ai eu de gros massages et surtout j’ai abattu la carte que je n’utilise pratiquement jamais : les ‘’anti-inf’’ (anti-inflammatoires), explique-t-il. J’ai pu me libérer à la hauteur comme je ne l’avais pas fait depuis très longtemps. »
On a effectivement retrouvé le recordman du monde sur le sautoir, son œil du tigre et ses hurlements de joie de plus en plus sonores au fil des sauts réussis. Avec, au final, une barre à 2,08 m qu’il n’avait plus franchie depuis son titre mondial en 2017 à Londres. Le 400 m, bouclé en 50’’31, a été plus compliqué. La faute à une crampe au mollet ressentie juste avant le départ, qui l’a empêché de se lâcher sur la première partie de course. Pas grave, le sociétaire du Montpellier A2M a retrouvé le fil de son décathlon.
Cinquième à mi-parcours avec 4340 points, il est toujours largement dans la course au podium. Pour le titre, en revanche, il devra compter sur une contre-performance de Damian Warner, auteur d’une première journée exceptionnelle avec 4722 unités. Mais le Canadien est un habitué de ce genre de ‘’craquante’’. « Tout est possible, tout le monde sait que j’ai une grosse deuxième journée, rappelle Kevin Mayer. Il faut que j’arrive à optimiser mes épreuves comme je l’ai fait à la hauteur. » Sa deuxième médaille olympique sera à ce prix-là.

A Tokyo, Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © JM Hervio - J. Crosnier / KMSP / FFA

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