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Mayer, l’argent double

Kevin Mayer a ouvert le compteur de l’équipe de France d’athlétisme à Tokyo en décrochant la médaille d’argent du décathlon avec 8726 points. Diminué par des douleurs au dos, le combinard du Montpellier A2M a été héroïque et a trouvé les ressources nécessaires pour, comme à Rio en 2016, monter sur la deuxième marche du podium. Le titre revient au Canadien Damian Warner, qui devient le quatrième décathlonien, après Roman Serble, Ashton Eaton et le Français, à dépasser la barrière des 9000 points avec un total de 9018 unités.

La médaille

Jusqu’au bout de lui-même

« C’est la saveur du guerrier, du phénix qui renaît de ses cendres. C’est un sentiment d’accomplissement que j’ai rarement ressenti. » Kevin Mayer est un homme heureux. Il était pourtant venu pour l’or à Tokyo. Mais, grâce à la maturité de ses 29 ans, il sait savourer ces moments aussi rares que précieux où l’on s’accomplit, même sans atteindre l’objectif qu’on s’était fixé au départ. Privé d’entraînement spécifique depuis son arrivée au Japon, à cause d’un dos bloqué que seuls des anti-inflammatoires ont finalement pu - un peu - soulager en cours de ‘’déca’’, taraudé par le doute avant de s’installer dans les starting-blocks du 100 m, il n’a jamais rien lâché. « Ça n’a été que douleur, attente et stress », résume cet habitué des ascenseurs émotionnels.
Cinquième à l’issue de la première journée, à près de 200 points du podium et avec certaines performances en net retrait par rapport à d’habitude (15,07 m au poids en particulier), quatrième avant le javelot, il ne s’est pas découragé. Et c’est lors de cette dernière épreuve qu’a eu lieu le tournant de la compétition, dans la lutte pour la boîte qui l’opposait à l’Australien Ashley Moloney et au Canadien Pierce Lepage. A l’entame du concours, le Français comptait 140 points de retard sur le premier nommé et 46 sur le second. Mais ce lancer est leur point faible, et après qu’ils furent restés bloqués à respectivement 57,12 m et 57,24 m, le recordman du monde savait qu’il y avait la place pour aller chercher l’argent. Un deuxième jet monstrueux à 73,09 m, record personnel amélioré de plus d’un mètre (ancienne marque : 71,90 m), et le tour était joué pour l’élève de Jérôme Simian et Alexandre Bonacorsi. « C’était fabuleux, comme la hauteur (2,08 m), savoure-t-il. Sortir ce javelot avec les jambes, la fatigue, le dos et le mollet que j’avais, c’était un des plus beaux moments de ma vie. » Restait à s’arracher lors du 1500 m, bouclé en 4’43’’17, pour conserver sa deuxième place avec 8726 points, Moloney complétant le podium avec 8649 unités, record d’Océanie.

Premier podium en plein air depuis 2017

Le voici médaillé olympique pour la deuxième fois en individuel, rejoignant sur une liste aussi courte que prestigieuse (établie à partir de 1948) Alain Mimoun, Micheline Ostermeyer, Guy Drut, Marie-José Pérec, Renaud Lavillenie et Mahiedine Mekhissi. Il retrouve les joies d’un podium en grand championnat en plein air pour la première fois depuis 2017 et son titre mondial à Londres.
Après Ashton Eaton, dont il regrettait le retrait des pistes après Rio, Kevin Mayer a trouvé en la personne de Damian Warner un champion à la hauteur de son talent. Le Canadien a survolé la compétition, avec notamment des performances stratosphériques sur 100 m (10’’12), à la longueur (8,24 m) et sur 110 m haies (13’’46). Ses 9018 points laissent espérer de futurs duels au sommet, lorsque le Canadien et le Français pourront se présenter tous les deux au top de leur forme. « Pendant tout ce décathlon, je n’ai pensé qu’à une chose : Munich (Europe 2022), Eugene (Mondiaux 2022), Paris (J.O. 2024), révèle, les yeux brillants d’excitation, le plus beau palmarès des épreuves combinées tricolores. Toute l’expérience que j’ai acquise dans la douleur aujourd’hui va me servir pour la suite. »

La décla

« J’étais dans une chasse à la place, sans du tout regarder le chrono. Ça répondait assez bien, j’avais un bon rythme. C’était une sensation super agréable de remonter. » 

La marche est une discipline si difficile que les moments de plaisir méritent d’être savourés à leur juste valeur. Dans la fournaise de Sapporo, sur l’île d’Hokkaïdo au nord du Japon, ses 30°C et son taux d’humidité très élevé, Kevin Campion, pas le dernier à se faire mal en course, a réalisé une belle remontée au cours des huit derniers kilomètres. Pour terminer seizième en 1h23’53'', un résultat qui lui permet d’être demi-finaliste dans une course remportée par l'Italien Massimo Stano (1h21'05''), ce qui était quasi inespéré il y a quelques semaines quand le marcheur du Stade Dieppois peinait à l’entraînement.
« Ça reste une super nouvelle, surtout que je n’y croyais absolument pas vu ma première moitié de course, savoure l’athlète entraîné par Gilles Garcia. Il a fallu être fort mentalement. Au moment où ça a accéléré devant, je n’ai pas réussi à suivre. J’étais assez loin, sur un rythme de 4’08’’ au kilomètre. J’ai eu un trou du sixième au douzième kilomètre. A ce moment-là, je me suis dit : ‘’C’est maintenant ou jamais !’’ » Il a alors commencé à grappiller place après place, « sans regarder du tout le chrono. Je suis à ma place, seizième comme à Doha, après une année compliquée, conclut-il. C’est du bon boulot. »
Longtemps aux portes du top 16, Gabriel Bordier a connu une trajectoire inverse. Le Mayennais de l’US Saint-Berthevin a coincé dans les huit derniers kilomètres. « Je n’avais plus de jus. Je me suis accroché pour terminer, en me disant que c’étaient les Jeux, que j’étais là pour me battre et pas pour faire de la figuration. » Au terme d’une « course frustrante », lors de laquelle il a « peut-être été trop gourmand sur la première partie de course », il se classe vingt-quatrième en 1h25’23’’.

Et aussi

Le 4x400 m féminin pas loin du but

Ce relais, en reconstruction depuis plusieurs saisons, a de l’avenir. Cinquièmes de leur série en 3’25’’07, les Bleues ont manqué d’un peu plus d’une seconde la qualification au temps. Mais elles ont fait preuve de caractère et de volonté. A l’image de l’espoir du Grand Angoulême Athlétisme Sokhna Lacoste (51’’1 départ arrêté), qui avait la responsabilité de lancer son équipe à l’aveugle depuis le couloir 9, et qui a assumé son rôle avec brio pour lancer Amandine Brossier (SCO Angers Athlé) dans une position idéale. La demi-finaliste en individuel sur le tour de piste, chronométrée en 50’’6, transmettait le témoin en deuxième position à Brigitte Ntiamoah (Entente Grand Mulhouse Athlé ; 52’’18), qui s’accrochait. Partie en sixième position, Floria Gueï (Entente Sud Lyonnais ; 51’’06) gagnait une place dans la dernière ligne droite, mais cela ne suffisait pas à intégrer la finale. « On ressent de la frustration et de la déception, même si on a donné le meilleur de nous-mêmes et qu’on réalise notre meilleur chrono de la saison, souffle Amandine Brossier. Ça n’a pas suffi car le niveau global augmente. On essaye de créer cette équipe qui est encore jeune et qui a de belles années devant elle. »

Habz s’arrête en demies

Sur 1500 m, la route d’Azeddine Habz s’est arrêtée au stade des demi-finales. Le demi-fondeur du Val d’Europe Athlétisme a eu du mal à trouver sa place dans le peloton et a fait beaucoup d’efforts en naviguant à l’extérieur. Ce qu’il a payé dans la dernière ligne droite avec une dixième place en 3’35’’12, dans une course où le Kényan Abel Kipsang a fait tomber le record olympique en 3’31’’65. « L’enchaînement des courses a pesé dans mes jambes, avance le fondeur, qui tire un bilan très positif de ces Jeux. Je suis super content de mon parcours. C’est une belle expérience dans la perspective des Mondiaux l’année prochaine et pour Paris 2024. Ça n’est pas passé aujourd’hui, mais ça passera une prochaine fois. »

A Tokyo, Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © JM Hervio - S. Kempinaire / KMSP / FFA

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