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Il méritait une autre fin

Pour sa dernière course, Yohann Diniz a été contraint à l’abandon au vingt-huitième kilomètre, terrassé par de nombreuses douleurs. Avant cela, il avait été le grand animateur de la première partie de course, en réalisant une folle remontée. Le Rémois met fin à sa carrière sans médaille olympique, mais laisse une empreinte unique par son magnifique palmarès et sa personnalité attachante.

Il va tellement manquer à l’athlétisme français. Pour ses performances, sa générosité, son génie, son grain de folie aussi. Avant de mettre définitivement le clignotant un peu après la mi-course, Yohann Diniz a électrisé les vingt-huit premiers kilomètres du dernier 50 km olympique, l’épreuve étant retirée du programme des Jeux à partir de 2024. Il a effectué une course fidèle à son personnage, faite de hauts, de bas, d’espoirs et de douleurs.

Dès les premiers hectomètres à 5h30 du matin heure locale, alors que le rythme est plutôt modéré dans la chaleur de Sapporo, le Chinois Yadong Luo se détache en tête de peloton. Le Français le rejoint rapidement et prend à son tour les commandes, jusqu’à compter une trentaine de secondes d’avance sur leurs poursuivants au cinquième kilomètre. On se prend à imaginer un scénario à la Londres 2017, où il avait été sacré champion du monde, mais le marcheur de l’EFS Reims s’arrête aux toilettes au sixième kilomètre. Une longue pause, suivie d’un stop surprenant devant le groupe de chasse, lors duquel il semble désorienté. Il retrouve finalement ses esprits et repart avec un peu plus de deux minutes de retard sur la tête de course. « Paradoxalement, ça ne m’inquiète pas du tout, raconte a posteriori Pascal Chirat, référent national de la marche. Je pense à ce moment qu’il est en train de créer une dynamique positive. Je suis plutôt très optimiste. » Bien vu puisqu’au vingt-deuxième kilomètre, c’est un Yohann Diniz aérien et auteur d’une remontée impressionnante qui fait son retour dans le peloton.

Mais les choses se gâtent deux kilomètres plus loin. Au niveau du point d’eau, où des bouteilles sont disposées sur des tables, il tente de se frayer un chemin pour en récupérer une. Petite bousculade, un peu de tension, et au ravitaillement suivant, il s’arrête complètement pour prendre l’attirail prévu - serviettes, glace, casquette - pour refroidir son corps. « Je sais que c’est très mauvais signe, confie Pascal Chirat. Il repart mais il n’y est plus. Yohann a une capacité à se transcender pour réaliser des perfs extraordinaires, mais peut aussi très vite être envahi par le négatif. Il est parti trop loin, on ne peut plus le rappeler. » Après un nouveau long stop au vingt-septième kilomètre, l’athlète entraîné par Gilles Rocca repart puis s’arrête un peu plus loin. Il s’assoit sur un bout de trottoir. Sa carrière vient de s’achever, alors que le dernier 50 km olympique sacrera quelques dizaines plus tard le Polonais Dawid Tomala, vainqueur surprise en 3h50'08''.

« La compétition de trop »

Plus que le mental, c’est le corps qui a lâché selon le triple champion d’Europe. « Est-ce que je suis revenu trop vite ? Est-ce que j’ai fait trop l’élastique ? Je l’ai peut-être payé, s’interroge-t-il. Je n’avais plus de fraicheur. J’étais déjà épuisé physiquement. J’avais mal aux adducteurs, au bassin, je subissais le bitume. D’habitude, je vais plutôt caresser le sol. Là, je n’arrivais plus à trouver les clés pour ne pas subir. Je n’étais pas prêt à me faire aussi mal qu’à Rio. Là-bas, j’ai tellement emmené loin mon corps dans la douleur qu’il n’arrive désormais plus à la surpasser. »

Après Londres 2017, Yohann Diniz s’était posé la question de raccrocher les runnings au sommet. Il avait finalement décidé de repartir pour trois ans, afin d’aller chercher le graal olympique. Mais, à 43 ans, les jambes sont peut-être devenues trop lourdes, et le report des Jeux a ajouté douze mois dans la balance. « Tokyo a certainement été la compétition de trop, regrette-t-il. Ça fait deux ans que je cours entre les opérations, les blessures, se remettre à chaque coup. Je me suis peut-être un peu entêté à vouloir repartir. Malheureusement, je ne finis pas comme je l’avais espéré. Je suis surtout déçu pour les autres. Moi, je vais m’en remettre. Je n’ai plus physiquement la pleine possession de mes moyens. Il m’a fallu cette course pour m’en rendre compte, c’est un peu triste. »

Le natif d’Epernay ne sera jamais médaillé olympique. « Il y aura toujours ce manque, souffle-t-il. Ça restera un sentiment d’insatisfaction, mais ça ne sera pas de l’aigreur ou de la frustration. Il faut essayer de regarder ce qui a été fait au cours des quinze dernières années. » Et donc se retourner pour constater que la retraite sportive de Yohann Diniz va laisser un grand vide. Champion du monde en 2017, triple champion d’Europe en 2006, 2010 et 2014, actuel recordman du monde du 50 km en 3h32’33’’, ‘’Yo’’ possède le plus beau palmarès de la marche française, une discipline qu’il a contribué à mettre en lumière par ses performances et sa personnalité. « Maintenant qu’il s’en va, on va voir tout ce qu’il a apporté, rend hommage Pascal Chirat. Il laisse des performances mais aussi de l’humain. C’est un mec plein de générosité et d’instinct. » Qui, s’il ne sera plus en quête de podiums internationaux, a encore beaucoup à transmettre à l’athlétisme hexagonal au cours des prochaines années.

A Tokyo, Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © Mochizuki / Durand

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