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NUMÉRO 593 - AUTOMNE 2021

Gabriel Tual : Le fin stratège

Finaliste surprise à Tokyo, avec sa septième place sur 800 m, Gabriel Tual a la fraicheur et le bonheur contagieux. Ce qui ne l’empêche pas de construire sa carrière avec méthode et professionnalisme.

« Une belle ligne droite. » Voici comment Gabriel Tual, à 23 ans, résume les premières années de sa jeune carrière. Le demi-fondeur de l’US Talence maitrise aussi plutôt bien les virages et toutes les facettes du 800 m, comme il l’a montré lors des Jeux olympiques de Tokyo. Arrivé avec la vingt-quatrième performance des engagés, il s’est hissé jusqu’en finale en battant son record en demies en 1’44’’28. Grâce à des jambes de feu, une classe naturelle et un sens tactique étonnant pour un athlète de son âge. « Gamin, on voyait que c’était un bon athlète, affirme l’ex-internationale sur le double tour de piste Nathalie Thoumas, qui a fait partie de ceux qui l’ont formé à l’école d’athlé du SU Agen avec son mari, Olivier Gui. Il avait une belle foulée et était surtout très intelligent en course. Tout ce qu’on retrouve aujourd’hui, il l’avait déjà. » « Un peu bloqué tout au long de la finale », Gabriel Tual a vécu une dernière course « frustrante » au Japon, bouclée au septième rang en 1’46’’03, à un peu moins d’une seconde du vainqueur kényan Emmanuel Korir (1’45’’06). « Mais si on m’avait dit deux mois avant que j’allais terminer à cette place, je n’y aurais pas cru », confie-t-il.
Huit semaines plus tôt, l’étudiant en licence professionnelle « conducteur de travaux en maison individuelle » n’était d’ailleurs pas encore qualifié pour les Jeux. Il a dû attendre le meeting de Nice, le 12 juin, pour réaliser les minima olympiques, record personnel explosé en 1’44’’44, un jour après avoir reçu de la part de son équipementier les pointes dernière génération. Un soulagement pour celui qui avait raté de seulement cinq centièmes la qualification pour les championnats d’Europe en salle en mars 2021. Un petit coup d’arrêt qui rappelle que le parcours de Gabriel Tual n’est pas parfaitement linéaire. Demi-finaliste lors des Europe juniors en 2017, sélectionné pour les championnats d’Europe de Berlin en 2018 à 20 ans (éliminé en séries), l’athlète entraîné par Bernard Mossant au pôle de Talence a aussi connu une saison 2019 complexe, à cause du Covid-19 mais aussi de pépins physiques. « Gabriel, c’est une mécanique de précision, image son coach. Pendant des années, il avait des petits bobos. Il était peut-être trop à l’écoute de son corps, toujours un peu sur la retenue. Depuis trois ans, il est plus vaillant. »

Un rôle moteur dans son groupe

Côté psychologique, les quelques doutes du début d’été, qui concernaient notamment son finish, ont été vite évacués. Grâce en particulier au travail réalisé avec son préparateur mental, Amaury Delerue, qui s’appuie sur l’imagerie mentale et la cohérence cardiaque. « On a mis en place des choses qui me permettent d’arriver en compétition beaucoup plus confiant, avec la volonté de me dépasser, raconte Gabriel. Je vis maintenant beaucoup mieux la pression. Il faut avoir confiance en soi et ne pas avoir peur. Tenter, tout simplement. »
Un discours positif qui colle bien au petit rire introduisant chacune de ses réponses. À Talence, qu’il a rejoint à 15 ans en même temps qu’il intégrait le lycée sport-études Victor Louis, l’international aux cheveux attachés est vite devenu un moteur du groupe demi-fond, qui compte une dizaine de garçons. Dont le prometteur Thomas Marques de Andrade, septième du 800 m des Europe juniors cet été alors qu’il n’était encore que cadet : « Gabriel m’a donné beaucoup de conseils pour que je puisse aborder la compétition sereinement. Il m’a pris sous son aile et a un peu joué le rôle de grand frère. Il est passé par les mêmes étapes que nous et a réussi. Ça donne de l’espoir. » Bernard Mossant abonde : « Quand il est arrivé chez nous, il était un peu naïf et insouciant. Mais il a toujours été motivé. C’est sympa pour un coach. Il est très discret et modeste, pas exubérant. Il reste à sa place. »
Ce qui n’empêche pas l’entraîneur et l’athlète de dialoguer, loin d’une relation à sens unique. « Quand on commence à avoir un bon niveau, si le coach est juste là pour donner des séances, ça ne marche plus, assène avec maturité le demi-fondeur. Un coureur qui n’a pas son mot à dire, c’est compliqué. Il faut qu’il y ait une discussion, un planning de l’année bien détaillé et un débriefing après chaque course, ce qu’on fait. On commence à être dans un vrai travail d’athlète professionnel, et je pense que c’est la bonne voie à prendre. »

Sa finale retransmise sur écran géant

Le professionnalisme, c’est aussi partir à la chasse aux sponsors, un rôle qu’il est prêt à assumer aux côtés de ses agents. « Jusque-là, je ne vivais pas du tout de l’athlétisme. Heureusement qu’il y avait papa et maman derrière, mon club, et quelques partenaires, remarque celui dont les parents exploitent des licences de taxi. Mes résultats aux Jeux ont changé la donne, avec les aides de la Fédération et de l’agence nationale du sport. Mais c’est aussi à moi de trouver un petit peu plus de sponsors. Je suis en train de monter un dossier. En tant qu’athlète, il faut savoir être instagrameur, youtubeur, directeur marketing. Ça prend du temps et, parfois, ça use un peu. Mais ça me permet de grandir et d’enrichir mon bagage. »
À Prayssas, Gabriel Tual s’est en tout cas déjà fait un nom. C’est dans cette petite commune d’environ 1 000 habitants, située sur les coteaux à 18 km d’Agen, qu’il a grandi, enchaînant dans les bois environnants les sorties à VTT avec son père, ex-coureur de 800 m, et son petit frère Adrien, de deux ans son cadet et champion de France espoirs du double tour de piste. Sa finale olympique y a été retransmise sur un écran géant. Pas de quoi, pour autant, le faire tomber dans l’euphorie. « Le plus dur, ce n’est pas forcément d’arriver au top niveau, conclut-il. C’est d’y rester. »

Rédacteur : Florian Gaudin-Winer
Photographe : Jean-Marie Hervio/KMSP


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