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Les Bleus ont de l’appétit

Pour les dix Français en lice pour les championnats du monde en salle de Belgrade ce week-end, il faudra se montrer solide pour figurer parmi les huit meilleurs de leur épreuve. Cela fait, les rêves les plus fous leur seront alors permis. Tour d’horizon des chances tricolores, épreuve par épreuve, et par ordre d’entrée en lice.

Pentathlon femmes : Cambours pour s’étalonner

Pour Léonie Cambours, l’heure est au saut dans le grand bain. En 2017, lorsque la Spark Arena de Belgrade accueillait les championnats d’Europe en salle, la sociétaire du SPN Vernon ne pratiquait pas encore les épreuves combinées. Cinq ans plus tard, l’élève de Wilfrid Boulineau a fait du chemin, et s’est qualifiée pour son premier grand championnat chez les seniors, alors qu’elle n’est encore qu’espoir.
Lucide, elle a constaté en jetant un œil à la startlist qu’il y aura « deux groupes d’athlètes : un pour se jouer les médailles, et un autre un peu derrière. Mais il y a une grosse densité, et il y a de belles places à aller chercher, qui peuvent se jouer à très peu de points. Il faudra donc batailler sur chacune des cinq épreuves » pour obtenir le meilleur accessit possible. Brillante lors de sa rentrée à Aubière (4457 points), un peu moins à l’aise aux Elite, où elle était passée à côté de ses deux premières épreuves mais avait tout de même décroché la victoire, la Normande verrait tout record personnel comme une petite victoire dans ce contexte international tout nouveau.

Triple Saut hommes : Double chance de briller

Jean-Marc Pontvianne ne s’en est pas caché lors de la conférence de presse (virtuelle) de pré-compétition : fort de sa deuxième place aux bilans annuels des engagés, derrière les 17,21 m du Cubain Lazaro Martinez, il vise ni plus ni moins que « le podium, et même le titre ». Ses 17,08 m du meeting de Paris indoor l’ont placé en position de force, et cinq ans après sa première apparition internationale, déjà à Belgrade pour les Europe indoor, le Nîmois se sent « bien plus expérimenté et bien plus aguerri », d’autant qu’il a « résolu tous [ses] problèmes de marque qui ont gâché [son] début de saison et digéré [son] échec aux Jeux olympiques de Tokyo, même si ça n’a pas été facile. »
S’estimant capable d’aller au-delà des 17 m sur n’importe quel saut, il devra, en plus de Martinez, se méfier de son ancien compatriote Pedro Pablo Pichardo, désormais Portugais, de l’Américain Will Claye et de l’Algérien Yasser Mohammed Triki, qui ont tous des performances d’engagement bien en-deçà de leurs standards habituels.
Pour Melvin Raffin, également engagé dans ce concours, l’essentiel sera de « retrouver la confiance. » Le sauteur de Bordeaux Athlé se présente en Serbie avec 16,82 m au compteur en 2022, mais se sait capable de faire bien mieux. « Comme tout le monde, je viens pour la bagarre. Le physique est là, la technique aussi, ce n’est qu’une question de confiance en moi. Je veux y aller pour gagner, et pas simplement sauter pour sauter. Je me sens plus relâché que les années précédentes. » Le protégé de Teddy Tamgho aura la chance d’évoluer dans une salle qu’il apprécie, puisque c’est là qu’il avait établi son record du monde juniors en salle, lors des qualifications des Europe indoor il y a cinq ans.

1500 m femmes : Fleury connaît la marche à suivre

Arrivée au haut niveau sur le tard, Aurore Fleury (28 ans) a, depuis deux ans, fait voler en éclats les « barrières mentales » qui lui ont longtemps fait croire qu’elle n’avait pas « le talent pour prétendre au haut niveau international. » Avec ses 4’07’’09 réalisés à Karlsruhe (Allemagne) en février, la demi-fondeuse de Nancy Athlétisme Métropole a acquis son billet pour le 1500 m de ces championnats, alors qu’elle envisageait plutôt de se qualifier sur 3000 m à la base.
La néophyte, qui découvre là les grands championnats, a parfaitement saisi ce qui sera la clef lors de sa série. « Il va falloir que je m’impose physiquement, en prenant confiance en moi, car j’ai trop souvent tendance à laisser les filles me passer devant et à perdre mon placement. Mon gros challenge, c’est de ne pas rater le bon wagon, encore plus dans une série de grands championnats. »
Selon la configuration de la course, la Lorraine pourrait avoir la chance de se trouver dans la course la plus rapide, et ainsi avoir plus de chance de rejoindre la finale grâce au chrono. Dans une épreuve promise à la recordwoman du monde Gudaf Tsegay, Fleury sait que la pièce peut basculer d’un côté comme de l’autre : « Ca peut se finir en top 5, comme sur une quinzième place. Je veux avant tout montrer de quoi je suis capable, et profiter du moment. » Tout en s’inspirant, qui sait, de son amie Alice Finot, qui avait crevé l’écran l’hiver dernier à Torun, avec un profil similaire au sien.

60 m Haies femmes : Samba-Mayela peut viser haut

Le début de saison canon de Cyrena Samba-Mayela, devenue la troisième performeuse française de tous les temps avec ses 7’’84 à Karlsruhe, a fait naître des espoirs très élevés pour la hurdleuse du Lille Métropole Athlétisme. Détentrice du quatrième chrono mondial de la saison, derrière les Jamaïcaines Danielle Williams et Britany Anderson, et l’Américaine Gabriele Cunningham, « CSM » a franchi un cap en 2022, quelques mois seulement après avoir dû renoncer aux Jeux olympiques de Tokyo en raison d’une blessure survenue dans sa préparation terminale.
Pour autant, la densité au niveau planétaire laisse à penser qu’il faudra courir en moins de 8’’ pour s’assurer une place parmi les huit meilleures. Cela tombe bien, Cyrena l’a déjà fait à quatre reprises cette saison, la dernière en date au meeting de Paris indoor, qu’elle a remporté en 7’’92. Renouveler une telle performance dans la capitale serbe lui permettrait probablement de se mêler à la lutte pour la distribution des breloques.
Cependant, l’ancienne vice-championne du monde cadettes (à Nairobi en 2017) n’en est qu’au début de sa carrière internationale, et il lui faudra d’abord déjouer les pièges des premiers tours, pour ce qui ne sera que sa deuxième sélection en A, après les championnats d’Europe indoor de Torun l’an passé, qui l’avaient vu sortir dès les séries. Mais quoi de mieux qu’un coup d’éclat pour marquer son entrée dans la cour des grandes ?

Saut à la perche femmes : Repousser ses limites

Epatante lors des championnats de France Elite, Margot Chevrier a fait grimper la barre jusqu’à 4,65 m à Miramas, ce qui lui a valu de recevoir une invitation de World Athletics pour ces championnats du monde. La Niçoise de 22 ans n’y viendra surtout pas en observatrice, quand bien même ce sera là sa première grande compétition internationale, sa seule sélection internationale A remontant aux championnats d'Europe par équipes de Chorzow l’an passé.
Sur le papier, elles sont trois engagées à avoir déjà franchi 4,80 m cette saison : les Américaines Katie Nageotte (championne olympique à Tokyo) et Sandi Morris (la tenante du titre), et la Slovène Tina Sutej, qui avait dominé de la tête et des épaules le Perche Elite Tour de Rouen. La Suissesse Angelica Moser, la Chinoise de Clermont Athlétisme Auvergne Huiqin Xu et la Cubaine Yarisley Silva sont avec Chevrier les principales outsiders de cette finale directe.
Au vu de sa dynamique, et de l’absence de bon nombre des meilleures spécialistes de la discipline, pour cause de guerre en Ukraine, de blessures ou d’impasse sur la saison hivernale, la championne de France a les armes pour briller et se faufiler parmi les huit meilleures. Et même peut-être un peu mieux, si elle continue à passer ses barres au premier essai et à battre son record personnel. Et si les astres veulent bien s’aligner, le record de France de Ninon Chapelle (4,75 m) pourrait trembler.

60 m Haies masculin : Une tradition à perpétuer

Voilà dix ans, déjà, que l’équipe de France ramène systématiquement au moins une médaille des championnats du monde en salle sur les haies hautes : Pascal Martinot-Lagarde en 2012 à Istanbul, PML et Garfield Darien en 2014 à Sopot, PML et Bascou à Portland en 2016, et Aurel Manga à Birmingham en 2018. Ajoutez à cela six éditions de rang des championnats d’Europe avec le même constat (depuis 2009), en passant par le formidable triplé de Prague 2015, et vous mesurerez ainsi l’importance prise par les hurdlers français dans les palmarès internationaux au XXIe siècle.
Cette année encore, les deux Bleus engagés ont de sérieuses raisons de croire au succès. Avec ses 7’’46 à Liévin début février, Pascal Martinot-Lagarde a retrouvé le lustre de ses meilleures années, puisqu’il n’est qu’à un centième de son record. Et l’athlète de l’ES Montgeron, 30 ans, a de l’expérience à revendre, avec ses sept (oui, 7 !) médailles glanées en salle depuis dix ans. Champion d’Europe en titre, Wilhem Belocian a montré aux championnats de France qu’il faudrait compter avec lui, en conquérant la couronne en 7’’53. Si le Guadeloupéen du Lille Métropole Athlétisme court au même niveau qu’en 2021 (7’’42), alors tous les espoirs lui sont permis.
Face aux Bleus, l’ogre américain Grant Holloway est, sur le papier, intouchable, avec ses 7’’35 cette saison (et 7’’29 en 2021, le record du monde). Sur le papier seulement, puisqu’il avait mordu la poussière l’été dernier lors de la finale olympique, alors que le sacre lui tendait les bras. Son compatriote Jarret Eaton, le Polonais Damian Czykier, le Britannique Andrew Pozzi et le jeune Espagnol Asier Martinez sont autant d’obstacles qui se dresseront sur la route des Français. Pas de quoi les effrayer pour autant, franchir des obstacles étant leur passion et leur métier.

Saut à la perche masculin : Titiller les sommets

Evidemment, il y a Mondo. Le prodige suédois, qui vient de porter son record du monde à 6,19 m, semble plus que jamais sur une autre planète. Outre Armand Duplantis, il y aura aussi Christopher Nilsen, l’Américain qui a livré un récital jusqu’à 6,05 m, record des Amériques, au Kindarena de Rouen lors du dernier Perche Elite Tour. Mais aussi Thiago Braz, le champion olympique 2016, KC Lightfoot, ou encore Menno Vloon, qui ont tous réussi 5,96 m ou mieux au cours de leur carrière. La tâche ne sera donc pas aisée pour les perchistes français à la Stark Arena.
Mais les Bleus sont malins, et savent pertinemment qu’un concours n’est jamais écrit avant d’être joué. Valentin Lavillenie, vice-champion d’Europe à Torun l’an passé, et Thibaut Collet, tout frais champion de France, ont tous les deux franchi 5,81 m lors des joutes nationales à Miramas. Le Clermontois a renouvelé l’expérience la semaine suivante à Rouen, et semble dans la forme de sa vie, avec une belle dynamique. Tout nouveau record personnel sera synonyme d’une bonne place au classement final pour les camarades d’entraînement dans le groupe de Philippe d’Encausse. Il faudra donc compter avec eux pour la grande explication, tout comme les treize autres gaillards prêts à faire monter la sauce et la barre jusqu’au toit de la salle.

Etienne Nappey pour athle.fr

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