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Happio à un souffle de l’histoire

Wilfried Happio a pris la quatrième place de la finale mondiale du 400 m haies mercredi dans l’Oregon, à seulement deux centièmes de la médaille de bronze, et à quatre du record de France de Stéphane Diagana. Une déception pour lui sur le moment, appelée à devenir très rapidement un tremplin vers de nouveaux horizons.

Il est resté très longtemps assis sur la piste du Hayward Field, incrédule, soufflé par son effort et par le dénouement de la course. Espérait-il que l’écran géant ne revienne sur son cruel verdict, le plaçant au quatrième rang ? Ou prenait-il la mesure de l’ampleur de la performance qu’il venait de réaliser ? En bouclant son 400 m haies en 47’’41, le sociétaire du Lille Métropole Athlétisme, repéré et formé du côté de L’Haÿ-les-Roses, a basculé dans une nouvelle dimension. Juste derrière Stéphane Diagana, le recordman de France et patron absolu de la discipline dans l’Hexagone depuis trente ans, qu’on croyait indéboulonnable.

Aussi, et surtout, Happio s’est mêlé à la lutte pour le podium jusqu’au bout, se jetant sur la ligne, la foulée chancelante et les bras dans tous les sens pour tenter de contrer la montée furieuse de l’acide lactique dans ses jambes. Là encore, beaucoup croyaient une telle chose impossible, au vu de la densité XXL du ‘’4H’’ mondial en ce moment. Pas Wilfried Happio. Après avoir avalé Warholm, le grand Warholm, recordman du monde, champion olympique et double tenant du titre, fautif sur le huitième obstacle, le Français a repris, à l’énergie, le Jamaïcain Hyde, se glissant alors au troisième rang de la course à soixante mètres du but. Hélas, l’Américain Trevor Bassitt, exilé au couloir 8 (si bien qu’Olivier Vallaeys, le coach d’Happio, placé tout en haut des tribunes, ne l’a pas vu), est revenu des enfers briser son rêve sur la ligne d’arrivée (47’’39 contre 47’’41). Devant, Alison Dos Santos a inscrit son nom au palmarès en 46’’29, devant le local Rai Benjamin (48’’89).

Un mois de folie

Qu’importe ce qu’il avait en tête dans les secondes qui ont suivi, Wilfried Happio a dû se résoudre à se relever, et à prendre le chemin le menant vers les coulisses, pour souffler un peu puis répondre aux questions des journalistes. « Dans quelque temps, je me dirai que j’ai vraiment progressé sur ces dernières semaines, mais pour l’instant, c’est la déception d’être au pied du podium qui domine », soufflait-il, les yeux encore un peu dans le vague. Et de raconter qu’il s’était conditionné mentalement à jouer la boîte, en se « mettant dans la tête des images où je doublais Warholm, Benjamin, Dos Santos. J’avais une impression de déjà-vu quand j’ai dépassé le Norvégien, mais en même temps, je me suis dit ‘’whaou, c’est Warholm’’, je ne comprenais pas très bien. » Envahi par la douleur, Happio a « essayé de continuer à mouliner devant les dernières haies », comme il l’avait si bien fait en début de course, suivant ainsi les préconisations de Stéphane Diagana et de son coach.

Désormais à quatre centièmes du record de France, Happio, qui fêtera ses 24 ans en septembre, a brusquement vu l’horizon changer devant lui, son record ayant progressé de plus de seize dixièmes en l’espace d’un mois. Jusqu’au 16 juin, son record était de 49’’03. « De l’extérieur, ma progression paraît peut-être folle, mais cela faisait trois ans que je stagnais à 49’’, alors que je m’entraînais dur. Quand on est fort chez les jeunes, et qu’on commence à douter ensuite, on peut rapidement trébucher ou se mettre ses propres limites mentales. Aujourd’hui, je n’en avais aucune », analysait l’ancien champion d’Europe U20 et U23. Dans les jours à venir, il aura tout loisir de revoir sa course et d’y déceler les possibles points d’amélioration. La motivation pour revenir au même niveau d’adrénaline et de compétition dans une finale de niveau planétaire, elle, est déjà bien là. « L’Américain (Bassitt) a peut-être mieux géré son effort, et avait plus de jus que moi sur les derniers mètres pour grapiller les deux centièmes qui font la différence. Félicitations à lui, mais c’est la dernière fois qu’on me fait ça ! »

Etienne Nappey pour athle.fr
Photos : S. Kempinaire - JM Hervio / KMSP / FFA

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