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NUMÉRO 601 - AUTOMNE 2023

Sasha Zhoya : « Je sais écouter mon corps »

Sixième du 110 m haies à Budapest, après avoir amélioré son record en demi-finales (13’’15), Sasha Zhoya fait du sport depuis le berceau ou presque. Un vécu dont il tire une connaissance précieuse de son organisme.

Étiez-vous un enfant doué pour le sport ?

J’étais hyperactif. À deux ans, j’étais déjà en train de lancer et d’attraper des balles de tennis dans le jardin. J’ai des souvenirs liés au sport depuis tout jeune grâce à ma mère, qui m’inscrivait dans plein d’activités. J’en ai pratiqué une douzaine, à chaque fois au minimum pendant trois ans : natation, basket, hockey sur glace, équitation, kung-fu… Je n’étais pas doué pour chacun d’entre eux, mais comme j’avais une connaissance pointue de mon corps dès l’enfance, je pouvais exprimer mes qualités.

« Bien connaître son corps », qu’est-ce que ça signifie quand on est enfant ?

J’arrivais à m’exprimer et à bouger mon corps comme je le voulais. Par exemple, au lieu d’avoir besoin de dix tentatives pour réussir un plongeon dans l’eau, j’y arrivais dès le deuxième ou le troisième essai. Ma principale qualité, c’est que quand mon coach me demandait de corriger mon geste, j’étais capable de m’adapter grâce à mes sensations. C’est encore le cas aujourd’hui. Lorsque Ladji (Doucouré, son entraîneur) me montre une nouvelle gamme, c’est intégré en deux ou trois fois, alors que c’est plus long pour d’autres personnes.

Cette capacité à reproduire le bon geste, c’est instinctif ou très réfléchi ?

C’est naturel, je n’ai pas besoin de beaucoup réfléchir. Si Ladji réalise le mouvement devant moi, je sais comment je vais devoir bouger mon corps pour faire comme lui. Je suis très visuel. Apprendre un sport devant un ordinateur, ça ne marche pas avec moi. C’est pour ça que tout fonctionne très bien avec Ladji. Vu qu’il est assez jeune, il peut me montrer l’exemple. Dans vingt ans, ça sera peut-être un peu plus compliqué pour lui, mais d’ici là, je pense que j’aurai assimilé ce qu’il faut (rires).

Que ressentez-vous quand vous franchissez une haie ?

Je ne pense à rien quand je cours en compétition. Je ne réfléchis pas à ma technique. Mais au niveau du plaisir, c’est l’attaque que je kiffe le plus, ce moment où tu entres dans la haie à pleine vitesse et où il faut tout débrancher. Car si tu es trop dans la réflexion, tu rates ton geste.

En grand championnat, votre corps vous envoie-t-il des signaux différents de ceux d’un meeting ?

Mon corps, non. Mon mental, oui. Ça m’arrive d’avoir des “coups de jus” lors desquels je ne sens plus mes muscles, mais plus en raison de la fatigue que du contexte de championnat. Les petites douleurs peuvent aussi être exacerbées lors des grands rendez-vous. Le cerveau a un impact sur les sensations.

Vous donnez l’impression d’être très décontracté en compétition. C’est vraiment le cas ?

Il y a quand même beaucoup de stress. La clé est de savoir comment l’utiliser. J’ai besoin d’être relâché pour deux raisons. La première, c’est que si des adversaires me voient tendu, ça risque de les booster. La seconde, c’est que lorsque je ressens cette tension, j’ai l’impression qu’il y a un problème.

Vous avez connu plusieurs blessures ces dernières années. À quel moment avez-vous pris conscience de la fragilité de votre corps ?

Je ne pense pas qu’il est fragile, je ne me suis jamais fait de grosses blessures. La pire a été un “grade 2” à l’ischio, du classique pour un hurdler, et sinon il faut remonter à 2016 avec une fracture de fatigue. J’ai uniquement eu des petits pépins, mais c’est normal de se blesser, car je pousse mon corps à 150 %. C’est juste que je suis jeune et que je commets encore des erreurs, quand, par exemple, je ne dors pas assez ou que je ne mange pas bien. C’est quelque chose que je dois travailler, en étant plus mature. En revanche, je suis quelqu’un qui sait écouter son corps et qui le connaît bien. Depuis l’adolescence, je m’entraîne avec la peur de me blesser et je sais qu’il vaut mieux s’arrêter en cours d’entraînement, si on ressent une douleur, plutôt que de forcer. J’ai beaucoup bossé ça avec mon coach en Australie, Lindsay Bunn, qui était très attaché au respect des sensations. Mais je peux faire des progrès, car mon ego me dit encore parfois : vas-y, fais cette deuxième série !

Quand on adore le sport comme vous, comment vit-on les périodes d’inactivité ?

Honnêtement, je galère, même si ça dépend bien sûr de la durée du pépin. Si je dois m’arrêter six semaines, je peux m’en sortir. Ça ne va pas trop me toucher mentalement. Mais si ça dépasse un mois et demi, c’est très compliqué. Je ne sais pas gérer, je ne vais pas être bien. C’est l’expérience de l’athlète qui fait la différence dans ces moments-là. Si Pascal Martinot-Lagarde et moi, on doit s’arrêter deux mois, je sais qu’il sera plus fort que moi lors de la reprise, parce qu’il aura eu plus de force mentale pour traverser cette période.

Est-ce sur une piste d’athlétisme que votre corps est le plus libre et le plus expressif ?

Malheureusement, ça n’est pas la réponse que les gens aiment entendre, mais c’est lorsque je danse. Je l’avais d’ailleurs raconté dans Intérieur Sport (l’émission documentaire de Canal Plus qui s’immerge dans le quotidien des sportifs de haut niveau lui a consacré un épisode, Star Boy, dont la première diffusion remonte à décembre 2021, NDLR) : j’étais plus fier de moi après mon spectacle de fin d’année au lycée que lorsque j’ai battu le record du monde juniors du 110 m haies. J’ai besoin de ne pas être à 100 % dans l’athlétisme et de m’exprimer autrement, à travers la musique ou la danse.


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