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Mamma mia, Samba-Mayela

La hurdleuse française est devenue championne d’Europe du 100 m haies en pulvérisant le record de France, désormais fixé à 12’’31, au cœur d’une soirée de gala pour l’équipe de France, également marquée par l’argent récolté par Auriana Lazraq Khlass, qui a mis plus de 400 points à son meilleur total à l’heptathlon.

La perf'

Samba-Mayela sur une autre planète

Elle a écarté les bras et hurlé de bonheur après avoir franchi la ligne d’arrivée du 100 m haies. Souvent pondérée en public, Cyréna Samba-Mayela s’est lâchée, ce samedi soir, sur la piste bleue de Rome. Parce qu’elle est devenue championne d’Europe trente-quatre ans après Monique Ewanjé-Épée, son second titre majeur après sa victoire aux Mondiaux indoor il y a deux ans. Et parce qu’elle a découvert sur le panneau électrique son chrono : 12’’31 (+0,8). Encore un record de France - son quotidien ou presque depuis le début de l’été - mais aussi un record des championnats, qui fait de la hurdleuse du Lille Métropole Athlétisme la meilleure performeuse mondiale de l’année, la dixième meilleure performeuse mondiale de tous les temps et la quatrième au niveau continental.

Son exécution a été sublime, dans la droite ligne d’une demi-finale lors de laquelle elle avait déjà fait tomber son record national en 12’’43 (+0,4). Un excellent départ puis une démonstration de force et de fluidité mêlées, pour faire le trou avec les accrocheuses Ditaji Kambundji, 2e en 12’’40, et Pia Skrzyszowska, 3e en 12’’42. « La course était incroyable, j’ai ressenti chaque seconde, avec la sensation d’avoir la maitrise de ce que je faisais, comme dans un rêve lucide. Le goût de l’or à nouveau, c’est juste fou », clamait-elle. Qu’on ne s’y trompe pas, ce sont trois chronos de très grande classe qu’ont réalisés la Française, la Suissesse et la Polonaise. Et Cyréna Samba-Mayela, qui a posé avec son drapeau bleu, blanc, rouge avec Auriana Lazraq Khlass, médaillée d’argent quelques minutes plus tôt, confirme son statut de candidate au podium olympique, et même au titre.

Elle avait d’ailleurs clamé en conférence de presse avant la compétition qu’elle voyait ses Europe comme un « entraînement » avant Paris. Après la démonstration romaine, ses concurrentes l’attendront désormais de pied ferme. « Je serai prête à affronter ça. Si je prétends à une médaille olympique, il faut passer par ces étapes-là. Je marche sur les traces de mon plan, c’est tout ce qui m’importe. » Le plan, élaboré à Orlando (Floride) outre-Atlantique sous la houlette de John Coghlan depuis quelques mois, se déroule sans accrocs, et a même pris un sacré coup d’accélérateur en l’espace de deux heures. La fusée est lancée.

Le temps fort

Lazraq Khlass en état de grâce

La dernière ligne droite du 800 m final de l’heptathlon suffira à résumer les deux jours d’épreuve d’Auriana Lazraq Khlass : de l’engagement, de la niaque, jusqu’au dernier centimètre, et un sourire XXL à l’arrivée. Ses 6635 points cumulés font d’elle la nouvelle vice-championne d’Europe, derrière la grande Nafissatou Thiam, avec laquelle elle avait « hâte de passer du temps » avant de commencer, et l’heureuse détentrice des minima olympiques. « L’an passé, j’étais là pour voir, cette fois, je suis là sur la boîte, et dans deux mois, je serai à Paris ! », s’époumonait-elle devant les micros des journalistes.

Elle voulait passer un cap lors de ces Europe, elle a changé de monde. Rendez-vous compte : en plus de six de ses records égalés ou améliorés, avec encore 48,23 m au javelot et 2’12’’07 sur 800 m, Lazraq Khlass a fait bondir son total de 426 points en une seule fois. « C’est l’heptathlon parfait au bon moment, je ne me rends pas encore compte, c’est énorme ! » La voici au troisième rang des bilans français tous temps, derrière l'immense Eunice Barber (6889 pts) et Chantal Beaugeant (6702 pts), mais devant la double championne d'Europe Antoinette Nana Djimou (6576 pts).

Débutante émerveillée l’an passé aux Mondiaux de Budapest, « ALK » a pris un virage important dans sa carrière après ça. Alors qu’elle s’était mise au chômage pour jouer sa qualif en Hongrie, elle est désormais athlète professionnelle, et a pu aligner les planètes à l’entraînement. Tout en canalisant sa personnalité et ses émotions débordantes, comme l’expliquait son entraîneur Julien Choffart. « L’année s’est passée beaucoup plus harmonieusement que les précédentes. Elle est moins stressée lors des concours, l’émotion est au service de la maitrise. Elle adore ce qu’elle fait, en compétition ou à l’entraînement, c’est un régal de travailler avec elle. Mais le sport est un long chemin, pas toujours rose », soulignait-il. Le coach lorrain avouait sans détour qu’il « savait qu’elle avait ça dans les pattes », mais qu’il ne croyait pas que tout arriverait aussi vite.

Le chiffre

34

La quatrième place obtenue par Gabriel Bordier sur 20 km marche, en 1h20’45’’ est le meilleur résultat d’un Français aux championnats d’Europe sur la distance depuis le bronze obtenu par Thierry Toutain en 1990. A l’époque, Bordier n’était pas né, loin s’en faut (il est de 1997), et peut-être même que ses parents ne se connaissaient pas encore. Malgré deux cartons rouges qui ne sont « pas dans [ses] habitudes », le Mayennais a parfaitement géré son affaire, en optant pour « une course d’attente, qui a payé ». Devant, l’Italien Fransesco Fortunato était « trop loin et trop fort » pour espérer un podium sur le foro olimpico, mais Bordier s’est désormais forgé la conviction qu’il avait sa place dans le paquet de tête sur les plus grandes courses du monde, ce qui devrait lui être utile pour les prochaines échéances.

Aurélien Quinion s’est montré, comme souvent, fougueux et généreux dans l’effort, et a longtemps été au côté de son compatriote, s’échangeant les relais comme des cyclistes. Il en a sous doute un peu trop fait dans l’avant-dernier kilomètre, puisqu’après avoir perdu une trentaine de mètres en heurtant une table de ravitaillement, il est revenu pleine balle et a récolté un troisième carton rouge synonyme de passage en zone de pénalité pour 120 secondes. Il a achevé son périple à la douzième place, en 1h22’’38. Soit un rang et 17’’ de retard sur Kevin Campion, qui s’est courageusement lancé dans une périlleuse « opération minima », sous un cagnard de 32°C, résistant pendant une dizaine de kilomètres avant de baisser pavillon, les armes à la main.

Les promesses

Des places d’honneur pour Mohamed et Campagne

Ce n’est pas leur faire injure que de dire que Raphaël Mohamed et Tom Campagne n’étaient pas forcément attendus à pareille fête, lors de ces championnats d’Europe. Le hurdleur et le sauteur en longueur ont pourtant joué avec brio leur rôle d’outsider. Le premier nommé est même passé tout près d’un gros coup, en finale du 110 m haies. Sorti derrière une bonne partie de ses adversaires, il a eu le mérite de ne rien lâcher et a failli être récompensé par une médaille de bronze. En 13’’45 (+0.6), il termine quatrième et n’échoue qu’à  deux centièmes du troisième, le Suisse Jason Joseph, la victoire revenant à l’Italien Lorenzo Simonelli (13’’05) devant l’Espagnol Enrique Llopis (13’’16). « Le sentiment est mitigé, reconnaissait le sociétaire du Racing Club de Mamoudzou. J’aurais pu aller chercher cette médaille, il ne m’a pas manqué grand-chose. J’ai tenté le tout pour le tout à la fin avec mon cassé, mais ça n’est pas passé. »

Tom Campagne a, lui, démarré de la meilleure manière possible sa finale, en décollant à 8,08 m (+1.0) au premier essai. Une performance qu’il a confirmée à son troisième bond en retombant à 8,04 m. Un résultat insuffisant pour monter sur la boite mais synonyme de cinquième place au terme d’un concours de toute beauté, remporté par le Grec Miltiadis Tentoglou avec 8,65 m, record des championnats, devant le prodige Italien Mattia Furlani, auteur d’un nouveau record du monde U20 avec 8,38 m. Un contexte qui a surmotivé l’athlète du Stade Bordelais : « J’ai vraiment kiffé, j’ai pris mon pied et profité de l’ambiance. Je m’imprégnais de l’énergie qu’il y avait. Le public a été énorme. » Son dernier essai, mordu mais riche d’espoirs, lui ouvre de nouvelles perspectives. « Je suis super content et fier de moi, j’ai passé un cap mentalement, concluait-il.

La décla

« Ce n’est même plus de la frustration, c’est de la colère. »

Mélina Robert-Michon s’est livré à une analyse sans concession de sa finale du disque. La lanceuse du Lyon Athlétisme, initialement classée 9e du concours avec un premier essai à 60,87 m, a finalement basculé à la 7e place avec 61,65 m à sa quatrième tentative et devient donc finaliste. Mais elle visait bien mieux dans la capitale italienne. Le concours a été marqué par un imbroglio, puisque la délégation française a déposé un "protest" après le troisième jet de la Suédoise Vanessa Kamga, en suspectant une erreur de mesure. La multimédaillée internationale, qui venait de passer 9e, a tout de même eu droit à trois essais supplémentaires, normalement réservés au top 8, en lançant sous réserve. Et finalement, à l'issue du concours, la performance de Kamga n'a pas été validée, faisant gagner deux rangs à MRM. Des péripéties qui ne changeaient rien au constat de cette dernière : « Je ne suis pas dans le disque, je ne suis pas celle que je devrais être. Ce sont des choses qu’on doit régler d’ici Paris. » Fidèle à son sens du collectif, la recordwoman de sélections en équipe de France seniors (70) a tout de même retrouvé le sourire au moment d’évoquer la dynamique collective chez les femmes, avec les deux magnifiques médailles du soir. Un élan dans lequel elle aurait aimé s’inscrire, elle qui a tant de fois été la cheffe de file des Bleues.

Et Aussi

Pablo Matéo finaliste et fier

Venu à Rome pour décrocher trois médailles, Pablo Matéo ne réussira pas son pari. Mais sa qualification en finale du 100 m était déjà une performance qui le rendait « fier », après une fin de préparation perturbée par des raisons d’ordre personnel. Deuxième de sa demi-finale en 10’’17 (+0.5), meilleure performance de l’année égalée, il s’est classé huitième en 10’’22 (+0.7) de la grande explication, marquée par le doublé italien de Marcell Jacobs 10’’02) et Chituru Ali (10’’05). Bonne nouvelle : la petite tension à l’ischio qui l’avait un peu gêné en séries ne s’est pas réveillé ce samedi. Il pourra défendre toutes ses chances dès demain sur le demi-tour de piste, la distance sur laquelle il s’éclate depuis le début de la saison.

Tual taille patron

Gabriel Tual a de nouveau régalé les stratèges du 800 m en dominant sa demi-finale en 1’45’’03 après avoir jailli de sa boîte à la sortie du dernier virage. « Attendez-moi dimanche, parce que je vais être là ! », prophétisait le Bordelais. Finaliste olympique et mondial, il courra sa première finale continentale en plein air, avec le plein de confiance. « J’ai envie d’être agressif et de montrer que je suis capable de faire de belles choses. Il va falloir être malin et ne pas faire d’erreurs tactiques. » Jusque-là, son parcours relève du quasi-sans faute.
Son jeune compère Paul Anselmini, brillant en séries, a buté sur l’étage supérieur, malgré des jambes encore flamboyantes, amoindries par un placement hésitant dans le dernier tour. En 1’46’’62, il est venu mourir sur le dos de l’Espagnol Alvaro de Arriba malgré un final express qui aurait mérité mieux.

Lecoeur aux portes de la finale

Romain Lecoeur a expérimenté le passage sur les « hot seats » où patientent les qualifiables au chrono des courses de sprint, mais le hurdler a finalement été privé de la finale pour trois centièmes (13’’47 pour 13’’44 au Belge Elie Bacari), pour son premier championnat international. La faute à un « temps d’activation » un peu trop tardif après un départ pourtant réussi. Une source de frustration, mais aussi d’apprentissage.
Exemptée de premier tour à la faveur de sa place dans le top 12 aux bilans, sa compère Laeticia Bapté a « manqué de rythme » pour se défaire de ses adversaires en demi-finales du 100 m haies. La Martiniquaise a été chronométrée en 12’’95, ce qui lui a valu une treizième place combinée.

Dans une finale du 5000 m où personne n’a voulu prendre le risque de mener pour se faire griller par Jakob Ingebrigtsen, Romain Legendre est le Tricolore qui s’en est le mieux sorti, avec sa treizième place en 13’29’’15, à bonne distance de l’ogre norvégien (13’20’’11). Suivent ensuite Etienne Daguinos, quinzième en 13’30’’06, et Bastien Augusto, dix-neuvième en 13’34’’03.

A Rome, F. Gaudin-Winer et E. Nappey pour athle.fr
Photos : P. Millereau - JM Hervio / KMSP / FFA

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