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Finot et Tual, doublé doré

La steepleuse et le spécialiste du 800 m, impressionnants de puissance et de maitrise, ont apporté deux nouveaux titres au clan français en l’espace d’un quart d’heure ce dimanche à Rome. La triple sauteuse Ilionis Guillaume et la coureuse de 1500 m Agathe Guillemot  y ont ajouté deux médailles de bronze, pour donner encore plus de saveur à la soirée tricolore.

Le temps fort

Le chef d’œuvre de Tual

« Dans les derniers 150 mètres, j’étais en train de voler, c’était magique. » Gabriel Tual avait des étoiles dans les yeux ce dimanche soir, au moment de raconter sa fin de course. Le demi-fondeur de l’US Talence a touché en finale du 800 m des championnats d’Europe à cette fameuse zone - celle où rien ne peut vous résister - sur la piste détrempée de Rome. Il a survolé l’ultime ligne droite de toute sa classe, commençant presque à jubiler avant même d’avoir atteint l’arrivée. Vainqueur en 1’44’’87, il a réalisé un chef d’œuvre tactique, toujours idéalement placé en deuxième position du peloton sans trop rester à la corde, pour éviter d’être enfermé. L'Espagnol Alvaro de Arriba a bien tenté son coup habituel, en accélérant progressivement, avant même la fin du premier tour (53''14 au 400 m), puis son compatriote Mohamed Attaoui a placé une violente attaque à la sortie de l'ultime virage. Mais Tual a su y répondre immédiatement pour prendre le large avec une aisance impressionnante, grâce à un negative split de grande classe (51''73 sur le 2e 400 m).

Attaoui, deuxième en 1’45’’20, et le meilleur performeur européen de l’année, l’Italien Catalin Tecuceanu, troisième en 1’45’’40, n’ont pu que constater les dégâts. « Avant le départ, c’était tendu, retrace l’élève de Bernard Mossant. J’ai fait comme en demi-finales et ça s’est super bien passé. J’ai géré la course comme il fallait, en étant concentré sur moi-même. Ça a donné un truc de fou. »

Finaliste aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 et aux Mondiaux de Eugene en 2022, Gabriel Tual, déjà reconnu pour son sens tactique et sa capacité à enchaîner les tours, passe un nouveau cap avec cette première médaille en grand championnat, qui plus est en or. Il devient le premier Français à être sacré champion d'Europe sur le double tour de piste. « Je l’attendais depuis très longtemps, savourait l’athlète de 26 ans, qui a effectué son tour d’honneur coiffé d’un chapeau en forme de coq, sans doute emprunté à Yann Schrub. On s’entraîne tellement dur, on en vomit sur la piste. Parfois, je dors pendant une heure au retour de l’entraînement, tellement je n’en peux plus. C’est un immense plaisir de finir avec la plus belle médaille autour du cou. » Et ça ouvre l’appétit, même s’il n’est pas question de se laisser griser. « C’est un gros échauffement avant les Jeux et ça met beaucoup en confiance. Mais il ne faut pas se mélanger les pédales et ne pas rester trop perché en haut », prévient ‘’Gaby’’, déjà tourné vers le rendez-vous d’une vie à Paris.

La perf

Finot, le bonheur au bout de l’attente

Pour être franc, il y a eu plus de suspense après l’arrivée de la finale du 3000 m steeple que pendant. Alice Finot était en effet une classe au-dessus de toutes ses adversaires. Et quand elle s’est portée en tête de course à un peu plus d’un tour de l’arrivée pour accélérer progressivement, personne n’a été en mesure de lui résister très longtemps. « Pour une fois, je me suis débranchée du chrono, racontait la steepleuse à l’approche habituellement millimétrée. C’est passé super vite. J’étais hyper attentive. J’ai suivi le train, je n’ai pas mené. J’ai joué et je me suis éclatée. Je suis super fière de moi d’avoir pris les devants dans les 500 derniers mètres. Je me suis dit : ‘’tu es en forme, montre, joue, prends des risques, et tu verras bien ce qui se passe’’. »

L’Allemande Gesa Felicitas Krause a bien réussi à s’accrocher pendant près de 250 mètres. Mais quand la recordwoman de France a encore allongé la foulée, l’écart s’est rapidement creusé. Sous la pluie romaine, venue enfin rafraichir l’atmosphère étouffante du stade olympique depuis le début de ces championnats, Alice Finot a coupé la ligne d’arrivée en 9’16’’22, meilleure performance européenne de l’année, grâce à un dernier tour bouclé en un peu moins de 1’05’’. Avant, un peu dans l’esprit de son après-course à Budapest, de piquer un sprint en sens inverse vers le virage du 200 m, pour saluer ses nombreux proches présents dans les tribunes.

Le feuilleton à suspense a démarré quelques minutes plus tard avec l’annonce de la disqualification de la sociétaire du CA Montreuil 93 installée à Vigo (Espagne), à la suite d’un ‘’protest’’ des Allemands concernant de potentiels appuis à l’intérieur de la piste de la Française, dans la zone située juste après la rivière. Les Bleus ont déposé une réclamation, qui a permis la réintégration au classement d’Alice Finot. Avant un ultime recours des dirigeants d’outre-Rhin qui a été rejeté, permettant à la native de Montbéliard de devenir la première Française sacrée sur le steeple au niveau continental. Un sacré ascenseur émotionnel pour celle qui va désormais pouvoir se tourner vers les J.O. de Paris avec le sentiment du devoir accompli. « Ça me fait prendre une énorme confiance dans mon placement et mon finish, apprécie-t-elle. Je ne suis pas encore à 200 % comme je veux l’être aux Jeux, mais je sens que j’ai validé ce que je venais chercher. »

Le chiffre

1

Ilionis Guillaume est la première Française de l’histoire à monter sur un podium international seniors en plein air au triple saut. Avant elle, seule la recordwoman de France Teresa Nzola Meso avait eu l’honneur de faire monter le drapeau au mat, mais c’était en salle, lors de l’Euro 2007 à Birmingham (Angleterre). Etait-ce donc ça, cet objectif secret qu’elle n’avait pas voulu dévoiler aux journalistes avant son entrée en lice ? « Non, pas du tout, je visais encore plus haut », se marrait-elle après coup. Plus haut, donc, que ses 14,43 m, nouveau record personnel, et troisième rang derrière Ana Peleteiro-Compaoré (14,85 m) et la Turque Tugba Danismaz (14,57 m).

Il a quand même fallu du cran à la Sottevillaise pour se hisser sur la boîte, avec un dernier essai décisif. « J’étais au pied du podium, du mur, de tout. J’ai décidé de lâcher prise et de me dire que je n’avais rien à perdre et tout à gagner. J’ai simplement foncé », racontait-elle, un grand sourire aux lèvres. Celle qui s’entraîne au pied du Stade de France tous les jours, sous les ordres de Louis-Grégory Occin, peut désormais rêver encore plus grand, dans un décor qu’elle connaît bien.

La décla

« J’ai toujours rêvé de ce tour d’honneur, alors j’en ai profité pleinement ! »

Si certains se contentent parfois de montrer le drapeau au public après avoir conquis une médaille, Agathe Guillemot y a mis tout son cœur, après sa troisième place sur le 1500 m, acquise en 4’05’’69. Après avoir encouragé Gémima Joseph, derrière son plot au départ de la finale du 100 m, la Bretonne a quasi rejoué sa dernière ligne droite, le poing levé vers ses proches en tribunes.

« Contrainte de prendre la corde » par le hasard du tirage au sort qui l’avait placée à l’intérieur sur la ligne de départ, Guillemot a tenu le premier rang jusqu’à deux tours de l’arrivée, quand les Britanniques Reekie et Bell ont décidé de passer à l’action. « Mais même quand j’étais quatrième dans le dernier tour, j’y ai toujours cru. C’était à celle qui ne lâcherait rien. » Et c’est bien l’Ecossaise Reekie qui a craqué, à l’entrée de la dernière ligne droite, alors que l’Irlandaise Ciara Mageean filait vers la victoire en 4’04’’66. « La ligne droite a été très, très dure, mais heureusement, c’était le cas pour tout le monde. Je n’avais plus rien à donner dans les derniers mètres. » La Bigoudène a tout de même trouvé des ressources pour célébrer dignement son exploit.

La promesse

Chaussinand se rapproche du podium

Comme n’a pas manqué de le souligner Yann Chaussinand, une finale continentale au marteau rassemble, à une ou deux exceptions près, le même plateau qu’une finale olympique. Cela ne donne que plus de relief à la cinquième place du lanceur auvergnat, qui a largement tenu son rang pour sa première apparition à ce niveau. Auteur d’un premier jet très costaud à 78,37 m, il n’a pas réussi à améliorer cette marque par la suite, rattrapé par la fatigue, et n’a pas pu concurrencer le trio de tête de très haut calibre composé du Polonais Wojciech Nowicki (80,95 m), du Hongrois Bence Halasz (80,49 m) et de l’Ukrainien Mykhaylo Kokhan (80,18 m). Sa réaction mitigée à l’issue du concours laissait transparaitre son ambition. « Le compétiteur qui est en moi est très déçu, a-t-il réagi. On ne peut pas tout avoir tout de suite. C’est une très bonne expérience de terminer cinquième de ma première finale européenne. Je sais ce qu’il me reste à travailler encore un peu et on va dire que j’aurai ma revanche aux Jeux. » Dans le même concours, Quentin Bigot a échoué aux portes de la finale avec un meilleur jet à 73,81 m, synonyme de neuvième place.

Et aussi

Joseph a fait le match

Autrice d’un départ tonitruant, Gémima Joseph a mené la finale du 100 m pendant près de 60 m, avant de voir ses rivales revenir sur elle à l’approche de la ligne. Sixième à l’arrivée en 11’’08, la Guyanaise oscillait entre la satisfaction d’un « beau résultat » et la légère « déception de ne pas avoir de médaille », mais n’avait « aucun regret à avoir ». La Guyanaise s’était qualifiée une heure plus tôt avec autorité, en prenant la deuxième place de sa course en 11’’06, à un dixième de la future championne d’Europe, Dina Asher-Smith. « C’est dans les eaux de ma meilleure forme, et surtout, j’ai plein d’infos sur ce qu’il nous reste à bosser avant les Jeux olympiques. »

Nawal Meniker a terminé à la même place lors de la finale du saut en hauteur, dominée par l’Ukrainienne Yaroslava Mahuchykh. Impeccable sur ses trois premières barres jusqu’à 1,90 m, la Montreuilloise a « essayé d’être tactique en passant tout au premier essai ». Elle a ensuite buté sur 1,93 m, qui aurait constitué son record. « Le podium n’était pas loin du tout, au vu des résultats. J’avais les jambes pour, en tout cas. » Regonflée à bloc, Meniker a « pris de l’expérience et de la motivation, qui servira pour les prochaines fois. »

Pablo Matéo a fait le nécessaire pour rejoindre une deuxième finale continentale sur 200 m, après celle du 100 m. L’Essonnien a produit une ligne droite très propre pour remporter sa demi-finale en 20’’34 (+1,2). Ryan Zézé a presque tout bien fait dans la course suivante, mais, en difficulté dans les derniers mètres, il a été devancé par l’Israélien Blessing Afrifah, isolé à l’extérieur, pour la deuxième place directement qualificative. Et la qualification au temps lui a échappé pour un tout petit centième, en 20’’53 (+0,9). Rageant.

Rapidement en difficulté lors de la finale du 3000 m steeple et peu à l'aise lors des franchissements des obstacles, Aude Clavier n’avait plus beaucoup de gaz dans le réservoir après avoir tout mis lors des séries. Elle a achevé son expérience romaine avec une quinzième place, en 9’46’’70. Enfin, les quatre Français engagés en demi-finales du 400 m se sont arrêtés là. Il s’en est fallu de peu pour que David Sombé rejoigne le cercle des heureux élus, mais avec ses 45’’36, il lui a manqué huit centièmes. Ses compères Téo Andant (45’’72) et Gilles Biron (45’’91) n’ont pu faire mieux, et vont désormais se tourner vers le relais 4x400 m en fin de programme. Dans la version féminine, Amandine Brossier a dû se contenter de la quatrième place de sa course en 51’’78, alors qu’il fallait courir en 51’’14 pour figurer parmi les huit meilleures.

A Rome, F. Gaudin-Winer et E. Nappey pour athle.fr
Photos : P. Millereau - JM Hervio / KMSP / FFA

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