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Bleu, blanc, steeple

Alexis Miellet et Djilali Bedrani ont fait honneur à la tradition d’excellence du steeple français aux championnats d’Europe, en réalisant un incroyable doublé dans la capitale italienne. Rose Loga s’est jointe à la fête en créant la surprise au marteau, avec une superbe médaille de bronze à seulement 21 ans.

Le temps fort

Miellet et Bedrani par-delà les obstacles

Le steeple est une épreuve qui se court à seize (en finale) et, à la fin, c’est la France qui gagne. Alexis Miellet a décroché ce lundi à Rome le huitième titre tricolore dans la discipline chez les hommes aux championnats d’Europe, en faisant de loin l’épreuve la plus prolifique en médailles d’or. Avec l'argent de Djilali Bedrani, les Français réalisent le doublé comme il y a quatorze ans, lorsque Mahiedine Mekhissi et Bouabdellah Tahri avaient enflammé la piste de Barcelone. Et avec la victoire dimanche d’Alice Finot sur la même distance, les Bleus s’imposent chez les hommes et les femmes dans la même épreuve, ce qui n’était plus arrivé depuis l’édition espagnole là aussi, lorsque Christophe Lemaitre et Myriam Soumaré avaient illuminé le 200 m.

Mais avant les chiffres, il y eut une course. Qui fut rapidement emballé par Osama Zoghlami, bien décidé à tenter un gros coup en prenant le large. Les Français, calés dans les premières positions du groupe de chasse, eurent l’intelligence de ne pas assumer seuls la poursuite. A un tour de l’arrivée, le trou avec l’Italien était enfin bouché. Et la course pouvait entrer dans une nouvelle dimension sur le terrain de jeu préféré d’Alexis Miellet. Quatrième à la cloche, le Dijonnais, plein de lucidité, jetait un coup d’œil et pouvait constater que le peloton avait explosé.

« Je me suis retrouvé à emballer la course à 300 mètres de l’arrivée, raconte-t-il. Je me sentais bien donc j’ai décidé d’y aller. Je me suis dit que vu que la rivière était mon point faible, il valait mieux la passer en tête. Comme ça, si je la franchissais mal, j’avais 150 mètres pour me relancer. Honnêtement, ensuite, j’étais beaucoup moins inquiet dans les 100 derniers mètres. » Au coude à coude avec Djilali Bedrani au passage de l’ultime rivière, l’ex-miler allait effectivement faire parler sa pointe de vitesse dans la dernière ligne droite, bouclant sa démonstration tactique et physique en 8’14’’01, son record personnel, 31 centièmes devant son compatriote.

Un doublé en forme de récompense pour les deux hommes, qui ont connu des trajectoires de carrière loin d’être limpides, avec leur cascade de blessures et de doutes. Alexis Miellet ne disputait dans la capitale italienne que le cinquième 3000 m steeple de sa carrière, après s’être lancé sur la distance au début du mois de mai, conscient d’un avenir international un peu bouché sur 1500 m, jusque-là son épreuve de prédilection. « C’est incroyable, si on m’avait dit ça il y a un an, j’aurais bien sûr signé tout de suite, reconnaissait l’élève de Rémy Geoffroy et Emmanuel David, qui s’inflige depuis septembre 2023 une séance technique par semaine pour progresser à toute allure sur les barrières. Je pense que je vais avoir du mal à réaliser demain, même avec la médaille autour du cou. »

Djilali Bedrani aurait aimé, lui aussi, repartir avec l’or. Mais le sociétaire du SATUC Toulouse Athlé coaché par Sophie Duarte se consolait largement avec l’argent, après avoir enchaîné les galères depuis sa cinquième place mondiale en 2019 à Doha. « Je suis content d’être revenu à ce niveau, savourait-il. C’est ma première médaille internationale au bout de dix-sept ans d’athlé. C’est une belle revanche quand on sait par quoi je suis passé. C’est quand même un aboutissement de carrière. »

Les deux hommes ont tenu à rendre hommage aux Bleus qui leur ont ouvert la voie, avec une pensée toute particulière pour Yoann Kowal côté Miellet, « un repère pour moi dans l’athlétisme car on a à peu près les mêmes références ». Un discours partagé par le très collectif Nicolas-Marie Daru, qui, malgré « la déception à titre personnel » de sa sixième place en 8’19’’42, saluait avec beaucoup de fair-play la performance de ses deux coéquipiers : « Alexis et ‘’Djila’’ ont eu énormément de soucis dans leur carrière, mais ils n’ont jamais rien lâché et ont toujours été résilients. Ça fait d’eux des modèles et ça me donne encore plus envie de travailler pour les accompagner la prochaine fois sur le podium. »

La perf’

Loga dans les étoiles

Rose Loga est une athlète un peu à part dans le paysage sportif. D’un naturel aussi rafraichissant que désarmant, la lanceuse de marteau chartraine l’assume : elle ne « regarde pas ce que font les autres lanceuses. Ou alors, quand je vois qu’elles vont loin, je suis grave contente pour elles. Je ne rage pas en me disant qu’elles passent devant moi, mais juste que, moi aussi, je peux aller aussi loin. » La méthode fonctionne à merveille, puisqu’à seulement 21 ans, elle a décroché la médaille de bronze ce lundi, en portant son record à 72,68 m à son quatrième essai. « Je voulais une médaille, pour pouvoir rester à Rome et regarder les autres concours. Sans ça, je serais rentrée en France dès demain (mardi) matin ! », se marrait-elle devant les journalistes.

Avant cela, la championne de France hivernale avait dû composer avec un stress qui la rendait « un peu étriquée » dans ses mouvements. « Ce n’est que quand mon coach m’a dit que j’étais dans les huit meilleures, que j’ai compris que mon contrat était rempli et que je pouvais me lâcher. » Ce qu’elle n’a pas tardé à faire, sans vraiment sans rendre compte. « Je n’arrive jamais à jauger les distances. Quand le marteau tombe, je ne vois que des lignes, et je ne sais pas où c’est ! C’est en regardant le panneau que je me suis rendu compte que j’avais battu mon record. » Satisfaite, elle échange quelques mots avec son entraîneur Baptiste Lacourt, puis jette un nouveau coup d’œil au panneau. « C’est là que j’ai vu le chiffre 1. Je me suis retournée vers lui : ‘’Hé, mais je suis première, là!’’ Bon, on savait que ça allait bouger, donc je ne suis pas restée là-dessus. » La locale Sara Fantini, championne d’Europe avec 74,18 m, et la légende polonaise Anita Wlodarczyk (72,92 m) l’ont bien devancée par la suite, mais personne d’autre n’a pu briser la soirée de rêve de Rose.

Ravie, Loga avait tout de même une crainte, au moment de se diriger vers le premier podium international chez les seniors. « Je suis beaucoup dans le temps présent, donc j’oublie souvent ce que j’ai fait dans le passé. J’espère que je ne vais pas oublier tout ça… » Sûr qu’elle trouvera quelqu’un pour lui rappeler.

Le chiffre

2020

Voilà près de trois ans et demi, depuis décembre 2020, que Makenson Gletty n’avait plus franchi une barre à 2 m ou plus au saut en hauteur. Avec 2,02 m ce lundi dans la capitale italienne, le colosse niçois a renoué avec ses meilleures sensations et, surtout, conforté son excellente position au classement provisoire du décathlon. Avec en plus un nouveau record sur 400 m, en 47’’60, Gletty figurait au troisième rang au soir de la première journée, nanti de 4539 points, à 27 unités du leader norvégien Sander Skotheim. « Ca fait du bien et c’est très prometteur pour la suite. Mais je vais garder les mêmes intentions mardi : ne pas me précipiter et faire ce que je sais faire », tempérait-il sur le chemin de l’hôtel.

Même dans une forme moyenne, Kevin Mayer a retrouvé de la confiance en fin de journée, avec 1,96 m à la hauteur et 49’’73 sur 400 m. « Ce n’est pas le grand Kékélabraise, juste un Kevin somme toute banal. Mais ça devrait le faire, c’est bon », soupirait-il, mi-agacé par ses limites du moment, mi-soulagé par « l’absence de grosses douleurs ». S’il n’a pas en magasin de quoi enflammer le public, ses moyens actuels restent suffisants pour s’assurer une place aux Jeux de Paris, la seule chose qu’il a en tête. A mi-parcours, il compte 4230 points.

Téo Bastien est passé tout proche de s’offrir le scalp du recordman du monde dans sa course de 400 m, mais il s’en est fallu d’un cheveu (49’’78). Pour le reste, le Réunionnais a dû composer avec une fatigue logique puisqu’il en est à son troisième décathlon en un mois et demi. Cela ne l’empêche pas pour autant de profiter pleinement de l’expérience et de se battre avec ferveur. Avec ses 1,99 m en hauteur, il pointe au quatorzième rang, avec 4117 points.

Et aussi

Parisot en plein rêve

Hélène Parisot nageait dans le bonheur à sa sortie de la piste, après avoir tremblé d’anxiété pendant de longues minutes sur les « hot seats ». Troisième de la première demi-finale du 200 m en 22’’73, la sprinteuse francilienne a finalement obtenu son ticket pour la finale, dont elle avait fait son grand objectif, au bénéfice de son bon chrono. « Je suis tellement heureuse », s’enthousiasmait-elle, les yeux embués. Après avoir fait tomber deux fois son record en l’espace d’une journée, Parisot livrait son secret pour bien récupérer, en vue de la grande explication prévue mardi soir. « Je suis une grosse dormeuse, j’ai fait une grosse sieste entre la série et la demie, et je vais refaire la même chose avant la finale. »

Ninon Chapelle et Alix Dehaynain ont connu un déroulé en tout point similaire lors de la finale de la perche, avec une entrée en matière réussie à 4,28 m, un passage au deuxième essai à 4,43 m, puis trois essais à 4,58 m. Elles se sont donc partagé la neuvième place d’un concours remporté par le Suissesse Angelica Moser avec 4,78 m. En bien meilleure forme que ce qu’elle avait imaginé, Ninon Chapelle n’avait pas prévu les perches adéquates pour les cannes du jour. Fâcheux mais rassurant sur son état de forme en vue des prochaines semaines. Un peu frustrée de ne pas avoir pu battre son record, Alix Dehaynain a tout de même pu apprécier une première expérience à ce niveau, épaulée par un contingent de supporters emballés.

Fatigué par la multiplication des courses, Pablo Matéo n’avait plus les ressources nécessaires pour briller en finale du 200 m, et a vite compris qu’il ne pourrait pas jouer avec les autres. Encore plus lorsque l’Allemand placé devant lui a pris la porte pour faux-départ, le privant d’un point de repère utile. Initialement sixième, il a finalement été déclassé pour avoir mordu la ligne intérieure dans le virage.

A Rome, F. Gaudin-Winer et E. Nappey pour athle.fr
Photos : P. Millereau - JM Hervio / KMSP / FFA

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