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Les Bleus tout feu tout flamme

La délégation française a conquis quatre nouvelles médailles ce mardi à Rome, en sautant sur toutes les occasions qui se présentaient à elle. Louise Maraval a pris l’argent du 400 m haies, tandis que Makenson Gletty au décathlon, Thomas Gogois au triple saut et Hélène Parisot sur 200 m ont tous touché du bronze. Et Kevin Mayer a obtenu ses minima olympiques tant attendus.

La perf'

Maraval a tout d’une grande

Les reconversions sur les courses à obstacles sont en train de devenir une spécialité française. Après Alexis Miellet en or sur le steeple, c’est Louise Maraval, ancienne combinarde, qui a décroché l’argent du 400 m haies mardi soir à Rome. Placée juste à l’extérieur de l’immense favorite, la Hollandaise Femke Bol, la jeune Vendéenne n’a pas paniqué quand la Hollandaise volante l’a dépassée, dès la sortie du premier virage. « Je n’étais pas surprise, j’étais plutôt concentrée sur les couloirs devant moi, avec des filles de mon niveau, qui pouvaient m’aider à bien me lancer. Je savais ce que j’avais à faire », racontait-elle, avec l’assurance de celle qui connaît la musique par cœur. Pourtant, à l’heure où ses camarades disputaient la dernière édition des championnats d’Europe, à Munich il y a deux ans, Maraval découvrait à peine le 400 m haies, après avoir tâté des épreuves combinées pendant toute sa jeunesse.

Vice-championne d’Europe U23 l’an passé à Espoo (Finlande) pour sa première saison complète sur ‘’4H’’, elle a réitéré sa performance, chez les grandes, ce mardi à Rome, dans une course remportée par Bol en 52''49, record des championnats et meilleure performance mondiale de l'année. En 54’’23, elle a retranché 13 centièmes à son record, qui datait des demi-finales, pour gagner la bataille des dauphines. « C’est ce pourquoi j’étais venue, et je savais que si je partais fort, je pourrais finir vite parce que c’est ma spécialité », analysait-elle. Là où ses rivales ont peiné, fatiguées par l’enchaînement des tours, Louise a gardé sa cadence et son placement, pour dépasser l’Italienne Folorunso et la Hollandaise Peeters. A peine sortie de la piste pour répondre aux sollicitations de la presse, la Française n’avait déjà plus qu’une chose en tête : récupérer au plus vite, avant de revenir pour une dernière danse avec le 4x400 m féminin. « Ma famille était dans les tribunes, et je suis très heureuse de partager ça avec eux. Mais on fera la fête demain, parce que d’abord, j’ai un relais à courir ! »

Le temps fort

Gletty en bronze, Mayer soulagé

Un grand décathlon ne se termine pas sans avoir, à un moment, de la sueur et des larmes. Alors, quand Makenson Gletty et sa musculature à faire pâlir d’envie les statues de style antique qui font le tour du stade d’échauffement à Rome, se sont présentés au départ du 1500 m, on pressentait que cela n’allait pas être une partie de plaisir. Brillant lors de la première journée de compétition (4539 pts avec des records personnels sur 100 m en 10’’55, à la longueur avec 7,59 m et sur 400 m en 47’’60), miraculé lors du 110 m haies qu’il avait eu le droit de recourir seul, après ne pas avoir entendu le coup de feu du starter, avec à la clé encore un record (13’’88), le combinard du Nice Côte d’Azur Athlétisme avait traversé dans la douleur les trois épreuves suivantes : un disque moyen à 43,54 m, une perche à 4,90 m après avoir frôlé le zéro, et un javelot également en-deçà de son meilleur niveau avec 57,47 m. « Cette journée a vraiment été une bataille et une bagarre, soufflait-il. J’ai fait onze épreuves au lieu de dix. Mais comme a dit Romain (Barras, lors de la réunion d'équipe, NDLR), on n’a rien lâché. On a réussi à relever tous ces défis. »

Troisième avant cette ultime épreuve, derrière l’Estonien Johannes Erm et Kevin Mayer, auteur d’une belle remontée avec ses 5,30 m à la perche et d’un jet maous au javelot à 69,54 m, l’élève de Rudy Bourguignon allait devoir cravacher pour résister aux retours du Norvégien Sander Skotheim, une poignée de points derrière lui, et de l’Allemand Niklas Kaul, plus loin au classement mais réputé pour ses qualités d’endurance. Bandeau blanc autour de la tête, Makenson Gletty pensait, curieusement, plus total de points que place à ce moment-là. « L’objectif numéro un, c’étaient les minima, rappelait-t-il plus tard dans la soirée, après en avoir fini avec ses dix travaux. Avant la course, j’ai demandé à mon entraîneur combien avait fait Christian Plaziat (le deuxième meilleur performeur français de tous les temps, NDLR). Il m’a répondu : 8574 points. Je lui ai dit : ‘’ah Rudy, je vais le battre, il n’y aura pas de problème. Et quand j’ai franchi la ligne d’arrivée, j’ai vu 27 (4’27’’70, NDLR) sur le panneau. C’est bon, c’était large !’’ »

Au-delà de ses 8606 points, un record personnel explosé qui en fait bien le dauphin de Kevin Mayer au bilan tous temps, Makenson Gletty s’offre le bronze pour son premier grand championnat en plein air chez les seniors, derrière l’Estonien Johannes Erm (8764 pts) et le Norvégien Sander Skotheim (8635 pts). Une nouvelle étape dans l’ascension du colosse haïtien de 25 ans, policier réserviste dans la vie, qui ne compte pas s’arrêter là. « Je trace mon chemin, je vois que le travail paye et c’est satisfaisant, savourait-il. Ça fait surtout du bien d’affirmer ce que je vaux et de sortir d’ici sans regrets. » Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y a encore de la marge. « Bien sûr, j’espérais mieux en termes de performances, car il y a eu des trous très frustrants. Pour Paris, ce sont des choses à ne pas laisser passer. »

Dans la capitale, le ‘’Mak’’ devrait côtoyer Kevin Mayer. Serein pendant les sept premières épreuves, disputées sans accroc notable, le Montpelliérain, qui était en quête des minima olympiques, s’est fait une énorme frayeur à la perche. Comme lors de ses titres mondiaux en 2017 et 2022, il a dû s’y reprendre à trois fois lors de sa barre d’entrée dans le concours, à 5,00 m, avant de grimper jusqu’à 5,30 m. « J’ai eu une baisse de tension énorme ensuite, retraçait celui qui avait tout de même trouvé les ressources pour expédier son javelot à 69,54 m et se replacer ainsi en deuxième position avant l’ultime épreuve. Il n’y a plus rien qui répondait. L’attente a été longue. Petit à petit, je voyais trouble, j’avais des baisses de tension. Tout simplement, j’ai eu peur : de craquer, d’avoir des crampes, de tout. »

Le 1500 m a été un calvaire bouclé en 4’55’’99, loin de son niveau habituel, mais il a préservé l’essentiel avec une cinquième place finale grâce à un total de 8476 points, soit 16 unités de plus que les minima olympiques. Un soulagement. « Je ne réalise pas encore car je suis un peu dégoûté de mon 1500 m, confiait-il quelques minutes après sa course. C’est la définition de tout le poids qui me pesait sur la poitrine depuis Budapest. On ne me parlait que des minima et ce n’est pas pour ça que je fais de l’athlé. Le prochain déca, ça ne sera pas la même. Avec ce que je viens de faire, je ne vais même pas avoir la pression du favori, c’est parfait. »

Et au moment d’évoquer les Jeux, le double médaillé olympique avait de nouveau les yeux qui brillaient : « Je sais le plaisir que c’est d’aller aux J.O., mais pas encore celui d’être dans le Stade de France. C’est mon rêve depuis 2006 et la candidature de Paris 2012. Je faisais les anneaux olympiques en dominos et j’attendais de les faire tomber quand ils annonceraient Paris, mais ça a été Londres. » Aux côtés des deux leaders hexagonaux du décathlon, Téo Bastien, qui disputait déjà son troisième décathlon de la saison et était logiquement un peu émoussé, aura beaucoup appris. Il se classe 16e avec 7845 points.

La décla

« Je voulais rendre Maman fière, je lui avais promis »

Un record, deux records, trois records, les minima, et une médaille de bronze. Thomas Gogois a tout emporté sur son passage au Stadio olimpico, et a parfaitement réussi sa mission au triple saut. Lui qui n’avait jamais dépassé les 17 m jusqu’alors, a bondi à 17,38 m à son ultime essai, pour créer l’une des plus belles surprises de ces championnats. « Une surprise, oui et non. Je savais que je n’avais rien à perdre, je n’étais personne avant ce soir », reconnaissait l’Amiénois, après avoir pris le temps de se présenter avec humour aux journalistes qui le découvraient. « Enchanté, Thomas ! »

Mais derrière les deux monstres Jordan Diaz Fortun (auteur du troisième plus long saut de l’histoire avec 18,18 m) et Pedro Pichardo (18,04 m), le Tricolore « savait que la troisième place était disponible. » Sixième jusqu’alors, après avoir porté son record à 16,90 m puis 16,96 m, Gogois a sorti du chapeau « un saut un peu ghetto » pour mettre une claque à toutes ses références précédentes et à ses adversaires. « Ce concours montre que je suis capable de bien m’adapter à la piste, et de rester concentré et de réagir quand il y a des gars qui sautent loin à côté de moi. J’ai été acteur de ce que je faisais. Maintenant, je vais m’entraîner pour être parmi eux prochainement. Peut-être que je ne serai pas à 18 m, mais je vais tout donner, je vous le promets. »

Amateur de chiffres, le désormais huitième meilleur performeur français de tous les temps a noté qu’il aurait 24 ans lors des Jeux olympiques 2024, alors qu’il est né un 24 juin. « Je me dis qu’il y a peut-être un signe. » S’il renouvelle ce niveau de performance à l’avenir, Gogois devrait rapidement s’accoutumer à la présence de journalistes en face de lui.

Le chiffre

10

Dix ans après Myriam Soumaré, médaillée d’argent à Zurich, une Française retrouve le podium du 200 m européen en la personne d’Hélène Parisot. La sprinteuse de l’Athletic Clubs 92 a pris la troisième place de la finale du 200 m en 22’’63 (+0,7). Son troisième record personnel en trois courses à Rome, après ses 22''86 en séries et ses 23''73 en demies. Elle s’élançait pourtant ce mercredi soir depuis le couloir 3, pas forcément le plus favorable pour courir en virage. « Mais je suis vaccinée avec ça, rigolait-elle dans les coursives du stade, après avoir versé quelques larmes de bonheur. On était au 1 avec le 4x100 m aux Relais mondiaux, j’étais au 2 à Marrakech lors de la Diamond League. Donc le 3, c’est un bon couloir pour moi. »

Un peu isolée, elle a fait sa course sans se soucier des autres, avec le style volontaire qui la caractérise, et n’a été devancée que par la Suissesse Mujinga Kambundji (22’’49) et la Britannique Daryll Neita (22’’50). Une incroyable sensation. A 31 ans, celle qui possédait un temps de référence en 23’’26 en début de saison occupe désormais le dixième rang national des bilans tous temps. Une progression qu’elle attribue au travail effectué avec son coach et compagnon, le Suisse Pascal Mancini, ainsi qu’avec sa préparatrice mentale.

« Mon entourage me disait depuis plusieurs mois que j’allais faire de belles choses cet été, mais je ne l’avais pas encore intégré, racontait Hélène Parisot, après avoir confié avoir eu un gros déclic en voyant Gémima Joseph réaliser les minima olympiques sur 100 m et 200 m au printemps. On est arrivés à Rome et j’étais très sereine sur ma préparation. Pendant longtemps, j’étais de nature très crispée. Avec mon coach, on a déconstruit ma façon de voir les courses et de courir. Il fallait que je reste patiente, ce qui peut paraitre paradoxal dans du sprint. » Une patience qu’elle avait appris à cultiver en dehors de la piste depuis longtemps, avec pour récompense cette éclosion tardive.

Et aussi

Pontvianne sixième

Pour sa troisième finale continentale de suite, Jean-Marc Pontvianne a collectionné une nouvelle place de finaliste au triple saut, en terminant sixième. Ses 17,04 m réalisés au deuxième essai constituent sa meilleure performance métrique sous le maillot bleu, mais il n’a pas pu améliorer cette marque par la suite. Dans le même concours, Benjamin Compaoré a bouclé ses derniers championnats d’Europe à la douzième place, avec un meilleur saut mesuré à 16,05 m.

A Rome, F. Gaudin-Winer et E. Nappey pour athle.fr
Photos : P. Millereau - JM Hervio / KMSP / FFA

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