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Et trois qui font 16

Trois nouvelles médailles sont venues compléter l’excellent bilan des Tricolores aux championnats d’Europe de Rome, qui terminent deuxièmes au tableau des médailles et à la placing table, à chaque fois derrière les Italiens. Yann Schrub sur 10 000 m et les filles du 4x100 m ont décroché l’argent lors de la dernière journée de compétition ce mercredi, alors qu’Anaïs Bourgoin a pris une superbe troisième place sur 800 m.

Le temps fort

Schrub, le récidiviste

Les années paires commencent à se ressembler, au moins sur le 10 000 m des championnats d’Europe. Comme à Munich il y a deux ans, Yann Schrub a fait mentir les bilans pour s’immiscer sur le podium. Pour se motiver, le docteur en médecine s’était lancé dans un visionnage de Gladiator, le péplum mythique de Ridley Scott, quelques heures avant de prendre le chemin du Stadio Olimpico. « Je prévois d’aller au Colisée demain, et je voulais montrer que j’étais Maximus sur la piste ! »

Surtout, le Mosellan a pris exemple sur ses camarades de l’équipe de France, dont il louait l’état d’esprit depuis une semaine. « Tous les jours, on voyait les copains rentrer avec des médailles, c’était trop bien. J’étais un peu envieux, je me remémorais Munich 2022 avec tous les copains, j’avais très envie de pouvoir revivre ça. »

Ses adversaires ont exaucé son vœu en lui offrant sur un plateau une course tactique, lancé sur des bases de 28’05’’ par le Britannique Dever. « J’étais vraiment content en voyant ça, parce que je n’avais que le septième chrono des engagés, il y avait des gars très forts en moins de 27’ devant. Mais il faut croire en ses chances, et je savais que tout était possible dans un finish à plusieurs », souriait-il. Idéalement placé tout au long des 25 tours, Schrub a suivi le sillon creusé par le Suisse Dominic Lobalu après l’attaque trop précoce du Suédois Andres Almgren. En position de force à l’entrée de la ligne droite, le Français a livré un duel acharné à Lobalu, mais a dû déposer les armes dans les tout derniers mètres, coupant la ligne en 28’00’’48, à seize centièmes du lauréat. « Le titre se joue à pas grand-chose, je peux me satisfaire d’avoir une nouvelle médaille, d’avoir confirmé après les Europe de cross. Je vais savourer chaque seconde, et la soirée ne fait que commencer ! »

S’il y avait eu un classement par équipes, les Bleus l’auraient emporté haut la main. En plus de Schrub, ils ont en effet été trois à s’immiscer dans le top 10. Cinquième en 28’01’’42, Jimmy Gressier, qui sortait de deux semaines d’entraînement compliquées à cause d’une douleur au tendon d’Achille, a été un peu juste dans la dernière ligne droite. Simon Bédard et Valentin Gondouin, respectivement neuvième et dixième en 28’11’’61 et 28’11’’86, affichaient, eux, un grand sourire, conscients d’être à leur place après avoir réalisé une course pleine. Dans la course B, Loïc Scomparin a été rapidement contraint à l’abandon, en raison de douleurs gastriques.

La perf’

Les Bleues remontent le temps

Voilà dix ans que le relais 4x100 m féminin n’avait plus connu les joies d’un podium continental, depuis Zurich en 2014. Ce mercredi, Orlann Olière, Gemima Joseph, Hélène Parisot et Sarah Richard-Mingas ont renoué avec les plus belles heures du relais tricolore en se parant d’argent, derrière d’intouchables Britanniques. En 42’’15, quatrième chrono hexagonal de l’histoire, le quatuor français a même fait encore plus fort que la génération Soumaré, puisqu’aucun collectif n’avait couru aussi vite depuis 2003. « Les Arron, Hurtis et compagnie, c’est un relais mythique, elles nous ont toutes fait rêver, s’émerveille Sarah Richard-Mingas, la finisseuse. On s’en inspire pour essayer de progresser. »

Dans ce collectif qui ne compte pas (encore) de médaillées mondiales en individuel en son sein, contrairement à ses aînées, la technique de transmission française a encore fait merveille. « On a beaucoup travaillé, avec beaucoup de regroupements et de temps collectif. A force, on se connaît presque par cœur. Je connais la voix d’Orlann, Hélène connaît la mienne. C’est pour ça que nos passages sont aussi fluides », raconte Gemima Joseph, autrice d’une belle ligne droite opposée. « Nous sommes très polyvalentes, et nous l’avons prouvé en faisant encore mieux que la veille, avec une composition différente », ajoutait Orlann Olière.

Dans la foulée de sa médaille sur 200 m, Hélène Parisot avait encore « des jambes de feu », et a fait le nécessaire pour placer sur orbite Sarah Richard-Mingas. « S’il faut recourir encore demain ou après-demain, je suis prête », clamait-elle devant les journalistes. L’exploit a donné le goût d’aller voir plus loin aux Bleues, qui se prennent déjà à rêver de chatouiller les cadors mondiales dans quelques semaines au Stade de France. « Il fallait passer par là pour y croire pour les Jeux. Il faut se faire confiance et se dire que tout est possible. Comptez avec nous pour Paris ! », lançaient-elles à l’unisson. Ça ne vous rappelle pas Paris 2003 ?

La décla

« J’ai eu mal aux jambes toute la finale, au 400 m, au 500 m. Mais j’y ai cru jusqu’au bout et ça a marché. »

Un 800 m, c’est dur. Alors trois en trois jours, dont une demi-finale lors de laquelle on a explosé son record de plus d’une seconde, c’est beaucoup pour l’organisme. Heureusement, Anaïs Bourgoin, qui avait été chronométrée en 1’58’’65 mardi, minima olympiques pour les Jeux, est une dure au mal. Toujours très bien placée en deuxième ou troisième position dans une course emmenée sur un train très régulier par la Britannique Keely Hodgkinson, intouchable vainqueure en 1’58’’65, l’élève de Jean-Baptiste Congourdeau a serré les dents dans la dernière ligne droite, lorsque la Slovaque Gabriela Gajanova (2e en 1’58’’79) l’a dépassée. Et elle a réussi à résister au retour de sa compatriote Léna Kandissounon (4e en 1’59’’81, « une médaille en chocolat amer ») pour prendre la troisième place en 1’59’’30. « J’y ai cru jusqu’au bout et ça a marché, savourait-elle, après avoir eu besoin de quelques secondes pour réaliser qu’elle était bien sur le podium. Décrocher une médaille de bronze en plein air, c’est énorme par rapport au statut que j’avais avant. Ça peut changer beaucoup de choses. »

La fondeuse de 27 ans, policière dans la vie, a décidé il y a un an de prendre un congé sans solde, pour se consacrer pendant une saison à sa carrière sportive. « J’ai fait des choix car j’y croyais déjà, racontait-elle dans les coursives du stade, au moment de dévoiler son parcours. Il faut vraiment faire des sacrifices quand on veut réaliser ses rêves. J’ai serré les dents et j’ai réussi à me débrouiller. J’ai tout investi dans l’athlé. » Sur la piste ou en dehors, Anaïs Bourgoin ne lâche jamais rien. C’est ce qui fait sa force.

Le chiffre

2

Cinquième de la finale en 3'23''77, le relais 4x400 m tricolore féminin a réalisé le deuxième temps de son histoire derrière le record de France de Marie-José Pérec and co (3'22''34 en 1994). Un chrono de très belle facture donc, réalisé malgré des transmissions compliquées dans le trafic. Sounkamba Sylla, Louise Maraval, Alexe Déau et Amandine Brossier ont vendu chèrement leur peau. Et la dernière nommée a prouvé qu'elle avait dans les jambes une performance de grande classe, en bouclant son tour de piste lancé en 49''28. « Notre prestation est bonne, mais le niveau est énorme actuellement, constataient les Bleues, qui ont été devancées par les Pays-Bas (3'22''29), l'Irlande (3'22''71), la Belgique (3'22''95) et l'Italie (3'23''40). On va continuer à bosser pour progresser individuellement pour faire encore mieux. La dynamique est bonne, et chacune a donné le meilleur de soi, ça s’est vu sur la piste. »

Les promesses

Kpatcha et Tupaia ont pris rendez-vous

Ils rêvaient d’un podium pour se joindre au formidable élan impulsé par des athlètes issus de la même génération qu’eux. Hilary Kpatcha, 26 ans, et Teuraiterai Tupaia, 24 ans, n’en sont pas passés loin, et jonglaient entre des sentiments contrastés après leur concours. La sauteuse en longueur du CA Balma a décollé à 6,88 m (-0,7) au troisième essai. Une performance synonyme de record personnel et de minima pour les Jeux olympiques, mais insuffisante pour s’offrir une première récompense chez les grandes. Derrière l’Allemande Malaika Mihambo, autrice d’un bond stratosphérique à 7,22 m sur le sautoir magique de la capitale italienne, l’Italienne Larissa Iapichino (6,94 m), la Portugaise Agate de Sousa (6,91 m) et l’Allemande Mikaelle Assani (6,91 m) sont venues jouer les briseuses de rêve pour la Française. « Il m’a manqué de pouvoir enchaîner plus de sauts à l’entraînement ces dernières semaines, estimait Hilary. Je vais rester positive et retenir ce qui est bon. J’ai hâte de me retrouver au Stade de France avec le public français pour m’exprimer pleinement. »

C’est aussi en ayant la tête à l’enceinte séquano-dionysienne que Teuraiterai Tupaia a stoppé son concours du javelot après un unique jet. Et quel lancer puisque, avec 82,98 m, le Polynésien avait montré d’entrée qu’il n’avait pas froid aux yeux, en réalisant la deuxième meilleure performance de sa carrière. C’est une douleur au coude, apparue lors des qualifications et qu’il a ressentie de nouveau ce mercredi, qui l’a poussé à sagement renoncer à la suite de la compétition. « J’ai préféré me préserver pour les Jeux, confiait le tout frais recordman de France. Avec mon coach et les médecins, on a décidé de ne pas prendre de risques. Je suis quand même content de voir que pour une première finale, j’arrive à me mettre dedans dès le début. C’est ce qui va me mettre en confiance pour la suite de la préparation olympique. » Cinquième à Rome, il fait un peu mieux que Pascal Lefèvre, dernier finaliste tricolore au javelot en 1990 avec une septième place.

Et aussi

Le 4x400 m masculin au pied du podium

Vice-champions du monde en titre, les Bleus visaient la gagne à Rome. Auteurs d’une belle série, ils ont dû faire sans David Sombé en finale, ce dernier s’étant blessé lors du premier tour. Gilles Biron, Yann Spillmann, Muhammad Abdallah Kounta et Téo Andant ont tout donné, avec notamment un chrono de 44’’57 lancés pour l’ultime relayeur, habitué des finishs ravageurs. Ils ont coupé la ligne en quatrième position en 3’01’’43. Dommage car l’Italie (3’’00’’81) et l’Allemagne (3’00’’82) étaient prenables, la Belgique (2’59’’84) du champion d’Europe du tour de piste Alexander Doom étant un cran au-dessus de tout le monde ce mecredi.

A la perche, place d’honneur pour Thibaut Collet, 5e avec 5,82 m d’un concours dominé comme prévu par l’intouchable Armand Duplantis (6,10 m), devant le Grec Emmanouil Karalis (5,87 m) et deux troisièmes ex-aequo, le surprenant Turc Ersu Sasma et l’Allemand Oleg Zernikel (5,82 m). Si le Grenoblois a réalisé sa meilleure performance de l’été, il regrettait les petites fautes qui lui ont coûté le podium, notamment ce deuxième essai à 5,87 m raté d’un rien, avec une barre touchée lors de la redescente. Retardé dans sa préparation en début de saison, le cinquième des Mondiaux de Budapest monte tout de même en puissance au bon moment. De la frustration aussi pour Baptiste Thiery, 9e, malgré un record égalé avec 5,75 m mais qui sent qu’il a bien mieux dans les jambes, et pour Robin Emig, 11e avec 5,65 m et dans un jour sans.

Déception pour Azeddine Habz sur 1500 m, qui a coincé dans les cinquante derniers mètres alors qu’il était jusque-là dans la course au top 3, derrière le monstre Jakob Ingebrigtsen (3’31’’95, record des championnats). Le demi-fondeur du Val d’Europe Montevrain, finalement septième en 3’33’’70, a sans doute payé la forte accélération réalisée un peu avant la cloche pour se replacer et a promis d’être plus patient la prochaine fois. Pour sa première apparition à ce niveau, Romain Mornet se classe onzième en 3’34’’33, son meilleur chrono de la saison.

A noter que le 4x100 m masculin tricolore n’a pas pu prendre le départ de la finale. Un choix collectif et partagé entre staff et athlètes, alors que trois membres du collectif étaient fortement diminués : Pablo Matéo, en raison de problèmes personnels qui dépassent le champ sportif, Ryan Zézé, touché au dos, et Mickael-Meba Zézé, blessé à l’adducteur en début de compétition.

Le mot de Romain Barras

Romain Barras, directeur de la haute performance : « Je pense que les athlètes peuvent bomber le torse, car ils ont été à la hauteur de l’événement. On a une équipe de France qui a du caractère. Je voulais qu’ils ne lâchent rien, qu’ils aillent au bout du bout. On l’a vu : beaucoup se sont exprimés jusqu’au dernier essai. C’est vraiment satisfaisant. Je suis content que les athlètes puissent sortir de ces championnats en ayant fait le plein de confiance. Ils vont pouvoir partir sur la campagne olympique avec des certitudes. On a vu des Tricolores capables de saisir l’opportunité qui se présentait. Je l’ai répété à Auriana (Lazraq-Khlass, médaillée d’argent à l’heptathlon, NDLR) : il y avait un feu latent en équipe de France et elle a allumé l’étincelle. On assiste à l’émergence d’une génération qui est décomplexée, comme à Barcelone en 2010. On a aussi réussi à mettre en place un esprit bleu, qui s’est développé en stage à Potchefstroom en décembre dernier puis aux Relais mondiaux. Les athlètes forment une même et seule équipe, ils prennent des nouvelles les uns des autres, viennent encourager leurs coéquipiers dans les tribunes. C’est ce liant qui fait que tout est possible. On garde en tête qu’il y a encore une marche à franchir pour les Jeux olympiques à Paris, où on sera sûrement aidés par le home advantage, comme ont pu l’être les Italiens à Rome. »

A Rome, F. Gaudin-Winer et E. Nappeyu pour athle.fr
Photos : P. Millereau - JM Hervio / KMSP / FFA

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