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Jeff Lastennet : « Tout est question de passion »
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Jeff Lastennet : « Tout est question de passion »

Il y a des noms, comme ça, qui vous vous renvoient quelques années en arrière : Jeff Lastennet est revenu, sans crier gare, en bousculant le temps qui passe et les espoirs déçus. L’ancienne pépite du 800 m français (1’45’’56 en 2011) est sortie de sa retraite athlétique, après une cascade de blessures et un passage par d’autres terrains sportifs. Le 27 octobre dernier, il réalisait en 1h04’24’’ le niveau de performance requis pour les Mondiaux de semi-marathon, à 32 ans. Il raconte, avec franchise et lucidité, l’histoire de ce drôle de retour au premier plan.

Jeff, vous avez surpris beaucoup de monde en réalisant 1h04’24’’ au semi de Valence, en Espagne. Vous vous êtes surpris vous-même ?

Ce qui m’a surpris, c’est ma progression à l’entraînement, ces derniers mois… En juin, j’ai contacté Olivier Gaillard, un ami d’ami, qui entraîne sur Lyon. Je lui ai dit que j’avais envie de commencer une nouvelle aventure, avec lui, sur le semi. J’ai été surpris par la manière dont je réagissais aux séances qu’il me donnait, au kilométrage… Après, le jour de la course, on sait ce qu’on peut faire, on ne part pas sur un semi en se disant « On verra bien. » Surpris par la perf, non, donc.

Est-ce à dire que vous aviez en tête de réaliser le niveau de performance pour les Mondiaux de semi (1h04’30, le 29 mars 2020 en Pologne) ?

On m’en avait parlé en juillet… Mais franchement, entre juillet et cinquante mètres avant la ligne d’arrivée, je n’y ai pas pensé une fois. En tout cas, je n’avais aucune pression supplémentaire, rien. Ça me faisait juste plaisir de faire une course sur laquelle on pouvait attendre quelque chose de moi. C’est en voyant la ligne que je me dis : « Ah oui, mais ça va être les minima, en plus… ». Si j’avais fait 1h04’32, j’aurais été aussi content. Un peu déçu peut-être, mais très content. Là, d’ailleurs, je me dis juste que je suis sélectionnable, mais loin d’être sélectionné…

C’est tout de même un pas de géant quand on voit d’où vous revenez. En 2011, vous réalisez 1’45 sur 800, à 23 ans, puis vous devez arrêter votre carrière très vite...

C’est ça. Quand j’ai décidé d’arrêter… Enfin, d’arrêter d’essayer de reprendre, plutôt… Je me suis dit que j’avais fait ce que j’avais à faire. Que l’équipe de France ne me manquerait pas. Que j’allais faire plein de nouvelles choses. Mais en fait, non. C’est comme quand on est jeune et qu’on se fait larguer par une fille : tu essaies de te persuader que c’est un peu toi, aussi, qui la largues, mais ce n’est pas vrai…

Vous aviez dû arrêter contraint et forcé, sur blessures, en 2012…

C’était un enchaînement de fractures de fatigue au niveau du bassin, de fissure du tendon d’Achille, de syndrome de l’essuie-glace… Mais c’était l’année des Jeux, je voulais les faire, et ça n’était jamais assez bien guéri quand je reprenais. Ça lâchait toujours un petit peu, et ça n’a pas marché.

Et qu’est-ce que vous avez fait, ensuite ?

Ben pendant un moment, je n’ai rien fait du tout. Je suis sorti et j’ai fait la fête. Mais là, j’ai constaté que tout mon entourage, mes relations amicales se dégradaient assez vite. Ça voulait dire une chose : que je changeais. Que je n’étais plus le même. Alors, je me suis remis au sport. La natation, le vélo, tout ce qui ne me faisait pas mal aux jambes.

Et du coup vous voilà sur triathlon, avec un certain succès d’ailleurs…

L’Ironman, c’était un challenge, à la fois effrayant et motivant. Et dès le début ça marche, je me retrouve aux championnats du monde sur ma première course. Mais ça se passe au même endroit tous les ans, à Hawaï, et je ne me voyais pas faire la même chose chaque année. Et puis, je me dis que si je cours un marathon en fin d’Ironman, je peux peut-être refaire de la course seule… Alors, en 2018, je me suis remis à courir 35, 45 km par semaine.

Ça vous manquait toujours ?

Oui. Honnêtement… Pendant tout le triathlon, je me disais « vivement la course à pied ». Je n’attendais que ça, vraiment. Et au bout d’un moment, je me suis dit qu’il n’y aurait pas de honte à recourir, même si ce n’était pas au même niveau, même si c’était pour faire 35’ au 10 km. Que ce serait très bien. Que j’allais le regretter, si je ne le faisais pas. Ça m’a tellement manqué…

Et finalement, vous réalisez ce NPR, comme un retour vers le haut niveau ?

Oui, mais ce n’est pas encore du haut niveau. Je suis juste flatté de me dire que mon nom va revenir sur la table, à un moment, à la DTN, pour discuter d’une sélection. Cela signifie que je suis sur la bonne voie, que j’ai su m’entourer d’une bonne équipe, dans des conditions qui correspondent à mes performances. Et tout ça fonctionne bien dès la première tentative sur semi.

C’est tout de même rarissime de voir un ancien coureur de 800 m en 1’45 atteindre ensuite un tel niveau sur semi.

On m’a dit, oui, que des messages avaient été publiés - je ne suis plus sur Facebook ni Instagram, tout ça - qui disaient que c’était la première fois. Mais pour moi, je ne suis pas un ancien coureur de 800 qui fait du semi : c’est un autre sport, quelque chose de totalement différent, et d’ailleurs très agréable. Le triathlon m’a forgé un corps plus endurant et plus solide. Ce fut un moyen de reprendre la course à pied. Et je ne sais pas si je suis le seul à avoir fait 1’45’’ sur 800 m et 1h04’ au semi, mais pour moi ce n’est pas la question. C’est que je suis peut-être un des seuls à être aussi passionné par la course.

C'est-à-dire ?

Je suis passionné depuis tout petit. Courir, j’y pense chaque jour de ma vie. Si j’avais dû faire le semi en 1h30, en galérant, je l’aurais fait de toute façon. Qu’on me voie ou pas. Qu’on parle de moi ou pas. Les années où on ne parlait plus de moi, j’allais sur la piste faire des 20x100 m, parce que c’était la seule distance que je pouvais courir sans avoir trop mal. Mais j’y allais, je le faisais, seul. Parler d’athlé, aller sur les stades, partager, c’est ça, ma passion. Tout est question de passion.

Vous êtes kiné, et vous vous êtes même retrouvé, parfois, à suivre les équipes de France. Cela nourrissait cette passion ?

J’ai été kiné du sport pendant deux ans, et je me suis retrouvé à m’occuper de jeunes en équipe de France, c’est vrai. J’ai été hyper bien accueilli. J’étais sur les Mondiaux juniors en 2016, pile dix ans après ceux que j’avais faits. Je m’occupais de Jimmy Gressier, Baptiste Mischler, Laura Valette, Nawal Meniker… Une génération adorable. Mais je n’étais pas du tout frustré. Je l’étais plus quand je voyais des gens de mon âge toujours performants. Et puis, un jour, j’ai réalisé que quand j’étais espoir, les meilleurs Français, les Baala, les Tahri, avaient l’âge que j’ai aujourd’hui. Alors…

Vous avez repris dans quel cadre, d’ailleurs ? Vous parliez de l’équipe autour de vous…

Je suis sur Bordeaux, et il y a donc de la distance avec Olivier Gaillard, qui est sur Lyon. Mais j’ai toujours eu une approche très respectueuse envers mes entraîneurs : j’applique les plans à la lettre, et je cours seul, j’adore ça. Je suis très discipliné. Mais à côté de ça, j’ai commencé à entraîner, depuis deux ans. Cette saison, j’entraîne entre autres Paul Renaudie. Je m’entraîne seul, donc, puis je retrouve le groupe après. Entraîner me permet de prendre du recul par rapport à ce que je fais, à l’investissement que je peux demander ou pas aux autres, en fonction de leurs contraintes. C’est une bonne chose.

Et vous conciliez tout ça avec le boulot ?

Oui, car je ne travaille plus qu’à domicile, avec des personnes assez lourdement handicapées qui ne peuvent pas sortir de chez elles. Je peux gérer mon emploi du temps. Je ne suis plus kiné du sport. Et cela me fait du bien de ne pas être tout le temps en train de parler de ça. Cela pouvait devenir trop prenant.

Vous êtes aussi un jeune papa.

Oui, depuis 2018. Et ça joue beaucoup sur les conditions d’entraînement.

C'est-à-dire ?

Quand je pars de la maison, je sais que je ne peux pas juste dire « Je reviens dans une heure ». Ni en traînant les pieds parce que je ne veux pas m’entraîner. Non : je pars en disant à ma compagne « merci de me permettre d’aller m’entraîner, de vivre ma passion ». En disant à mon petit que papa va revenir. Du coup, si ma place est à l’entraînement, ce n’est pas pour faire n’importe quoi, mais pour faire les choses bien. Si je me prends une double pizza ou que je me couche tard après, personne ne peut comprendre pourquoi je prends tout ce temps. Tout ça m’a fait prendre conscience de choses que je ne faisais pas bien avant. Désormais, tout ne dépend pas que de moi. Et cela change beaucoup de choses par rapport à l’époque où j’étais jeune.

Vous continuez le triathlon ?

Aujourd’hui, non, je n’ai pas prévu de refaire du duathlon ou du triathlon… Je m’y suis bien investi, j’étais vraiment content pendant trois ans. Mais là, je suis reparti sur autre chose. Je fais de grosses semaines en termes de kilométrage. S’il y a une sélection à jouer, oui, j’irai défendre ma place. J’ai déjà coché la date du semi de Paris, puisque j’ai vu que ce serait une date qui compterait pour déterminer la sélection. Mais je ne sais pas où ça va me mener. J’ai commencé à me préparer pour du semi il y a quatre mois. Est-ce que je vais progresser, stagner ? Je ne me projette pas trop.

Vous vous voyez sur quelle distance ? Sur marathon, plus tard ? Revenir sur piste ?

Sur 800 ? Pour rigoler, oui… Mais non : le simple fait de regarder des pointes me fait mal aux tendons. Là, j’ai l’impression que je construis ma maison avec les fondations d’un immeuble. J’ai fait tellement de foncier en m’aérant la tête, et mis en place une telle routine de renforcement que c’est facile, ce que je fais aujourd’hui. Il peut pleuvoir, faire nuit, je vais courir avec une frontale, ce n’est pas un problème. Une fois encore, tout est lié à la passion.

Propos recueillis par Cyril Pocréaux pour athle.fr

Jeff Lastennet
Age / Sél.32 ans / 6 A
ClubEntente bruges saint bruno a
Spécialité800 m
RB
Admin Athle.fr
les réactions (1)
Jean claude Lanthier - 07/11 (22h20)
Bravo Jeff! ça fait super plaisir de te revoir avec des baskets aux pieds :) Bonne route
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