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Bérénice Fulchiron : « Le plus important était de m’accepter »
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Bérénice Fulchiron : « Le plus important était de m’accepter »

Bérénice Fulchiron, 21 ans et licenciée à l’ASPTT Valence, bégaye depuis l’adolescence. La championne de France Elite 2020 du 1500 m et du 3000 m indoor, pour laquelle l’athlétisme a longtemps été « une échappatoire » car « quand on court, on ne parle pas », a eu besoin de plusieurs années pour accepter de vivre avec ce trouble du langage. L’étudiante en master de management et développement durable l'évoque aujourd’hui publiquement avec beaucoup de force et de courage, sur les réseaux sociaux mais aussi à l’occasion d’un concours d’éloquence dédié aux bègues auquel elle vient de participer. Elle y a reçu le prix de l’engagement des idées, après avoir atteint la finale.

Quelle a été votre histoire avec le bégaiement ?

Pendant longtemps, j’ai fait en sorte de parler le moins possible. Je ne faisais pas de blagues avec mes amis. Je fuyais le regard des gens. Je préférais ne pas participer en classe, quitte à avoir une mauvaise note. Je me censurais beaucoup. Des choses toutes bêtes. Un exemple : pour en avoir discuté avec d’autres bègues, dire « au revoir » en sortant de la boulangerie, alors que la caissière est déjà passée à la personne suivante, est souvent hyper compliqué pour nous. Il y a plein de situations où je préférais passer pour une impolie. Tout ça a généré beaucoup de frustration. Il y a plusieurs façons de bégayer. J’entrais de temps en temps dans la catégorie des bègues masqués, entre guillemets. C’est-à-dire que mon bégaiement ne s’entendait pas forcément, car je faisais exprès de ne pas prononcer certains mots. Je savais parfois, avec deux ou trois secondes d’avance, que j’allais bloquer sur un terme, donc je choisissais un synonyme. J’évitais aussi certaines situations, comme prendre un café entre amis. Le bégaiement est comme un iceberg. On entend ce qui est en haut - par exemple des blocages - mais ce qui est dur à vivre est ce qui est en dessous : les évitements de mots, le stress… C’est une charge mentale et physique hyper importante.

Une rencontre avec une orthophoniste a changé votre vie…

J’ai vécu une très mauvaise expérience au téléphone puis lors d’un oral pour l’école. Je me suis dit que ça n’était plus possible et je suis allée voir une orthophoniste. J’avais 17 ans. Pour la première fois, j’ai employé le mot « bégaiement ». Jusque-là, c’était quelque chose de mal, d’enfoui en moi. Je n’en parlais à personne. J’avais pourtant des amis, mais ça n’était jamais un sujet. On a beaucoup travaillé sur l’acceptation, car j’avais toujours rêvé de ne plus bégayer, mais j’ai fini par comprendre que ça serait toujours là et que le plus important était donc de m’accepter. Ça a été très difficile, je n’ai jamais vraiment réussi à en parler autour de moi. Et puis, un jour, mon orthophoniste m’a envoyé un mail sur un concours réservé aux personnes qui bégayent. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais je me suis inscrite.

Quel a été le déroulement du concours ?

On a commencé par suivre des masterclass avec des personnalités du monde de l’éloquence. C’était vraiment super ! Ils nous ont formé à la posture à adopter quand on parle, à la manière de construire son discours et son argumentation. En semaine, il y avait des ateliers pratiques pour mettre en pratique tout ce qu’on avait appris. Le concours s’est ensuite déroulé sur trois tours à Paris. D’abord à 35 participants et uniquement face au jury, dans une salle de classe de l’université de Paris-Dauphine. La question à laquelle j’ai choisi de répondre était : « La différence est-elle une force ? ». Evidemment, ce fut le « oui » pour moi. On s’est ensuite retrouvé à 14 orateurs pour les demi-finales dans un bar, avec cette fois du public. Et enfin à six finalistes sur la scène du théâtre Bobino, face à une salle pleine. Les questions étaient : « Rêver, est-ce une perte de temps ? » et « Parler de sa vulnérabilité nous rend-il invincible » ? J’ai dû à chaque fois défendre la position du « oui ».

Que vous a apporté votre participation ?

Ça a été incroyable de voir autant de gens qui étaient venus pour m’écouter, alors qu’avant, parler était quelque chose que j’essayais de faire le moins possible. J’ai pris du plaisir à être sur scène, je n’ai pas eu honte, j’ai même été fière de montrer qui j’étais et d’être enfin moi-même. Ça a été la dernière étape pour me libérer d’un poids et de tant de souffrances, qui sont maintenant derrière moi. Je savais qu’après, plus rien ne m’arrêterait. Comme me l’a dit un jour mon orthophoniste, le bégaiement fond au soleil. Depuis que j’ai commencé à en parler sur les réseaux sociaux, je reçois de nombreux messages d’encouragements et de félicitations de la part d’athlètes. Même dans ma classe, tout le monde est super fier de moi. C’est vraiment ‘’ouf’’ ce qui s’est passé.

Propos recueillis par Florian Gaudin-Winer pour athle.fr

Visionnez le reportage d'Envoyé Spécial sur "L'éloquence des bègues", avec Bérénice Fulchiron, en cliquant ici

Le discours de Bérénice Fulchiron en finale (extrait)
« Parler de sa vulnérabilité nous rend-il invincible ? »


Parler de sa vulnérabilité, d’un handicap ou autre, dont nous avons honte, nous rend indestructible psychologiquement. Parce qu’en parler, c’est s’accepter et se montrer tel que l’on est. C’est faire tomber le masque et être davantage soi-même. S’accepter est primordial et nous rend inarrêtable : ensuite on n’a plus peur du jugement, du regard de l’autre, de faire ce qui nous plaît. Plus peur de rien. A l’adolescence, le bégaiement est arrivé dans ma vie comme un boulet qu’on met au pied des prisonniers. Ça y est, j’étais condamnée... Il m’empêchait de parler, d’avancer comme je le voulais. Un jour, je me suis inscrite à un concours d’éloquence pour bègues. J’ai alors compris que bégayer n’était pas mal, que ce n’était pas une honte, et qu’on avait le droit de dire ce que l’on voulait ! Alors je me suis mise à parler, parler, parler, parler de mon bégaiement par-ci, par-là, je me suis acceptée ! Et le boulet a fini par s’effondrer. J’ai compris qu’il était fabriqué de honte et de silence. La chaîne elle, est restée : mon bégaiement fera toujours partie de moi, mais j’en suis fière, car c’est grâce à lui que j’en suis là. Grâce à lui que je deviens une femme forte. Plus personne ne m’arrêtera !

 

RB
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