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Comme des patrons

Ludvy Vaillant et Wilfried Happio ont fait forte impression lors des séries du 400 m haies, en claquant des chronos de très belle facture. 100 % de réussite également pour les hurdlers Wilhem Belocian, Sasha Zhoya et Just Kwaou-Mathey lors du premier tour du 110 m haies. Mélina Robert-Michon, elle, est en finale du disque.

Les qualifiés

Les Bleus du 400 m haies en costauds

« Si je suis surpris du chrono ? Oui, quand même, car je relâche sur la fin quand je vois que je suis dans les deux premiers. » En bouclant sa série du 400 m haies en 48’’12, juste derrière le champion du monde brésilien Alison dos Santos, Ludvy Vaillant a réalisé un temps de tout premier ordre. Le troisième meilleur de sa carrière. Impressionnant. Surtout que le Martiniquais y a mis la manière, en réalisant un départ très saignant. Il était encore largement en tête à l’entrée de la dernière ligne droite et a fait le match avec dos Santos, avant de relâcher un peu sur la fin. « Il fallait se qualifier pour la demie, le job est fait, appréciait l’élève de Jean-Claude Berquier. Les choses se passent plutôt bien. Je voulais faire une course complète, car je pars du principe qu’en séries, surtout aux Mondiaux, on ne sait pas qui peut surgir de nulle part. »

Ludvy Vaillant est en pleine forme, Wilfried Happio aussi. Le champion de France, premier de sa série en 48’’63, a tenu à devancer le recordman du monde Karsten Warholm, en accélérant dans les derniers mètres alors que le Norvégien ((48’’76) avait coupé son effort après la dernière haie. « C’était important pour moi de bien entrer dans le championnat, de montrer que j’étais là, expliquait le quatrième des derniers Mondiaux. Il ne faut pas me laisser une porte entrouverte car je vais m’y glisser. C’est bien pour la confiance et c’est bien aussi pour les doutes des adversaires, car ils se disent que je ne vais pas me laisser faire. » Happio-Warholm, le duel sera à nouveau au programme des demi-finales, puisque le tirage au sort en a décidé ainsi. Vaillant aura aussi fort à faire, avec face à lui Benjamin et dos Santos.

Robert-Michon s’en est sortie

Même quand on a 25 ans d’expérience en équipe de France, 67 sélections au compteur, et qu’on dispute ses dixièmes Mondiaux, on peut être rattrapé par la pression. La force de Mélina Robert-Michon, c’est de savoir tout de même s’en sortir, à l’expérience et à la gnaque. « J’ai toujours de l’appréhension en qualifications, où c’est très serré, confiait-elle dans les coursives du stade après s’être classée onzième. J’étais vraiment très tendue. Je n’arrivais pas à trouver mes marques et à me relâcher. J’ai fait un premier lancer correct, après un échauffement très compliqué lors duquel je n’avais pas réussi à sortir un jet. » Une tentative mesurée à 61,82 m, qu’elle n’a pas réussi à améliorer ensuite (58,99 m au 2e et 60,21 m au 3e) mais qui lui a permis de passer en finale en ayant tout de même un peu tremblé sur la fin. « Ca n’a pas été simple mais l’essentiel est là. Je suis ‘’neuf’’ au bilan, je passe ‘’onze’’, je ne suis pas non plus à la ramasse. Maintenant, on remet tout à zéro pour la finale. A moi de me mettre à mon niveau, de retrouver mes sensations et de me faire un peu plus confiance. »

Les spécialistes du 110 m haies évitent le piège

« Purée de pomme de terre ! » Ce fut la réaction spontanée de Sasha Zhoya, qui était en plein interview avec la presse lorsqu’il a vu sur un écran de télévision le Jamaïcain Rasheed Broadbell tomber dans la cinquième série du 110 m haies. Une chute du meilleur performeur mondial de l’année (12’’94) qui est venue rappeler de manière spectaculaire que les hurdlers pratiquent une discipline à hauts risques.

Les trois Tricolores, eux, ont réussi à se tirer du piège des séries. Dans la première course, le recordman du monde juniors, tout en contrôle, s’est classé troisième en 13’’35, derrière le Jamaïcain Hansle Parchment (13’’30) et l’Espagnol Enrique Llopis (13’’33). Bonne nouvelle : le tendon d’Achille qui le titillait depuis quelques jours l’a moins gêné ce dimanche matin. Dans la deuxième série, Wilhem Belocian, tout à l’extérieur au couloir 8, a couru avec beaucoup de fluidité pour remporter sa course en 13’’31. « J’étais souriant au départ, ce qui est plutôt bon signe », soulignait le Guadeloupéen. Enfin, Just Kwaou-Mathey, 5e de sa série en 13’’42, s’est qualifié au temps et a promis de mettre beaucoup plus d’intensité dès les demies.

La promesse

Les marcheuses ont tout donné

Après les trombes d’eau de samedi matin pour les marcheurs, qui avaient entraîné le report du départ de leur course de deux heures, changement complet de météo pour leurs homologues féminines, qui s’élançaient pourtant bien plus tôt. Dès 7h15 en ce jour de fête nationale sur les bords du Danube, le soleil tapait fort. Ce qui n’a pas empêché le peloton de tête de « partir sur un tempo de malade mental », dixit Clémence Beretta. La Vosgienne de 25 ans a sagement décidé de ne pas suivre le rythme. « Mais même avec la stratégie de partir autour de la 25e place pour remonter, c’était quand même très rapide. Forcément, je l’ai payé ensuite. »

La recordwoman de France, sur les bases du record de France et des minima olympiques à mi-parcours (44’46’’ au 10e km), a souffert dans les derniers kilomètres, ce qui ne l’a pas empêché de grappiller plusieurs places, d’autres marcheuses connaissant des défaillances bien plus violents. « Je me suis vraiment battue, ça a été une des courses les plus dures physiquement de ma carrière, racontait-elle quelques minutes après l’arrivée, après avoir d’abord été prise en charge par les équipes médicales. Je suis fière d’avoir été au bout, ça faisait mal partout, l’arrivée a été une délivrance. » Sa ténacité a été récompensée par une seizième place en 1h30’’43’’, obtenue au sprint devant la Chinoise Hong Liu. Un rang de demi-finaliste qui lui tenait particulièrement à cœur, dans la perspective des aides apportées par l’Agence nationale du sport et la FFA pour préparer les Jeux de Paris 2024.

Les Bleues ont réalisé un joli tir groupé, avec également les 18e et 21e places des espoirs Pauline Stey et Camille Moutard. La première, partie elle aussi très vite, a eu le mérite de ne rien lâcher. Avec pour récompense un chrono de 1h31’20’’, à trois secondes de son record de France U23.  « J’aurais aimé avoir plus de jus dans les cinq derniers kilomètres et terminer en moins d’1h31’, confiait l’Alsacienne. Je ne l’ai pas eu mais la saison a été longue et je l’accepte. Je garde le positif et surtout les points bonus en vue du ranking pour les Jeux olympiques. Ça a été une belle première expérience. Le parcours était franchement top, il y avait une ambiance de dingue. Je sais maintenant que ma place est ici, au niveau mondial. » Même sentiment du devoir accompli pour Camille Moutard, chronométrée en 1h32’18’’. « Honnêtement, j’aurais aimé terminer dans le top 20, mais je suis vraiment satisfaite, savourait-telle. J’ai tout donné et j’ai fini à bout de force. C’était une course lors de laquelle je devais montrer que j’existais et ce que je valais. Je voulais montrer qui j’étais vraiment. »

L'éliminée

Brossier n'a rien à regretter

Cinquième de sa série du 400 m en 51’’98 et éliminée, Amandine Brossier n’a pas démérité en réalisant son meilleur chrono de la saison à Budapest, au lendemain de ses deux courses pleines avec le 4x400 m. « Ce résultat n'est pas forcément étonnant par rapport à mon été, reconnaissait l’Angevine. J'ai tout donné, je n'ai aucun regret même si je suis déçue. Je savais que ça n’allait pas être facile. Il y avait un peu de fatigue, c'est sûr. Moi qui suis une grosse dormeuse, je n'ai dormi que quatre heures cette nuit. Mais on se prépare pour ça toute l'année. » Elle va désormais se tourner vers le 4x400 m avec ses coéquipières, fidèle à son rôle du pilier du collectif. « Je ne regrette pas le choix fait hier de m'aligner sur le relais, car on a obtenu un très bon résultat, tenait-elle d’ailleurs à rappeler. Il ne faut pas se leurrer, en individuel, je n'aurais jamais terminé quatrième d'une finale des Mondiaux. »

Et aussi

Des places de demi-finalistes en ligne de mire

Auriana Lazraq-Khlass et Léonie Cambours peuvent viser une place dans le top 16 à l’heptathlon, après une matinée lors de laquelle elles n’ont pas démérité. La première nommée a décollé à 6,01 m à la longueur et a lancé son javelot à 42,29 m. Des performances honorables après une première journée dingue, qui lui permettent d’occuper une belle douzième place avant l’ultime épreuve, le 800 m. La seconde est retombée à 6,09 m dans le bac à sable et a amélioré son record au javelot avec 39,07 m. Un résultat qui la satisfaisait, même si elle aurait aimé dépasser la barre des 40 mètres. La voici quinzième avec 5107 points et bien décidée à finir sur une bonne note. Coup dur, en revanche, pour Esther Condé-Turpin, qui a fait un zéro à la longueur mais tient à aller jusqu’au bout de ses épreuves, comme "une vraie heptathlonienne". Elle a expédié son javelot à 40,81 m.

Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : S. Kempinaire - JM Hervio / KMSP / FFA